« Une sortie collective du franc CFA reste la meilleure option pour les pays de la Zone CFA » : c’est la principale recommandation des experts africains réunis à Bamako pour une session spéciale du Forum pour un autre Mali (Foram). C’étaitle 16 février 2019 au Mémorial Modibo Kéita.

Pour tous ces économistes (Kako Nubukpo du Togo, Martial Ze Belinga du Cameroun, Mamadou Koulibaly de la Côte d’Ivoire, Demba Moussa du Sénégal, Taoufiq Ben Abdallah de la Tunisie et Pr. Issa Ndiaye du Mali), la sortie du franc CFA est d’abord une question politique. Ainsi, il revient aux chefs d’Etat des pays membres du franc CFA de décider de la sortie de cette monnaie qui « couvre et épouse la violence esclavagiste de la France ».

A cet effet, le constat amer est que les dirigeants africains ne soutiennent pas l’initiative malgré la volonté de certains de sortir de cette zone. A l’image du président Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire qui, à l’issue d’un récent entretien avec Emmanuel Macron à l’Elysée, a souhaité que « cesse le faux débat » sur le franc CFA, qui est « une monnaie solide, bien gérée et appréciée ».

Pour ADO, « le franc CFA est notre monnaie, c’est la monnaie de pays qui l’ont librement choisi, depuis l’indépendance dans les années 1960… Elle est solide, elle est appréciée, elle est bien gérée… Nous sommes très, très heureux d’avoir cette monnaie qui est stabilisante ».

Ce soutien au franc CFA a naturellement vexé de nombreux Africains qui mènent une lutte farouche contre cette monnaie qualifiée de « coloniale ». A l’image du panafricaniste Kemi Seba, qui ne lui a pas fait cadeau sur sa page Facebook où il le traite « d’esclave volontaire ». Ce dernier qualifie d’ailleurs le franc CFA « d’os à ronger ».

« Pendant que les peuples souverains ont une économie qui leur permet de manger des repas consistants régulièrement, nous avons des présidents en Afrique francophone qui défendent l’os à ronger plutôt que d’exiger un repas décent », a-t-il déploré en réaction au soutien affiché d’Alassane Dramane Ouattara.

Ils sont nombreux ceux qui pensent aujourd’hui que le système de la Zone franc entraîne la faiblesse des échanges entre les économies des pays concernés (15 % d’échanges entre les pays de cette zone contre 60 % au sein des pays de l’Union européenne).

Arrimé à l’euro, le CFA est une monnaie beaucoup trop forte pour les économies locales anéantissant du coup tout espoir de compétitivité. Ce qui fait que, expliquent-ils, les balances commerciales des économies des pays de la Zone franc sont d’ailleurs toujours déficitaires.

A l’exception notamment de la Côte d’Ivoire qui donne « une sensation illusoire de bonne santé économique », cette monnaie autorise le principe de libre circulation des capitaux qui facilite le rapatriement des capitaux des entreprises françaises en France ainsi que les richesses des dictateurs africains vers la Suisse.

Sans compter que les banques centrales de la Zone franc sont tenues de reverser 50 % de leurs avoirs extérieurs au Trésor public français. Ce qui signifie que les Etats africains financent l’Etat français, en échange de la garantie de ce dernier. « Un scandale politico-économique », dénoncent des intellectuels africains.

Ainsi, comme l’a martelé l’Ivoirien Amadou Koulibaly lors de la rencontre de Bamako, « la revendication et la solution deviennent plus urgentes ». A son avis, il est nécessaire de bousculer la Cédéao pour qu’elle trouve un schéma de sortie de collective du CFA.

« Le principe panafricain peut beaucoup aider à la réalisation d’une monnaie », a défendu Martial Ze Belinga. Le Camerounais a reconnu qu’il y a des solutions plus efficaces que d’autres comme une sortie collective. Pour l’économiste togolais Kako Nubukpo, la stabilité monétaire défendue par ceux qui sont contre la sortie du franc CFA est une illusion.

Pour lui, la monnaie est une volonté politique, ce que défend aussi Pr. Issa Ndiaye. Pour lui, il n’y aura pas de « souveraineté politique si nous sommes économiquement dépendants des autres »…

Les conférenciers défendent que l’Europe est aujourd’hui en difficultés parce qu’elle n’a pas de marché nulle part au monde en dehors de l’Afrique, le seul continent qui n’est pas en concurrence avec elle.

« Les accords commerciaux sont un moyen pour mettre la main sur les marchés africains, un moyen de transfert des richesses vers l’Europe », a argumenté le Tunisien Taoufiq Ben Abdallah. L’Ivoirien Amadou Koulibaly a lui aussi abondé dans ce sens, en ajoutant qu’avec les accords bilatéraux, les colonies paient plus chers leurs importations et vendent moins chers leurs exportations.

Une situation qui affaiblit les économies africaines et appauvrit les Africains. Ce transfert des richesses africaines vers l’Europe est assuré par les multinationales qui, selon Pr. Issa Ndiaye volent 65 % des biens en Afrique. Il est donc nécessaire pour lui de changer de modèle et de réfléchir à des alternatives nouvelles, c’est-à-dire penser en Africain pour assurer le développement du continent !

M. B.

Le Focus du 25 février 2019

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