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Me KOTO TRAORE, AVOCAT : « Un décalage entre la pratique et les textes sur la parité »

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Avocat au barreau du Mali, Me Koto Traoré regrette le faible nombre de candidatures féminines à la présidentielle du 29 juillet. Selon lui, c’est le résultat d’un manque de « véritable volonté politique » du gouvernement et des partis politiques qui ne promeuvent pas la loi n°052 du 18 décembre 2015 exigeant un quota de 30 % aux femmes.

 

Le Focus : Quel est votre point de vue, en tant qu’avocat au Mali, sur le faible nombre de candidatures féminines à la présidentielle du 29 juillet ?

Me Koto Traoré : La candidature féminine est un défi qui s’impose à notre pays. En tant qu’avocat, je ne peux pas comprendre que notre pays est déjà engagé dans le combat pour la parité et qu’en pratique on assiste le contraire. En 2015, la loi n°052 du 18 décembre 2015 a été votée. Elle institue les mesures pour promouvoir le genre au Mali. On l’appelle la loi de 30 %. Cette loi a imposé que dans la prise de décisions et les fonctions de nomination qu’on tienne compte de ce quota de représentativité de l’un ou de l’autre sexe. Malheureusement ce quota n’est toujours pas respecté.

Le Focus : Pourquoi les femmes ne se présentent-elles pas ?

Me Traoré : Il y a deux facteurs qui peuvent expliquer cela. Primo, il y a la responsabilité des partis politiques. Ils sont des acteurs principaux dans l’animation de la vie d’une nation et la vie d’une démocratie. Et à ce titre, ils doivent d’abord avoir à l’interne des textes qui régissent la promotion féminine.

Secundo, il faut retenir qu’une importante partie des femmes souffre aujourd’hui de l’analphabétisme, qu’on peut qualifier d’analphabétisme féminin. Beaucoup d’entre elles ne connaissent pas leurs droits et leurs devoirs. Pour pouvoir se battre pour un droit, faudrait-il le connaître au préalable.

 Le Focus : Des propositions concrètes ?

Me Traoré : Il faut qu’il y ait une volonté politique réelle pour l’application effective des dispositions de la loi. Il faut aussi des mesures y afférents qui incombent à la responsabilité du gouvernement. Deuxièmement, il faudrait que les partis s’approprient leur devoir de formation et devoir d’esprit de décomplexer les femmes. Faites savoir aux femmes qu’elles ont les mêmes droits que les hommes et que les postes à pourvoir également sont à leur portée.

Propos recueillis par

Hamissa Konaté

Le Focus du Lundi du 09 juillet 2018

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