D’emblée, rejetons toute comparaison entre cette période du système politique démocratique et l’époque précédente du système dictatorial. On ne peut comparer deux systèmes de nature différente. Qui, qualitativement, veut établir une comparaison entre le scorpion et le mouton ? On a beau essayé, il n’y aura pas de résultat de classement objectif possible. Chacun est bon dans son régime, au regard de certains aspects, et mauvais au regard d’autres.

Ce qu’il importe, par contre, de faire, c’est de s’interroger sur ce qu’on a gagné ou manqué pendant ces trente dernières années dites de démocratie. C’est le sens que devrait véhiculer, chaque année, la commémoration du 26 mars 1991.

Primo, le plus grand accomplissement de l’ère dite démocratique a été la célébration de la liberté dans toutes ses dimensions. Et cela a permis l’éclosion du potentiel humain de notre peuple. Mais celui-ci a-t-il été entretenu et orienté vers le bien commun, conformément à notre acception culturelle de la liberté ?

Secundo, les infrastructures économiques réalisées ont été utiles à l’explosion des marchés nationaux et au relèvement du pouvoir d’achat des maliens. Mais, dans quel état sont ces infrastructures ? Avons-nous atteint notre potentiel des trente dernières années ? La vie est-elle devenue plus chère ? Ne subissons-nous pas toujours, sans défense, les fluctuations des prix mondiaux des matières premières ?

Cependant, le plus grand manque de cette ère dite démocratique a été la démocratie elle-même. Le taux de participation aux élections générales n’a jamais dépassé en moyenne les 50%, toujours en deçà. Les scrutins ont été très souvent bâclés, les votes des électeurs banalisés et tripatouillés par les Cours de justice. L’argent est devenu roi, dans tout le système électoral. La redevance des dirigeants n’a pu émerger de tous ces immondices de pratiques égocentriques et rétrogrades.

Le second grand manque a été la discipline. Elle n’a pu être maintenue à l’école, dans toutes les écoles, civiles et militaires. Le système d’éducation et de formation de cette ère dite démocratique s’est concentré sur l’alphabétisation en masse au détriment de la formation d’une élite, capable de gouverner vertueusement l’État. Hors, la plupart des dirigeants des trente dernières années ont été des enseignants de profession. Y-avait-il un dessein de verrouiller l’intelligentsia autour d’eux-mêmes et de leurs progénitures qui avaient accès dès le bas âge à des systèmes parallèles ? Est-il impossible de concilier l’alphabétisation de masse et la formation qualitative d’une masse critique d’élite de relève ? La Corée du Sud et Cuba sont des exemples à méditer.

La grande constance de tous ces systèmes politiques est la corruption morale. Les différences dimensionnelles sont fonction des caractéristiques de chaque système.

En fin, servons-nous de nos succès, de tous nos succès, pour réparer nos fautes, toutes nos fautes, et travailler à combler nos manques.

La recherche du bonheur social est la finalité de tout système politique démocratique. Et c’est un processus.

Dr Mahamadou Konaté

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