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MAMAN ACTIVE : Diallo Aïssata Touré, députée et mère

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Mère de famille, Mme Diallo Aïssata Touré est la première femme élue députée à Youwarou, un cercle du centre du Mali. Malgré les barrières sociales, religieuses et le contexte sécuritaire difficile du pays, elle parvient à conjuguer vie de famille et engagement politique.

Mopti, Bamako, Paris, Bruxelles, Etats-Unis, Haïti, etc. La vie de l’honorable Aïssata Touré est partagée entre ces villes depuis plus de trois ans. Elle est la première femme députée élue dans le cercle de Youwarou, une circonscription électorale à majorité musulmane ou l’école coranique prime encore sur l’école classique. Persévérante et engagée à portée le changement dans le cercle qui l’a vit naître, Aïssata a été élue suite à sa deuxième tentative après un premier échec en 2007.

Gérer les enfants et petit enfant, les devoirs, la vie de famille, les affaires courantes liées à son poste à l’hémicycle, assister aux réunions, voyager à travers le monde…Tel est le quotidien d’Aïssata. Et, elle le fait bien.

Toujours souriante, habillée en Bazin, wax ou tenues traditionnelles du Nord, la presque quinquagénaire est disponible pour accueillir des ressortissants peulhs, songhaïs, bozos ; femmes ou jeunes de sa circonscription. Une petite table sur laquelle un ordinateur, à coté une armoire pour arranger les dossiers et une petite toilette dans la pièce d’environ 5m/5 en guise de bureau pour l’élue. C’est ici qu’elle donne rendez-vous à ses invités pour parler de la vie de la nation. Aucun luxe ni superflu, malgré la Commission des Affaires étrangères, des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine qu’elle dirige à l’Assemblée nationale. Un grand sourire, de l’eau proposée et l’honorable se lance dans le récit de sa vie, « une histoire pleine d’enseignements ».

Difficile d’être une élue au Mali et bien s’occuper de son foyer. Sans ambages, pendant presque vingt minutes, la députée explique les défis auxquels elle fait face quotidiennement. « Au Mali, être femme et responsable politique n’est pas du tout facile. Nous sommes tous les jours exposées. Quand une femme a une promotion, on cherche à savoir d’où c’est parti, mais quand c’est un homme, c’est naturel. Ce cliché ne doit pas être pris en compte. Ces des boulets qui nous retiennent ». Elle précise : « nous devons nous occupé aussi de nos foyers. Faire tout pour maintenir l’équilibre entre le travail et la famille ».

Même si elle est bien appréciée par ses collègues députés à cause de sa disponibilité et son courage, Aïssata n’était toutefois pas prédestinée à endosser le rôle d’élue. Issue d’une famille modeste, elle a brillamment bouclé son cursus scolaire. Grâce à ses oncles, elle n’a pas été mariée tôt à l’instar de beaucoup de jeunes filles de l’époque. « Ce n’était pas évident de poursuivre les études. Mais, à cause de mes oncles surtout j’ai pu passer à travers les mailles du filet », explique-t-elle. Malgré tout, elle sera fiancée lorsqu’elle était encore sur les bancs dans les années 1990, mais déjà à l’université. Très vite, le couple donne naissance à un premier enfant. Aujourd’hui, il compte quatre : une fille et trois garçons. Mais, l’honorable est aussi grand-mère.

« Mon mari est mon miroir en politique »

Elle a embrassé la politique grâce à son mari, Toumani Djimé Diallo ambassadeur du Mali en France, membre du bureau politique national du Rassemblement pour le Mali (RPM) et ancien secrétaire général de la Présidence du Mali. « Il se considère comme un analyste. A cause de nos causeries et de son engagement pour le Mali, j’ai voulu faire la politique. Et j’ai décidé de me présenter dans le cercle ou je suis né », dit-elle. Un engagement qui portera fruit lors des législatives de 2013 ou elle est élue députée après un premier échec en 2007. « Je savais les difficultés, mais il fallait un premier coup d’essai pour changer la mentalité dans mon cercle. Ça a marché la 2e fois, explique la députée. Surtout à cause du soutien de la population, de mon mari et de la persévérance».

Son parcours loin des sentiers balisés, elle le revendique. Pour elle, c’est indéniablement une force, un plus, par rapport à des élus dont la politique est la profession depuis des années ou des décennies.

« Je ne suis pas venu dans la politique pour faire de la politique. Non. Mais pour apporter un plus. Je suis femme d’un technicien de la politique. Je me suis présenté aux élections chez moi, dans ma ville de naissance malgré les difficultés liées à la culture de la zone. Je pense que mon alliance, la richesse de mon parcours en tant que femme et technicienne de santé depuis des années au contact permanent avec les agents de la santé et les Maliens, m’a permis d’avoir un regard plus objectif sur les attentes de la population, même si je ne prétends en aucun cas détenir la vérité ». Etre parlementaire, pour elle, est donc une opportunité, car « cela me permet de faire mieux, d’aider plus la population comme je l’ai toujours voulu ».

« Petite, je voulais faire du social, réparé l’injustice. J’ai alors décidé de faire le droit. Après ma maitrise, je voulais être avocate, mais à cause des mouvements de l’époque (les années 1990), je me suis orienté vers les banques ou j’étais fiscaliste. Mes attentes n’étaient toujours pas comblées, finalement j’ai viré dans le domaine de la santé. Aujourd’hui député, je me bats toujours pour la population». Discrète dans ses œuvres humanitaires, Aïssata appui énormément les femmes et les jeunes du Mali principalement ceux de Youwarou.

Pour réussir, il faut persévérer

« Dans un monde politique, il faut avancer avec conviction armé d’ambitions. On ne doit jamais se décourager », lance l’élue. Pour la quinquagénaire, le monde évolue vite, les femmes doivent se battre pour réussir. « Malgré les défis et les difficultés rencontrées, on doit se battre pour ses convictions, être ambitieuse et se donner les moyens pour réussir », dit-elle en précisant que la vie est une échelle à différent niveau. « Nous ne devons pas sauter les étapes. Nous devons monter l’escalier pas à pas en se formant et en se donnant les moyens pour aller toujours plus loin, plus haut ».

Malgré les postes qu’elle a occupés dans l’administration sanitaire, de la direction nationale au cabinet, la technicienne supérieure en administration sanitaire reste humble. « Peu importe le rang qu’on occupe dans la société, nous devons toujours rester humble et chercher à aller plus loin ».

Issue d’une famille modeste, elle conseille à la jeunesse de profiter de l’évolution, de se former et de se battre pour réussir. « A notre époque, nous n’avions pas l’opportunité qu’internet offre aujourd’hui. Le monde est devenu un gros village et on a toutes les informations nécessaires pour se former, apprendre et communiquer en un clic. C’est un avantage pour ceux qui savent quoi chercher, mais ça peut être un handicap pour ceux qui y vont pour jouer et perdre du temps », indique l’honorable Diallo Aïssata tout en ajoutant qu’au moment où elle quittait l’université, les diplômés passaient par des stages de perfectionnement qui pouvaient aller jusqu’à quatre ans avant de prétendre à un poste. « Ca a évolué. Aujourd’hui les jeunes veulent brûler les étapes : obtenir un job rapidement après l’école, gagner de l’argent immédiatement, construire des maisons, etc. Avoir cette ambition est noble, mais il faut se former et être parmi les meilleurs d’abord. Le reste suivra ».

Sory I. Konaté

30minutes.net

20 mars 2018

Promoteur et directeur de publication du site 30minutes.net, Il est journaliste depuis septembre 2010. Il a travaillé au premier quotidien privé du Mali, Les Echos, avant d’être rédacteur web à Afribone.com. Psychologue de formation, M. Konaté est diplômé de la formation par alternance en journalisme option : presse écrite et web de l’Ecole supérieur de journalisme de Lille (ESJ-Lille). Tel: (00223) 76 93 44 72 Mail : sory30minutes@gmail.com

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