Après 24 ans de service à la Sogea-Satom comme chef du personnel, Zanké Diallo, a été licencié de manière abusive par l’agence de Bamako. Pour quel motif ? Aucun responsable de l’agence de Bamako ne détient la réponse. Mystère. 

A 55 ans, après avoir tout sacrifié pour le groupe, le plus expérimenté des chefs du personnel de la Sogea-Satom au Mali, a été mise à la porte en avril 2019. Il figure sur la liste des 73 travailleurs licenciés sur le chantier de la station d’eau potable de Kabala. Les motifs avancés par la direction générale de l’Agence de Bamako ne convainc pas les responsables du projet de Kabala encore moins l’inspection de travail de Koulikoro.

En effet, selon la décision de renvoi, les 73 travailleurs auraient été licenciés à cause d’un manque de moyen, le chantier tirant vers sa fin. Mais, le hic, est que c’est le chef du personnel, Zanké Diallo, qui figure dans le lot. Dès l’annonce de la décision, l’ensemble des responsables de l’agence et du projet de Kabala ont manifesté leur désarrois car, généralement sur les chantiers de la Sogea-Satom, c’est le chef personnel qui est licencié en dernier recours, après la fin définitive des travaux.  Aussi, son licenciement peut intervenir en cas de fautes graves ou de manquements. Mais, pour le cas de M. Diallo, c’est diffèrent : le chantier est à son étape critique, les fonds existent et il n’a jamais reçu d’avertissement pour manquement. Tout plaide donc en sa faveur, mais il a été mis à la porte juste avant sa retraite.

Une décision controversée du chef d’agence

Selon nos investigations, c’est l’actuel Chef d’agence du Mali, Mahamadou Sacko, qui aurait pris, seul, cette décision sans même consulté le directeur du chantier de Kabala, Moussa Touré encore moins la cheffe des ressources humaines, Mme Louise Guindo. Aussi, le chef de personnel de l’agence de Bamako, Mahamadou Cissé et le directeur administratif et financier ont tous affirmé ne pas être au courant de cette décision qui va à l’encontre de tous les textes et les contrats de la Satom. Pis, dans cette manœuvre “controversée”, aucune procédure n’a été respectée. Selon les décisions que nous avons confronter, la lettre d’information de licenciement a été envoyée le 19 avril 2019 à l’inspection de travail de Koulikoro et une semaine après, sans l’avis de l’inspection, la décision de licenciement a été prise le 26 avril 2019. Et le chef personnel n’a été informé que le jour de son départ. 

Aucun administrateur de la Satom, convoqué par l’inspection du travail de Koulikoro, n’a pu donner de raisons “valables”, selon nos sources à Koulikoro. Et M. Diallo, stupéfait, a déposé une plainte contre la société.

Un espoir brisé

Embauché à la Sogea-Satom en 1995, Zanké Diallo a conduit tous les chantiers “difficiles” de l’agence. Il a dirigé avec succès quatre chantiers dans la région de Gao, trois à Tombouctou, cinq à Bamako et deux à Kayes. Pendant 24 ans de service, il a tout sacrifié pour l’agence, reconnait la direction générale. M. Diallo est resté sur les chantiers abandonnés à cause de l’insécurité dans les régions du Nord du pays, pour permettre à la société de respecter son contrat. “Mon sacrifice n’a pas été reconnue. J’ai l’impression d’avoir été utilisé et jeté comme une vielle saucette”, regrette-t-il, en larmes. “Pourtant, j’ai accepté de dormir en plein brousse, de manger du n’importe quoi et de boire de l’eau sale pour exécuter les contrats de cette agence. Je n’avais pas de vie de famille jusqu’à ma mutation sur le chantier de Kabala en 2016”, affirme-t-il avec regret. 

Les grands chantiers qu’il a conduit avec brio sont : Goma coura-L2ré-Tombouctou, les travaux d’extension de la centrale électrique de Balingué, la route Gao-Ansongo-Labbezanga, l’Onap de Bamako, etc. Il a même été archiviste en attente d’un nouveau chantier en 2005. “Je me chargeais du payement de mes agents. Comme chez nous c’est généralement en liquidité, les chèques étaient établis en mon nom. Et sans escorte, je retirais plus de 90 millions de F CFA, seul, pour aller payer mes agents avec. Il n’y a jamais eu de problème avec moi en 24 ans”, révèle-t-il, jurant de tout mettre en œuvre pour obtenir justice et réparation. Il estime que la société mère de la Satom, basée en France, ne serait pas coupable, il accuse l’attitude du chef d’agence de Bamako, Mahamadou Sacko, avec lequel il n’a jamais eu de problème personnel.

“Je n’ai rien fait et si réellement le chantier était à terme, j’allais comprendre cela. Aussi, il y a un autre chantier qui est ouvert à Bamako, mais on m’a maintenu en touche contre les textes de la société. C’est un acharnement contre ma personne et j’ignore les raisons”, s’indigne M. Diallo.

Nos tentatives pour recueillir la version du chef d’agence sont restées vaines. Pour l’heure, tous les anciens collaborateurs de M. Diallo, avec lesquels nous échangé, sont unanimes : “Zanké Diallo est un modèle à la Satom car il a formé beaucoup d’agents qui ont monté en grade, soutenu et aidé les travailleurs. Il s’est toujours sacrifié pour la boite et est intègre”. 

Sory I. Konaté

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaires s'il vous plaît
Votre Nom s'il vous plaît