Menu

EMPLOI : Portrait de neuf femmes battantes

Partger cet article

Au Mali, rares sont les femmes qui s’orientent vers des métiers jugées trop masculines : soudure, cheminot, maintenance informatique, etc. Avec le combat pour l’autonomisation des femmes et des jeunes filles, certaines Maliennes prennent le risque de s’aventurer dans ces métiers. Le plus souvent, elles parviennent même à concurrencer les hommes. Portrait de neuf amazones primées le week-end dernier par l’Alliance des professionnelles de la presse écrite du Mali (Appem) à l’occasion de la 5e édition de la remise des Trophées aux femmes battantes du Mali.

 

Agnès Dramé, 23 ans, est soudeuse, un travail qui consiste à rassembler différentes pièces de métal par fusion en les portants à très haute température. Métier risqué et ardue, Agnès travaille sous la flamme. Elle voit naître tous types d’objets ou de pièces métalliques. Son inspiration, elle l’a tire d’autres femmes du Mali et de la Guinée-Conakry

Après avoir abandonné l’école à partir de la 6e année  fondamentale, Agnès n’a pas voulu chômer. Elle a immédiatement rejoint l’entreprise métallique de Mahamadou Diarra à Kalabancoro. Assidue, elle gravit très vite les échelons et prévoit déjà d’ouvrir son propre atelier. « Elle est la seule femme parmi une dizaine d’hommes. Mais, Mlle Dramé s’est toujours bien comportée avec ses collègues« , reconnait un responsable de l’atelier. « C’est une  passionnée du métier de soudeur. Elle est courageuse et travaille du lundi au samedi« , explique son patron Mahamadou Diarra, spécialiste en menuiserie métallique, aluminium et bois. « Je souhaite avoir mon atelier et travailler avec d’autres jeunes« , explique Agnès.

 

Togola Balkissa Sidibé, une entrepreneure engagée dans la lutte contre le chômage

Elle mène ses activités à Tabacoro, à environ sept kilomètres de Koumantou dans la région de Sikasso. Sage-femme à la retraite, Mme Togola possède aujourd’hui deux boulangeries et emploie une soixantaine de jeunes ruraux. Pourtant le début n’a pas été facile.

En 2006, date à laquelle elle a installé sa première boulangerie moderne à Tabacoro, elle s’était fixée comme objectif de réduire l’exode rural. De nos jours, Mme Togola possède deux boulangeries : une à Tabacoro et l’autre à Kignan. En plus, elle a des champs d’agrumes et a ouvert une école privée pour le bien-être des enfants de la localité.

De l’agriculture à l’élevage en passant par le maraîchage, la pisciculture, Balkissa s’investit dans quasiment tout. Aussi, elle appuie les femmes et les jeunes du cercle à travers des conseils, l’appui technique et financier. Sali Doumbia fait partie des centaines de femmes ayant bénéficié de son soutien à travers l’octroi d’une plateforme multifonctionnelle.

Elle témoigne : « Balkissa Sidibé est une femme courageuse, fière et résolue. Elle est une véritable inspiration pour nous les femmes de Tabacoro. Son sang-froid indique un engagement sans faille à relever des défis. C’est pourquoi, elle n’a point hésité à entreprendre des activités pour son propre développement et celui des autres. Ici, elle mène des activités utiles permettant aux femmes d’être autonomes. Elle est à la base de la création de Yèrèdèmèn Ton (Aide toi, le ciel t’aidera en langue française), une initiative qui a abouti à la création d’une coopérative composée de 124 femmes« .

Mme Togola est aujourd’hui un véritable modèle de réussite qui inspire les femmes de Tabacoro à s’engager pour le développement socioéconomique de leur localité.

 

Diarra Alima Koura Mariko et Maïga Maïmouna Kéita : deux pasionaria de la renaissance du chemin de fer

Destins croisés. Diarra Alima Koura Mariko et Maïga Maïmouna Kéita sont deux collègues de travail. Elles figurent parmi ces rares femmes ayant compris le sens de l’égalité homme-femme. Toutes deux diplômées de l’Ecica, promotion 2005, elles ont été admises au concours d’entré à Transrail sur 110 postulants. Mères de deux enfants chacune, Maïmouna et Alima sont fières d’être au service du Mali. Récemment, à l’occasion de la mise en route du nouveau train voyageur, le ministre des Transports et du Désenclavement, à la tête d’une forte délégation, a effectué le déplacement sur Kayes. Il a été conduit par ces deux braves dames, des véritables références au Mali et dans la sous-région.

Pourquoi devenir cheminotes ? « C’est un choix, la concrétisation d’un rêve. J’avais l’ambition de faire ce métier« , répond Maïga Maïmouna Kéita. Pour les deux cheminotes, il n’y a pas un métier réservé aux femmes ou encore aux hommes. Il suffit d’être engagé pour entreprendre un métier qui peut vous nourrir. Leur travail ne se résume pas qu’à la conduite, si elles ne voyagent pas, elles travaillent à la gare et au dépôt de Korofina en Commune I du district de Bamako. Souvent, elles sont de permanence de 6 h à 14 h ou de 22 h à 6 h du matin. Tout cela ne va pas sans peine. Elles vivent des difficultés comme le partage du même dortoir et toilettes que les hommes. Elles invitent les plus hautes autorités du pays à améliorer leurs conditions de travail à travers l’achat de nouvelles machines et la rénovation des anciennes.

 

Awa Diarra, technicienne en maintenance

Awa Diarra est une technicienne de formation en maintenance informatique et en électronique industrielle. Célibataire, teint clair, elle a décroché son diplôme au bout de deux ans à l’Unité de formation des entreprises (UFAE). En plus, elle est titulaire d’un diplôme en électronique industrielle niveaux I et II. Principalement, son travail consiste à faire la maintenance des ordinateurs, des photocopieuses, des onduleurs et des imprimantes. Awa ne s’ennuie jamais. Elle trouve son travail intéressant et encourage les femmes à s’intéresser à ce métier.

 

Dissa Awa Coulibaly, spécialiste en couture de tenues traditionnelles

La concrétisation d’un rêve d’enfance. Originaire de Ségou et aînée d’une fratrie de 12 enfants, Mme Dissa a bravé les difficultés pour s’imposer dans la couture de tenues traditionnelles. Icône dans le milieu de la mode au Mali, elle participe régulièrement aux foires et expositions dans la sous-région et en Europe. Elle est détentrice d’un diplôme d’économie de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Après le succès de son premier atelier de couture, elle a créé une autre entreprise dénommée « Label« , essentiellement basée sur les produits locaux. L’objectif recherché est d’exhorter les Maliens à consommer des produits locaux pour booster l’économie du pays, accroître le pouvoir d’achat et créer de l’emploi pour les jeunes. « Contrairement aux Burkinabés, les Maliens ne consomment pas assez les produits made in Mali. Notre gros problème, c’est ça. La prolifération de la friperie pourrait être un frein à la promotion des produits locaux« , explique-t-elle. Pour promouvoir le made in Mali, elle propose aux membres du gouvernement de s’habiller avec la production locale, à commencer par le président de la République.

 

Mme Kaba Hawa Maïga, la reine des arbitres de basketball au Mali

Agée de 32 ans, Hawa est arbitre de basket-ball depuis 2000. Elle l’a hérité de sa passion pour le sport. Ses parents étaient tous deux des sportifs de haut niveau. Son père était un ancien footballeur du Djoliba AC de Bamako et sa mère fut une basketteuse professionnelle et membre de la Fédération malienne de basket.

Malgré son jeune âge, elle a déjà une riche carrière. Elle a sifflé beaucoup de finales de Coupe du Mali de basket-ball, des Play-off et plusieurs autres tournois. Détentrice d’une maîtrise en droit et d’un DUT en secrétariat-assistant, elle travaille actuellement à la Bibliothèque nationale du Mali.

Elle a été élue plusieurs fois meilleure arbitre de basket au Mali. Elle conserve ce trophée depuis 2016. Elle a plusieurs distinctions honorifiques, des médailles et des trophées. Dotée d’un courage exceptionnel, Hawa Maïga affectueusement appelée Hawadèm avant d’être arbitre a joué avec l’équipe du Centre Alkaya Touré. Elle a débuté l’arbitrage à l’issue d’une formation. « Elles étaient plus d’une trentaine, mais seulement deux ont été retenues. Elle faisait partie de ses deux« , explique un expert. Ensuite, elle a participé à plusieurs sessions et stages de formation.

Hawa Maïga est mariée à Amadou Kaba, un basketteur évoluant au Maroc. Ils ont deux enfants : Seyba et Abdallah.

 

Néné Diakité, une veuve mécène

Au quartier de Dianéguéla en Commune VI du district de Bamako, une association des veuves et orphelins se dévoue dans le développement personnel. Créée le 14 novembre 2005, l’association est présidée par Néné Diakité, une veuve engagée dans le combat pour la protection des orphelins et l’aide des veuves. Après le décès de son mari en 1995, elle a élevé seule, dans la galère, ses huit enfants. Motivée, elle a alors décidé de soutenir d’autres enfants dans les mêmes situations que les siens, d’où sa volonté de regrouper d’autres femmes au sein d’une association.

« Nous nous battons pour l’amélioration de nos conditions de vie. A ce titre, cette association participe à toutes les activités en faveur du développement de notre quartier de résidence« , explique-t-elle. Elle organise des journées de salubrité dans les écoles publiques, mosquées, centres de santé et bien d’autres activités.

 

Sanogo Sira Traoré, femme menuisière

Une femme menuisière au Mali ? C’est très rare. Sanogo Sira Traoré est sans doute la première. Née en Côte d’ivoire, elle a grandi à Bamako où elle a fait ses premiers pas dans l’atelier de son oncle maternel. Aujourd’hui, elle est l’unique femme qui travaille avec les 47 hommes dans l’entreprise de Mamadou Minkoro Traoré (Emamit). De Bamako à Koulikoro, Bassira, comme l’appellent ses proches, a forgé son talent aux côtés de ses parents.

Grâce au soutien de son actuel patron, Mme Sanogo a repris le chemin de l’école afin d’améliorer ses connaissances.

 

Siré Sanogo, une victime de la poliomyélite émancipée

« Le handicap n’est pas la fin du monde« . Cet adage cadre bien avec l’histoire Siré Sanogo.

Promotrice d’un salon de coiffure à Djicoroni-Para, Siré est une handicapée motrice très engagée. Native de la région de Mopti, elle a perdu l’usage de ses jambes après avoir contracté la poliomyélite à l’âge de 4 ans. Toujours souriante, elle ne se décourage jamais. La trentenaire a appris la coiffure dans le sillage de sa mère. Aujourd’hui, elle vit de ce métier. Fière, elle est optimiste. « Ma situation de handicap ne m’empêche pas d’être un bon professionnel et bien pratiquer mon métier« , dit-elle demandant aux autres personnes en situation de handicap d’éviter la passivité. « Nous devons être actifs comme les autres pour avoir notre dignité et notre honneur« , plaide-t-elle.

En bon tresseuse, Siré reçoit quotidiennement des clients de tous les coins de Bamako. D’autres, témoignent certaines clientes, ne se tressent nulle part que chez Siré.

Hamissa Konaté 

Le Focus du 03 mai 2018 

No comments

Laisser un commentaire

evenements

mai 2018
L M M J V S D
« Avr    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031