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SOUMAILA CISSE : Meneur d’homme depuis ses 12 ans

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Leader estudiantin, combattant de la liberté, panafricaniste, syndicaliste, agent de grande filiale française et malienne, ministre à plusieurs reprises, secrétaire général de la présidence, président de la Commission de l’Uémoa… l’enfant de Niafunké a été au cœur de tous les combats pour l’émancipation du peuple malien. Portrait.

Bamako, le 11 août 2013. Jour de gloire pour la démocratie malienne. Le candidat de l’Union pour la République et la démocratie (URD), Soumaïla Cissé, reconnaît sa défaite à l’élection présidentielle. Il se rend chez son adversaire IBK, vainqueur au 2e tour du scrutin, pour le féliciter. Un geste symbolique et un ouf de soulagement surtout après les événements tragiques de mars 2012.

Cette « chance », les Maliens la doivent à Soumaïla Cissé, qui n’est cependant pas homme à se laisser griser. « C’est la décision du parti. En bon perdant, nous avons accepté notre défaite. Et c’est conformément à nos valeurs », déclare l’intéressé dans ce langage aseptisé propre aux garants des valeurs culturelles maliennes.

Sa réussite dans la vie, Soumaïla Cissé la doit à son parcours, son engagement dès le bas-âge pour la liberté, la cause commune, le travail bien fait et le développement personnel. Conscient qu’une telle ambition est difficile à atteindre s’il n’est pas au sommet de l’Etat, cet enfant « du Mali » va adhérer aux mouvements de son époque.

Il milite au sein des associations et regroupements estudiantins à Bamako, à Dakar puis en France. Il se bat pour l’amélioration des conditions de travail, une meilleure intégration des Africains de la diaspora et même pour l’instauration de la démocratie au Mali.

Le candidat Soumaila Cissé chez IBK le 12 Aout 2013 pour lui féliciter de sa victoire.

« J’ai combattu le régime militaire de Moussa dès l’évincement de Modibo Kéita en 1968 »

Né le 20 décembre 1949 à Tombouctou au Mali, Soumaïla Cissé quitte ses parents à 12 ans pour ses études d’abord à Mopti, puis à Bamako, Dakar pour terminer son cursus en France.

Après les événements de 1968 quand des militaires conduits par Moussa Traoré font un coup d’Etat, le jeune bachelier entame une lutte farouche contre la dictature. Cet engagement lui coûte cher. Faisant partie des 20 meilleurs élèves maliens sélectionnés pour étudier en France,  Soumaila Cissé et cinq autres ne jouissent pas de cette opportunité.

Ils sont envoyés à l’Université de Dakar. A son arrivée, il intègre rapidement l’Association des scolaires maliens de Dakar (ASMD) et occupe le poste de trésorier. Il est aussi membre de l’Union des étudiants de Dakar. De ce fait, il participe à la diffusion de tracts contre le régime de Moussa Traoré, mais aussi aux revendications estudiantines contre le pouvoir du président sénégalais de l’époque Léopold Sédar Senghor.

Avec quelques étudiants maliens, il est renvoyé de l’Université. Le groupe rejoint Bamako manu-militari. A l’aéroport, ils sont arrêtés puis conduits au Camp para de Djicoroni où ils passent plusieurs jours confinés parfois à 15 dans un minuscule cachot. Il perd une année scolaire puis retourne à Dakar l’année précédente.

Le mouvement éclate de nouveau. Cette fois-ci, M. Cissé est le seul étudiant à être débarqué du Sénégal. Même tragédie une fois à Bamako. Mais, cette fois, il est sévèrement manœuvré par le régime et voit sa bourse coupée. Sa mère est obligée de vendre quelques bijoux précieux pour l’envoyer de nouveau à Dakar.

Sur place il donne des cours de mathématiques et de physique dans plusieurs lycées dont l’Amitié et le lycée Rousseau. Très brillant, il est aussitôt retenu comme moniteur aux classes de 1re et de 2e année à l’Université de Dakar.

L’époque, très marquée par un fort bouillonnement politique sur le continent et la guerre au Vietnam, permet à Soumaila Cissé de rencontrer plusieurs leaders expérimentés au Sénégal et d’apprendre à leurs côtés.

« La vie française n’était pas faite pour moi »

De retour au Mali, M. Cissé sert à l’Ecole normale supérieure (EN Sup) et à l’ENI jusqu’à l’obtention d’une bourse malienne en janvier 1973 pour la France.

« Il n’a pas eu une vie dorée comme le pensent certains« , explique un de ses adversaires politiques avec lequel il militait à l’Adéma/PASJ. « Je me souviens que M. Cissé étudiait dans la précarité à Mopti lorsqu’il était au DEF. Il vivait dans des conditions exécrables », précise ce cadre de l’Adéma qui l’a connu en 1965.

Arrivé en France il redouble d’effort pour s’intégrer. Esprit brillant, il est sélectionné pour un test d’aptitude aux études en informatique qu’il réussira avec brio. « J’ai compris plus tard, après un long test de quinze jours que les initiateurs du programme voulaient savoir si un Noir était capable de suivre des cours en informatique. J’ai bien honoré l’Afrique en bouclant le cursus et en étant major de ma promotion », raconte M. Cissé avec un sentiment de fierté.

Il enchaîne directement avec un cursus en ingénierie. Sa carrière universitaire est couronnée au troisième cycle par un certificat d’aptitude d’administration des entreprises, obtenu en 1981 à l’Institut d’administration des entreprises de Paris.

Les chasseurs de têtes l’ont déjà repéré et le font entrer successivement chez RNTR, puis IBM-France, au Groupe Pechiney-France et au Groupe Thomson-France, avant de finir sa carrière française comme analyste et chef de projet informatique chez Air Inter-France en 1984, à l’époque la plus grande compagnie de vol en France.

De son expérience de gestion de sociétés françaises, Soumaïla Cissé retient ce qui, de son point de vue, explique les performances des organisations privées et sociétales occidentales : « la méthode, la vision stratégique et le leadership opérationnel des dirigeants ». Il acquiert la conviction que le développement de l’Afrique repose sur des élites décomplexées qui utilisent les méthodes universelles de gestion des organisations en les adaptant au contexte africain où les valeurs socioculturelles sont placées au-dessus des critères de profitabilité et d’efficacité.

Conséquent avec lui-même, il fait le pari de retourner travailler au Mali, montrer, par l’exemple, que les fils du continent sont suffisamment outillés pour relever les défis du développement. « Je ne me sentais pas chez moi. La routine me fatiguait. J’étais robotisé et il fallait que je revienne au Mali. J’ai décidé, en commun accord avec ma femme, de retourner », rappelle-t-il.

En 1984, Soumaïla Cissé, courtisé et sollicité, décide d’intégrer la Compagnie malienne du développement du textile (CMDT), la plus grande société nationale du Mali. Il devient coordonnateur des projets Mali-Sud, en contact direct avec le monde rural pour assurer le développement de la filière coton, principal produit d’exportation et principale source de revenus du pays.

Sa promotion est immédiate à la CMDT : directeur des programmes et du contrôle de gestion, puis PDG par intérim en 1991. « A la CMDT, j’ai beaucoup appris. J’ai parcouru toute la zone CMDT et j’ai travaillé avec les paysans, dormi à même le sol dans des champs. Une belle expérience qui n’a fait que renforcer mon engagement ».

Au vu de ses performances à la CMDT, M. Cissé est choisi par les autorités de la transition, pour créer et gérer l’Agence de cession immobilière (ACI). Malgré un début timide, l’ACI brille de mille feux d’aujourd’hui.

ACI-2000, Cité administrative… des labels Cissé

De l’ACI au secrétariat général de la présidence en passant par le ministère des Finances et celui de l’Urbanisme, Soumaïla Cissé a été un innovateur. Il est à la base du projet ACI-2000, et de la construction de la Cité administrative.

« Le projet était plus vaste que ce qu’on a aujourd’hui. Ce que je prévoyais était plus grandiose que ce qu’on a. Durant dix ans j’ai bataillé avec le dossier et obtenu le financement auprès des Libyens (40 millions de dollars) et des Egyptiens (10 millions de dollars) pour financer le projet de la Cité administrative. Mais bon après ma démission du gouvernement, ça à changer mais le financement était déjà acquis », se désole-t-il.

Pour autant, l’homme qui a été deux fois candidats à l’élection présidentielle d’abord sous la bannière de l’Adéma/PASJ puis celle de l’URD, continue de se battre pour un Mali meilleur. Lui qui a toujours su éloigner ses enfants de sa politique (il est père de quatre enfants dont des jumeaux), est aujourd’hui le chef de file de l’opposition.

Il a déjà servi l’Uémoa en tant que président de la Commission et même écrit des livres pour étayer son projet pour le Mali et d’autres pour guider la jeunesse malienne et africaine. « Les jeunes doivent apprendre. Ils doivent se former et s’intéresser à la chose publique. La politique, tous les citoyens doivent s’y intéresser surtout les jeunes », leur conseille-t-il.

Un homme commode et plein d’humilité ?

Malgré sa belle réussite aux plans politique et professionnel, M. Cissé, contrairement à d’autres hommes politiques de sa stature, occupe un minuscule bureau. Un petit ordi portable sur une table d’environs deux mètres, des livres épars, une étroite toilette et une natte de prières. Le petit salon qu’il utilise pour recevoir ses invités, n’a rien d’extraordinaire que la « simple » décoration du bureau. « Je n’aime pas être extravaguant. On me taxe de gestionnaire et je dois donner le bon exemple », indique-t-il.

Le sport surtout la marche est le secret pour ce sexagénaire pour se maintenir toujours en forme. « Il faut toujours avoir un corps sain pour préserver un esprit saint. Je marche tous les matins avant le boulot. Et je demande aux jeunes de faire de même. Avant je jouais au football et j’étais un excellent avant-centre, mais avec l’âge je ne cours plus », confie-t-il.

Strict sur le temps, il n’hésite pas à renvoyer un élu du peuple pour retard à un rendez-vous. « L’heure c’est l’heure. Et pour ne pas frustrer un de mes invités, je reçois chacun à l’heure exacte du rendez-vous », explique-t-il après une scène, pour le moins anodin, mais pleine de signification dans un pays où beaucoup de gens considèrent moins le retard comme un problème.

En effet, venu pour un rendez-vous avec le chef de file de l’opposition, un député élu de son parti et un journaliste, ont été contraints d’attendre leur tour pour être reçus. M. Cissé a ordonné à son assistant particulier de faire entrer plutôt un autre visiteur arrivé à l’heure exacte de son rendez-vous contrairement aux deux autres qui accusaient un peu de retard. « On doit être juste. Chacun attend son heure, même si on est député ou journaliste », se défend-il.

Aujourd’hui avec son expérience, M. Cissé sait qu’il peut mener sereinement une bataille à laquelle il est bien préparé. Il maîtrise les dossiers, c’est un orateur hors pair (il s’est forgé ce talent au cours de sa carrière de gestionnaire et de militant), il incarne l’espoir de relancer l’économie malienne, de rassembler le pays et de remettre les Maliens au travail.

Reste à savoir, si ça sera lui le futur le président du Mali…

Sory I. Konaté

30minutes.net

08 septembre 2017

Promoteur et directeur de publication du site 30minutes.net, Il est journaliste depuis septembre 2010. Il a travaillé au premier quotidien privé du Mali, Les Echos, avant d’être rédacteur web à Afribone.com. Psychologue de formation, M. Konaté est diplômé de la formation par alternance en journalisme option : presse écrite et web de l’Ecole supérieur de journalisme de Lille (ESJ-Lille). Tel: (00223) 76 93 44 72 Mail : sory30minutes@gmail.com

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