La sphère de la mode tradimoderne connait un essor remarquable au Mali ces dernières années. Ainsi nous assistons à la valorisation des tissus traditionnels à travers cette tendance, notamment avec le Bogolan qui occupe une place de choix au classement des textiles africains. Technique traditionnelle très ancienne en Afrique de l’Ouest et particulièrement au Mali, le Bogolan est confectionné à base du coton et de teinture. Dans le souci de contribuer à valorisation du Bogolan et de la culture, la jeune designer et styliste malienne, Aïssata Ibrahima Traoré, a mis en place une plateforme, I Parila, qui offre une tendance plus adaptable à la vie quotidienne. Nous l’avons rencontrée pour échanger autour de son initiative.

Aujourd’hui – Mali : Bonjour, pouvez-vous nous présenter votre plateforme, I Parila !

Aïssata Ibrahima Traoré : I Parila a été créé il y a quelques mois. C’est une plateforme qui vise à promouvoir le textile malien au Mali en particulier, mais aussi dans le monde entier. Les tenues d’I Parila sont assez modernes dans les coupes et gardent toujours ce côté traditionnel malien et africain pour une mode tradimoderne et assez futuriste. Pour cela, nous utilisons le textile de chez nous, c’est-à-dire à base du coton associé à des tissus comme, entre autres, le satin, les velours, la mousseline et le jean. Mais la base reste la valorisation du Bogolan.

Comment vous est venue l’idée de la création d’I Parila !

Depuis le second cycle j’étais une passionnée de la mode, j’aimais dessiner par pur plaisir. Par le temps, je voulais créer une page mais j’hésitais car je manquais de confiance. A chaque fois que je sortais dans la rue le matin en allant à la faculté, les enfants criaient “IParila I Parila” (ndlr : tu es bien habillée en français), à cause de mon style vestimentaire tradimoderne. C’est donc de là que m’est venue le nom et depuis je vis chaque jour une expérience folle. Et depuis la création du site, chaque jour mes clients m’apportent quelque chose. Ils me font grandir et j’apprends énormément après chaque commande.

Pourquoi le choix du Bogolan ?

Il est important pour nous de les porter et de valoriser nos textiles, mais bien dommage de le faire que lorsque nous assistons à une soirée culturelle. Aujourd’hui dans les rues, quand on me voit comme une touriste à cause du bogolan que je porte, je me dis qu’il faut sérieusement revaloriser ce textile et urgemment. Car si ça continue, j’ai peur que nos enfants ne sachent jamais ce qu’il représente. Le défi c’est donc d’inciter les jeunes à aimer le bogolan. Pour y arriver, il faudra l’adapter, proposer des tenues qu’ils pourront porter au quotidien en étant tendance et décontracté pour toutes les occasions telles que des soirées entre amis, en boite de nuit, au bureau, à l’école ou encore au mariage et à tout évènement du genre. Il est donc très important pour la survie du bogolan, mais aussi l’ensemble du textile malien d’unir tradition et modernité.

Votre style est tradimoderniste, pourquoi avez-vous joint les deux sur I Parila ?

C’est assez drôle comme j’ai dû répondre plusieurs fois à cette question. C’est toujours un plaisir d’y répondre d’ailleurs. J’aime beaucoup le bogolan autant le Faso Danfani ou le Koko Dunda représente le Burkina Faso, ou le wax représente la Côte d’Ivoire. Le bogolan lui aussi représente le Mali. Parmi les produits de l’artisanat qui font la fierté de notre pays dans le monde on ne peut oublier le bogolan. En dehors de sa beauté, l’histoire du bogolan est aussi intense car le bogolan regorge de signes, bien vrai qu’aujourd’hui on s’attarde plus aux couleurs qu’à la signification des motifs sur le tafé (pagne) de Bogolan. En plus, il est entièrement organique et ne contient aucun produit nuisible pour l’environnement.

Le Bogolan est une pièce importante dans la culture vestimentaire malienne. Alors, ce sont seulement les Maliens votre cible ?

Non pas seulement les Maliens ! Mon objectif est de ramener le textile malien à l’échelle internationale, qu’il soit aimé et porté par le Malien mais aussi par un Africain, un Européen, un Asiatique. I Parila, c’est la troisième génération de valorisation du textile malien car nous sommes inspirés par nos ainées comme Maria Bocoum, Raki Thiam, mais bien avant eux Christ Seydou qui, je dirais, fut le précurseur du tradimoderne au Mali et une fierté pour l’Afrique. Si notre combat se limite juste au Mali nous aurons échoué, nous devons l’étendre à travers le monde entier. Ainsi nos textiles survivront et les générations qui nous suivront en seront fières.

Que représente la culture pour vous ?

La culture est très importante pour moi. Elle est comme la carte d’identité d’une personne. Elle englobe nos valeurs, nos coutumes, elle reflète notre histoire c’est notre patrimoine. Voilà pourquoi je suis agréablement surprise et flattée qu’on m’identifie à des femmes de culture comme Aminata Dramane Traoré. Ne disons pas que “connais-toi, toi-même est la meilleure des connaissances” ? Nous devons donc préserver notre culture. Prenons l’exemple sur la Chine. Développons-nous, mais en restant toujours attachés à notre culture. Ainsi nous aurons de quoi répondre et apprendre à nos enfants quand ils nous poseront des questions comme “qui sommes-nous, d’où venons-nous, quelle est notre histoire ?”

Quelles sont les perspectives et ambitions d’I Parila ?

Notre souhait serait un jour d’ouvrir une boutique partout dans le monde, confectionner des tenues où on pourrait retrouver l’Afrique, du nord au sud et de l’est à l’ouest. Que les jeunes soient fiers de porter le textile de chez eux sans complexe car le vêtement, de sa confection à son port, est un patrimoine culturel à part entière. Organiser des formations sur comment confectionner le bogolan dans les collèges et les lycées, une manière d’inculquer l’amour du bogolan aux plus jeunes. Enfin, beaucoup de projets me taraudent l’esprit. Avec le temps et les moyens, j’espère apporter ma pierre dans le développement culturel de notre pays.

Comment achète-t-on son Bogolan sur I Paraila ?

Vu que je n’ai pas encore de boutique, pour le moment je fais très attention après une publication sur la page Facebook, aux commentaires des personnes intéressées par mes produits. Je leur envoie un message pouvant leur donner des informations sur le prix des articles. Ils peuvent nous envoyer un message à partir de la page, mais aussi nous appeler en privé car la page a aussi un numéro qui me permet d’échanger avec les clients et de livrer la commande chez eux sans qu’ils ne se déplacent.

Un message à l’endroit des Maliens, notamment les jeunes par rapport à la valorisation de notre culture ?

Mon dernier message à l’endroit des Maliens, de mes frères et sœurs, c’est d’aimer notre culture. Ensemble, valorisons le Made in Mali et en plus le Made in Africa.

Youssouf KONE 

Source: Aujourd’hui-Mali

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