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PRÉCAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE-2018 : La petite saison du « mana-mana kan »

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Depuis le début de l’année, nous n’entendons que des annonces de candidature à la présidentielle dont le 1er tour est annoncée pour le 29 juillet 2018. Et même si on préfère parler de « précampagne » pour se donner bonne conscience, la campagne est visiblement engagée dans certains médias et surtout sur les réseaux sociaux. Le hic : les attaques personnelles volent la vedette aux propositions de solutions aux préoccupations réelles des Maliens. Et il n’est pas très évident que cela change même si, à un moment donné, les prétendants seront obligés de donner des indications sur leurs intentions une fois élu.

 

 

« Je suis meilleur qu’IBK. Il ne travaille pas. Il est dans la corruption… » (Extraits d’une interview du chef de l’opposition démocratique et républicaine du Mali, l’honorable Soumaïla Cissé, à un journal sénégalais).

« J’ai été à La Mecque, j’ai fait les sept tours de la Kaaba pendant que ceux qui disent Boua Ka bla dormaient. Ce n’est pas le moment pour que Boua Ka Bla. Je continue… Je suis encore vivace et je ne suis pas prêt à céder si Dieu me donne longue vie », a répondu le président Ibrahim Boubacar Kéita à ceux qui souhaitent qu’il ne brigue pas un second mandat. C’était le 25 avril 2018 lors de sa tournée à Ségou.

« Beaucoup accourent quand le plat est servi, mangent à satiété, et de peur d’avoir à participer à la vaisselle, bien rassasiés, se retirent piteusement », a-t-il lancé à l’adresse de ceux qui se sont servis dans ses différents gouvernements ou géré des entreprises et qui se retournent contre lui aujourd’hui. C’était le 5 mai 2018 à Koulouba devant la Plateforme d’alliance électorale et politique qui soutient son action à la tête de l’Etat.

Comme on peut le constater, le débat politique entre le régime en place et ses opposants tournent au « mana-mana kan », c’est-à-dire aux futilités, aux enfantillages. L’opposition trouve sa raison d’exister dans la critique systématique de tout ce que le pouvoir fait, bien ou mal. Et le président se croit obliger de réagir à toutes les critiques, de se justifier.

Tout se passe comme si Boua (Ibrahim Boubacar Kéita) s’était réveillé au bon moment pour duper le peuple et bénéficier d’un nouveau bail de 5 ans afin de continuer à dormir dans l’opulence, insouciant des malheurs de son peuple. Et ses opposants n’aspirent pas non plus à un meilleur destin pour ce peuple puisqu’ils se comportent comme des envieux qui veulent seulement que Ladji Bourama s’en aille parce que c’est leur tour d’occuper le fauteuil qui donne le droit de vivre dans le confort de Koulouba.

Aucune critique objective dans leurs discours. Depuis quatre ans, c’est le même refrain de la même litanie : corruption, scandales, incapacité à juguler la crise sécuritaire qui s’est déplacée du nord au centre (avec la complicité d’ailleurs de certains d’ailleurs eux)…

Qui d’entre eux pouvait faire mieux que le président IBK pendant ces cinq années ? Qui d’entre eux a réellement la volonté et la capacité de faire mieux que le Prince du Mandé si nous lui confions le destin de notre pays ? Aucun !

En tout cas, nous ne sentons pas cela dans les discours enfantins qu’ils nous servent. N’ayant rien d’autre à faire que de discréditer le régime par tous les moyens, certains vont jusqu’à violer le secret-défense sous prétexte de dénoncer des magouilles dans l’acquisition des équipements militaires.

Et l’opposition burkinabé (un pays qui est presque confronté au même défi sécuritaire que nous) qui leur donne une bonne leçon de patriotisme dans ce sens. « Nous sommes une opposition qui n’a jamais voulu mettre notre gouvernement en difficulté sur les questions sécuritaires. La sécurité est une question nationale qui va au-delà des questions partisanes. Nous attendons du gouvernement une vraie démarche stratégique et décisive sur la question et malheureusement, on ne la sent pas. Malgré cela, le gouvernement peut compter sur nous », a récemment déclaré Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition burkinabé. Dans un aucun pays digne de ce nom, on n’assistera à un tel déballage sur l’arsenal militaire.

Et comme le rappelait fort justement un élu de la majorité, « aujourd’hui les 95 % des acteurs politiques qui réclament l’alternance ont tous participé à la gestion du pays d’une façon ou d’une autre. Alors qu’ils changent de vocabulaire ».

Imposer aux candidats d’expliquer leurs projets de société

Les opposants sont très critiques sur le bilan du président sortant et prônent une alternance sans proposer d’alternative crédible. A ce rythme, il faut faire le deuil d’un quelconque changement dans ce pays. Et cela d’autant plus que la classe politique se prépare à servir au peuple le même scénario : au moment de la campagne, les candidats nous servent des plats pour tromper notre faim et apaiser notre colère afin de nous redonner l’espoir d’un lendemain meilleur ; ils nous tiennent des discours circonstanciels pour nous endormir et nous plonger dans un le rêve perpétuel.

Après 27 ans d’expérience démocratique, le peuple malien doit avoir acquis aujourd’hui une certaine maturité lui permettant de faire preuve de discernement. Nous attendons et devons exiger un vrai projet de société à tous les candidats. Il ne s’agit pas de ces compilations de déclarations d’intention ou de profession de foi, mais d’un vrai projet sur la base d’une vision claire, pragmatique et réaliste. La vision fait appel à la planification qui est le talon d’Achille de la gouvernance de notre pays depuis la fin de la première République.

Et en la matière, nos présidents font plus dans l’effet de mode et que dans l’expression d’une réelle volonté politique de se doter d’un véritable outil de planification, comme le dénonçait récemment un chercheur, « entre les plans d’émergence sans vision et des visions sans émergence », l’Afrique a du mal s’approprier une trajectoire de développement. Et le Mali est, hélas, l’un des exemples les plus illustratifs de ce mimétisme dans la démagogie.

Pour Kako Nubukpo (responsable de la direction économique et numérique de l’Organisation internationale de la Francophonie), les discours sur « l’émergence africaine » servent d’alibi à des régimes qui formulent des programmes irréalistes. Pourtant, poursuit-il, l’élaboration des plans peut ouvrir des espaces dans lesquels les demandes adressées aux Etats par divers groupes sociaux trouvent à s’exprimer.

« La planification peut permettre d’élaborer des politiques alternatives. Néanmoins, elle peut aussi être un outil pour des régimes dont la tentation est d’opter pour un développement sans démocratie », souligne Kako Nubukpo.

Le Mali gouverné sans vision politique depuis 1968

Depuis le coup d’Etat du 19 novembre 1968, notre pays a presque été dirigé par une élite sans vision politique à moyen ou long terme. Perpétuant les tares de la colonisation, elle s’est davantage préoccupée d’elle-même que du peuple dont elle prétend défendre les intérêts. Raison pour laquelle elle a été incapable d’impulser au pays la cadence atteinte après seulement 8 ans d’indépendance.

Ainsi, pour paraphraser un confrère, « faute de réflexions endogènes ou prospectives et de volonté politique en vue d’amorcer un changement par une synergie d’actions, les politiques actuelles sont une navigation à vue. Les Etats sont gérés à la petite semaine par les dirigeants, juste le temps d’accomplir les hautes charges qui sont les leurs ».

Tant que nous ne sortons pas de ce schéma, toutes nos ambitions pour un meilleur devenir resteront des vœux pieux. Le sous-développement actuel, la crise que nous traversons depuis 2012, et dont les prémices étaient visibles depuis 2007, sont des résultats d’un criard manque de vision dans la gouvernance politique du Mali.

Nous aimons à répéter que l’Etat est une continuité. Et quel contenu donnons-nous à cette continuité ? Depuis l’avènement de la démocratie, qu’elle est cette vision politique sur laquelle nos dirigeants ont réellement travaillé pour favoriser l’émergence (économique, sociale, politique, culturelle et sportive) ? Elle est inexistante d’autant que chaque « alternance » a été un retour à la case départ.

Et nous nous préparons à commettre la même erreur depuis l’avènement de la démocratie : confier les rênes du pays à un aventurier sans aucune vision de sa mission. En fait, les élections « démoncratiques », pardon démocratiques, au Mali se résument à qui sait bluffer le mieux le peuple et en vendant ses propres illusions par achat de conscience et le bourrage des urnes.

Nous devons analyser les profondément les promesses de campagne en dégageant comme critère le réalisme, le pragmatisme… Si un candidat promet de créer 300 000 ou 500 000 emplois en cinq ans, nous devons nous interroger sur quelle base pratique. En effet, ce ne sont pas ces récompenses politiques (se traduisant par l’intégration des militants dans la fonction publique ou les Forces armées et de sécurité) qui peuvent combattre le chômage de façon durable. Mais, c’est une dynamique entrepreneuriale qu’il faut planifier sur le court, le moyen et le long terme afin de générer plus de valeur ajoutée sur les plans économique et social.

La meilleure politique contre le chômage, donc la pauvreté, est celle qui crée les conditions permettant d’offrir à chaque jeune Malien la chance de profiter de ses potentialités pour son propre épanouissement et l’émergence de son pays. Et cela sans aucune distinction de conviction politique. La meilleure stratégie contre le chômage, c’est de créer les conditions de mise en valeur de nos immenses potentialités agro-pastorales avec des conditions attractives pour attirer les meilleures ressources humaines vers les zones rurales.

Ce ne sont pas les bureaucrates qui vont développer ce pays. Au contraire, ils sont généralement de vrais obstacles par leur attitude et les mauvaises pratiques qu’ils acquièrent rapidement. Voilà, entre autres, des critères d’évaluation des projets de sociétés et nous devons exiger des garanties solides en la matière. Ne nous laissons donc plus piéger par les promesses démagogiques.

Nous ne dirons à personne de ne pas prendre l’argent des politiciens. Mais, prenez et votez en votre âme et conscience dans les urnes, en oubliant pas donc son devoir de citoyen vis-à-vis de sa patrie…

Dan Fodio   

Le Focus du mai 2018 

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