Menu

HABIB DEMBELE DIT GUIMBA : « Quand j’avais 20 ans, c’était la prise en considération des valeurs prônées par nos parents, mais aujourd’hui…. »

Partger cet article

Guimba national, Séko Bouaré ou encore Tobilibo, Habib est un comédien, metteur en scène et auteur malien qui fait aujourd’hui la fierté de tout un continent. Son parcours, il le doit à sa témérité, sa persévérance et son sens élevé du travail bien fait. Depuis sa jeunesse, il s’est forcé de suivre les bons modèles de son entourage et de son métier. Portrait.

Quand nous étions un peu plus jeune, un jour, lorsqu’on s’amusait dans une cour, il y a un enfant qui a dit à un autre : ‘’tu es un menteur’’. Alors, un vieux sort directement de son salon et demande ‘’qui est ce qui traite quelqu’un de menteur’’. Silence total. ‘’’Ai-je bien entendu quelqu’un dire qu’il y a un menteur dans cette famille ?’’, poursuit le vieux. Toujours silence total. ‘’Est-ce qu’un fils de noble peut mentir ?’’ Silence total ! ‘’Allez-y au dehors tout de suite, tout le monde !’’, hurla le vieux. On a décalé, c’était ça notre jeunesse. Ce récit est une scène réelle vécue par Habib Dembélé. Loin d’être une fiction ou encore un conte, il rappelle cette expérience pour peindre les valeurs de la société malienne lorsqu’il était encore jeune.

« Notre jeunesse c’était l’écoute, la discipline, la prise en considération de toutes les valeurs prônées par nos parents. Nous ne pouvons pas regarder nos parents dans les yeux, on devait faire en sorte qu’ils soient fiers de nous. On ne devait ni être des voleurs, des menteurs, des vagabonds encore moins des indisciplinés », se remémore-t-il.

« Cette société nous a formé. Je suis aujourd’hui ce que je suis grâce à cette éducation », dit-il avec fierté. Habib Dembélé est aujourd’hui un grand comédien, peut-être le plus grand de l’histoire du Mali.

Une remarquable carrière qui l’ouvrira les grandes portes du monde

Il est le fruit de l’Institut national des arts de Bamako (INA) promotion 1981-1985 et de la troupe nationale après les 18 mois de service militaire obligatoire au SNJ. Guimba, 55 ans aujourd’hui, a participé à la dernière grande création du Kotéba national à partir de « Bougougnéri » jusqu’à « Fédignanko ». Après avoir quitté ce groupe sous la contrainte, ne sachant rien faire que la comédie, Habib se met à écrire des textes et monter des pièces de théâtres. Grace à sa persévérance et son habileté, il aura la chance de participer aux différents festivals sur le plan national et international.

« Petit à petit, les choses se sont construites jusqu’à ce que je signe des contrats renouvelables en France. Cela m’a permis d’obtenir un titre de séjour dans ce pays ». Il précise : « Aujourd’hui je suis un homme comblé. C’est vrai que je n’ai pas tout ce que je veux, mais j’en ai beaucoup eu. J’ai joué dans les plus grands théâtres du monde. J’ai eu la chance de faire le tour du monde plusieurs fois. J’ai eu la chance de voir qu’il y a plein de petits Guimba partout, ce qui signifie que nous avons su ouvrir la voix et que nous avons inspiré des jeunes, que nous avons fait en sorte que le métier soit aimé et pratiqué ».

En plus de la comédie, Guimba national fait partie des rares artistes-comédiens au monde à embrasser la politique au point de se présenter à une élection présidentielle. « Je n’ai pas demandé à venir au théâtre directement et quand j’y suis venu, j’ai compris que c’était l’une des armes de combat les plus efficaces au monde », révèle-t-il.

 Guimba, le révolutionnaire

Selon lui, il a aimé le théâtre à partir de la politique. Très jeune, il a embrassé l’esprit révolutionnaire. Très cultivé et amoureux de l’histoire, Habib Dembélé s’intéressera au passé de l’Afrique avec beaucoup d’attention, les luttes menées à travers l’histoire et dans le monde contre la faim, l’oppression, l’esclavage, etc. « J’ai dû être très intéressé par la lutte des noirs américains. Le combat de la légalité des races et le combat des sud-africains contre l’apartheid ».  Il indique : « j’ai dû être actif très jeune dans les différentes grèves qui ont animé la vie politique malienne de Boniface en passant par Cabral jusqu’à l’AEEM où j’étais déjà fonctionnaire ».

« Quand les gens sont pauvres, ils oublient leur dignité, c’est la survie…»

En plus de son engagement pour les plus démunis et la liberté, Guimba est un comédien qui a le don de divertir les gens de toutes catégories et de classes. Mieux, il est doué dans la promotion de l’éducation des jeunes. A travers ses œuvres, il éduque et enseigne à la nouvelle génération le bon sens.

Aujourd’hui, le principal combat qu’il mène est contre l’immigration clandestine, la déperdition scolaire des enfants et le banditisme. « Il y a plein de facteurs qui entravent l’éducation de la jeunesse. D’abord, la mauvaise gouvernance, quand le pays est mal gouverné, les richesses sont mal distribuées, cela crée beaucoup de pauvreté et quand les gens sont pauvres, ils oublient leur dignité, c’est la survie. On a forcément besoin de manger, d’exister et des fois, il faut voler et mentir. Mais, il y a aussi les icones, les artistes, les chanteurs, les grands griots qui, sur scène, font du n’importe quoi. Ils ne défendent plus nos valeurs sociétales. Ils sont prêts à s’arrêter sur la tombe des martyrs pour louanger celui qui les ont tués. Les grandes émissions des télévisions concernant les chanteurs comme les « sumus » sont devenus la porte d’entrée de la perversion au Mali », décrit-il avec regret.

Et de conseiller aux célébrités: « Quand on est connu, on doit faire en sorte que la jeunesse qui s’inspire de nous, voit aussi, dans le talent que nous avons, le comportement d’un être humain social, faisant attention à la culture. Tout cela a manqué en grande partie. Les artistes, nos grandes chanteuses sont parfois responsables de cet état de fait parce que Dieu seul sait ce qu’ils font sur scène. Dieu seul sait tout ce qu’ils louangent, tous ces billets qui défilent sur les scènes, d’où ils viennent pendant que les gens n’ont pas à manger. Toutes ces philosophies qui sont véhiculées à travers leurs chansons et toutes les injures qu’ils profèrent entre eux, les médisances qu’ils se disent entre eux, tous les comportements perverses qui sont montrés sur scène, etc. tous ceux-là ont contribué à pervertir notre société et à faire de cette jeunesse ce qu’elle est et c’est tellement dommage ».

Sa vision sur l’immigration

Le thème des Journées théâtrales Guimba national de cette année est basé sur l’immigration. Ce choix n’est pas anodin, selon Habib Dembélé. Il explique qu’en constatant le nombre élevé d’enfants et de jeunes qui meurent chaque jour dans l’océan et dans le désert, il a voulu jouer sa partition.

« Parce qu’un mort est un mort de trop, parce que les gens meurent dans le désert, sur la mer, les trafiquants et passeurs les tuent. Ils pensent que derrière la mer il y a le paradis, c’est complètement faux, c’est complètement dingue », lance-il avec hargne. A travers les journées de cette année, il espère impacter sur le phénomène en invitant la jeunesse  à prendre conscience des dangers de l’immigration. « Le travail du théâtre, c’est de saisir les fléaux et d’essayer de trouver des solutions. En tant qu’homme de théâtre, je n’avais pas d’autres choix que de penser à ce thème ».

Toutefois, aux dires de Séko, l’énergie que les jeunes fournissent pour emprunter le chemin de l’aventure peut leur permettre de financer des initiatives sur place. « Je sais qu’après, ils pourraient aller faire des vacances dorées en France et revenir au pays », conclu-t-il.

Le conseil de Guimba à la jeunesse

Selon Habib Dembélé, l’un des secrets de la réussite est de ne jamais chercher la renommée, car c’est « trop prétentieux ». Il demande à la jeunesse de rester humble et rigoureux. « J’ai été élevé dans la modestie et le respect, ce sont des valeurs qui ne trahissent jamais. Je ne me suis jamais dit que j’avais la capacité de faire autre chose que d’écouter ce qui m’a été dit et faire cela», explique-t-il. Et d’ajouter : « je savais que le travail allait payer. Je savais que le respect avait un profit. Je savais que l’amour des autres pouvait être porteur de bonheur un jour. J’ai fonctionné toute ma vie avec ces valeurs. De point en point, je suis allé et de point en point je suis aujourd’hui  là où je suis ».

« Il faut avoir de l’ambition et cette ambition, nous devrons l’avoir en ayant d’abord comme soubassement toutes les valeurs qui nous ont été inculquées par notre grande nation, par nos parents ».

Sory I. Konaté

30minutes.net

21 juillet 2017

Le site officiel de Guimba national

Promoteur et directeur de publication du site 30minutes.net, Il est journaliste depuis septembre 2010. Il a travaillé au premier quotidien privé du Mali, Les Echos, avant d’être rédacteur web à Afribone.com. Psychologue de formation, M. Konaté est diplômé de la formation par alternance en journalisme option : presse écrite et web de l’Ecole supérieur de journalisme de Lille (ESJ-Lille). Tel: (00223) 76 93 44 72 Mail : sory30minutes@gmail.com

No comments

Laisser un commentaire

evenements

juillet 2017
L M M J V S D
« Juin   Août »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31