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HISTOIRE DE FEMMES : la perruque,  cette nouvelle chevelure à tout prix

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Les perruques sont dans certaines professions telles que la magistrature, un élément basique de l’uniforme. Depuis l’antiquité, les perruques sont utilisées pour masquer une calvitie disgracieuse, rehausser une tenue ou servir de déguisement dans les grands théâtres. Dans certaines civilisations telles que l’ancienne Egypte, les Grecs ou les Romains, la perruque était à l’époque considérée comme un important symbole du statut social. Cet accessoire de beauté facile à enfiler et surtout réutilisable est devenu une mode en soi chez nous aussi.  

 

Partout dans le monde, les femmes utilisent les perruques pour différentes raisons et occasions : sanitaire, cérémonie et apparence. Les femmes victimes de maladies capillaires comme la calvitie ou qui suivent une chimiothérapie s’en servent pour camoufler la perte de cheveux. Lors des grandes cérémonies, les dames trop occupées pour aller faire la queue au salon de coiffure utilisent les perruques. Il y’ a aussi les fans de la  perruque qui en porte chaque jour et n’hésitent pas à changer de modèle pour avoir un look parfait en toute circonstance.

Le Mali envahi

Au Mali, cette dernière catégorie est la plus rependue. Les femmes de tout âge utilisent les perruques. Les plus jeunes sont dans des modèles volumineux et souvent très colorés tandis que les femmes mures sont plutôt dans un style soft et modéré. « Avec l’âge, je n’ai plus la patience de me coiffer réellement. Cela prendrait trop de mon temps et mes occupations sont autant diverses que multiples. Aussi, je reconnais que ça me fait vraiment mal quand on me tresse mes cheveux gris. C’est la raison pour laquelle je me suis offert quelques perruques pour rester présentable à toute occasion », nous confie Mme Traoré, teinturière. Le plaisir de changer de coiffure chaque matin motive les plus jeunes ; « je voudrais avoir une coiffure pour chaque tenue que je porte. Que ce soit en journée ou en soirée j’ai une perruque pour chaque situation » atteste Saran, étudiante. La qualité de la perruque varie selon la matière qui la constitue il y’a les synthétiques, les naturelles, les industrielles et les artisanales (fabriquées à la main). Ces dernières sont élaborées par les coiffeuses sur demande de leurs clientes. « Mon salon est exclusivement dédié à la confection de perruque. J’élabore sur commande mais aussi dans le but d’exposer mon savoir-faire. Les modèles que j’expose sont à base de mèches synthétiques qui sont moins chères. Par contre, les modèles à base de cheveux naturelles sont uniquement sur commande.  En plus des modèles classiques comme les tissages, je fais également les brins, rasta et gros grains sur perruque. Grâce aux perruques je soutiens ma famille et je suis indépendante financièrement », affirme Kadi, coiffeuse.

Des prix qui révoltent les hommes

Le marché de la perruque connaît un essor fabuleux grâce à l’évolution de la mode en général et à la demande croissante. « J’importe les mèches et les perruques industrielles d’un peu partout dans le monde. Les synthétiques proviennent de la sous-région et l’Europe en général. Les cheveux naturels sont de l’Asie et de l’Amérique latine. Bien entendu, les prix sont fonctions de la qualité. Les perruques avec ou sans front-lace sont selon les tailles entre 20 000FCFA et 100 000 FCFA la pièce pour les semi-naturelles et les naturelles du même type commencent à partir de 150 000 FCFA la pièce et vont jusqu’à 400 000 FCFA. Ce business me permet de prendre en charge toute ma famille et je contribue au développement de mon payer à travers les taxes dont je m’acquitte régulièrement », nous informe Lassana, vendeur au grand marché. Une coiffure à ce prix n’est pas sans faire des vagues au sein des couples. Les femmes veulent absolument porter les mèches brésilienne qui, précisons-le, ne sont pas données côté prix. Même si la plus part d’entre elles considère cette dépense comme un investissement, quelques-unes font exception. « C’est vrai que les perruques dépannent lorsqu’on a pas le temps de se coiffer. Cela dit, une femme est sensée être belle d’abord pour son mari puis pour les autres. A cause de ces perruques, cette règle est inversée. Elles sont belles pour le monde mais à la maison sans cette perruque elles sont dépravées aux yeux de leurs époux ! C’est ridicule », affirme Djénéba, enseignante.

Les coiffures anciennes à l’abandon

La perruque, une mode à prix exorbitant qui n’est pas sans faire réagir les hommes. « La coiffure est certes importante dans le style d’une femme mais en toute franchise, devrais je me ruiner pour un caprice ? Parce que se coiffer, je comprends mais vouloir impérativement des « brésiliennes » sur la tête n’est pas obligatoire. Je suis vraiment nostalgique du temps où les femmes se contentaient de faire des nattes avec leurs propres cheveux… au moins la bourse des hommes servait à gérer les besoins d’ordre prioritaires», proteste Aboubacar, fonctionnaire.

Porter une perruque est une mode au Mali surtout dans la capitale, Bamako. Presque toutes les femmes en ont une sous la main. Longue, courte, frisée ou lisse, la femme a maintenant le pouvoir de s’offrir la coiffure qui lui plaît quand elle le souhaite. Même si les avis sont partagés sur le sujet, l’essentiel c’est de pouvoir garder sa perruque sur la tête !

Fadimata S. Touré, Stagiaire   

L’Indicateur du renouveau du 09 août 2018