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SAHEL : La fabrication d’otages a de beaux jours devant elle

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Maintenant, au Sahel, les otages ce sont eux. Utilisés avec talent et puis mis au marché, les migrants ont remplacé des otages bien plus importants qu’eux. La fabrication des otages n’est pas nouvelle au Sahel : pendant des années elle avait bien marché.

 

Touristes, techniciens, anthropologues, contrebandiers et passeur : à chacun son otage et à différent prix. C’est ainsi que plusieurs groupes armés et terroristes utiles au système se sont financés. Otages précieux et commerciaux d’origine occidentale, plus chers que les locaux. Ce n’est pas vrai qu’il existe l’égalité : il y a otage et otage. Ceux d’origine occidentale, tout comme pour les techniciens spécialisés, les chargés de mission, les experts et les footballeurs, sont plus appétissants.

Maintenant au Sahel, on fabrique « migrants irréguliers » qui sont la dernière trouvaille de la technique. On appelle « otage » n’importe qui est détenu comme engagement ou garantie. Il se dit aussi d’une personne enlevée par des criminels ayant le but d’extorquer de l’argent en échange de sa libération. Au Sahel les otages sont les migrants.

Il n’est jamais trop tard pour commencer. Il était résulté plus facile de ce qu’on aurait pensé. La prise des otages passe inaperçue et, sans le montrer, se déguise de couloirs humanitaires, opérations d’évacuation et centre d’apprentissage pour les réfugiés. Les migrants du Sahel, entre d’autres, font l’objet d’un soin particulier. Ils sont otages des politiques qui imposent des frontières avec les tracés variables et des dispositifs d’externalisation du droit international. Il suffira dessiner une ligne dans le sable, l’habiller de barbelé, l’enregistrer au cadastre du désert et finalement déclarer illégaux ceux qui la franchiront.

La fabrication des otages se construit par des accords bilatéraux, conventions régionales et surtout avec l’argent. Des otages irréguliers parce qu’illégaux comme le produit clandestin de la mobilité humaine et donc otages des définitions qui feront d’eux un sujet idéal. Les premiers otages officiels au Sahel remontent au 2003 et il s’agissait de 32 touristes européens dans le sable du Sahara. L’année suivante fut le tour de deux autres touristes et un diplomate canadien de l’ONU, son assistant et son chauffeur.

Une bonne partie des migrants sont pris en otage par les agences humanitaires qui, grâce à eux, vivent dans une prospérité sans fin. Otages des programmes d’accompagnement, formation, retour assisté et, pour les plus chanceux un fonds de première insertion. Bien à cela servent les centres d’accueil et de transit finalisés au retour au pays natal.

Les organisations appelées, par fiction, non-gouvernementales, constituent le rempart, la narration et surtout les porte-paroles de ces otages. Modules à remplir, empreintes, distribution de nourriture, tickets, gestion des traumas de migration et finalement l’interview avec les spécialistes. En 2016, on avait enlevé une religieuse de Colombie, une chrétienne protestante de Suisse et un couple d’Australie.

Les nouveaux par contre sont otages de la mer, du désert et du futur qui ressemble davantage au passé. Otages provisoires de bateaux, camions, militaires, mafieux, trafiquants et sapeurs- pompiers de l’Histoire. Qui statue que le Sahel n’est pas industrialisé fait montre de ne pas connaitre cet espace. Les usines pour la fabrication d’otages se multiplient en proportion avec les régimes dictatoriaux et le libre marché des famines de saison.

Les plans de développement de cette industrie comptent avec des bénéfices toujours plus importants pour les actionnaires. Les bases militaires en assurent la sécurité, les journalistes le fonctionnement et les otages la garantie de main d’œuvre bon marché. Seulement la désertion ou la mutinerie des otages pourrait réduire le nombre d’usines, avec la perte définitive du tourisme humanitaire.

Mauro Armanino

Contributeur du « Le Focus »

Niamey, avril 2018

Le Focus du 03 mai 2018

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