La faible mobilisation financière publique en faveur de l’eau, hygiène et assainissement (EHA/WASH) et la nutrition (Le secteur de la nutrition n’est financé qu’à hauteur de moins d’1 % du budget public de la santé en 2018. Le financement du Wash présentait, pendant la même période 2,62 % contre 1,23 % en 2017) mobilise les organisations au Mali, dont Action Contre la Faim et World Vision. En collaboration avec un consortium d’ONG nationales, elles mettent  en œuvre le projet Rigth2Grow au  profit des populations maliennes. Objectif : «  réduire les inégalités du WASH) et de nutrition au Mali à travers un plaidoyer participatif porté par les femmes et les jeunes ».  Au Centre de santé communautaire à vocation universitaire (CSCom-U) de Banconi, Commune I du district,  l’accès à Wash améliore déjà  la qualité de la prise en charge de la malnutrition. 

Devant l’unité nutritionnelle du Centre de santé communautaire à vocation universitaire (CSCom-U) de Banconi, Fily Troaré rejoint une dizaine de mamans et leurs enfants. La jeune maman est  sa première consultation. Pour le moment, elle  ignore les motifs de cette visite recommandée par le médecin traitant de sa fille. 

« Ma fille faisait de la fièvre vendredi. Je l’ai amenée  au CScom. Après la consultation, le médecin m’a demandé de passer ici », raconte-t-elle. Un peu rassurée, ce matin. Elle caresse légèrement la main de Sirantou, sa fille de 12 mois, qui ne fait plus de fièvre. 

Après quelques minutes d’attente sur un blanc, Fily entre dans la salle de consultation. L’état nutritionnel de l’enfant est aussitôt évalué par la chargée de nutrition, Mme Koné Fatoumata Diallo.  Son poids et sa taille sont examinés. Son assistante, Ramata Diawara,  contrôle le tour de bras de l’enfant à l’aide du bracelet de mesure du périmètre brachial. La code couleur du bracelet définit qu’elle est atteinte de « Malnutrition aigüe modérée ». 

La chargée de nutrition lui explique la procédure de suivi et de prise en charge et lui demande de compléter les deux dernières vaccinations de l’enfant manquées après 4 semaines de prise en charge. « Un droit de l’enfant », rappelle la nutritionniste.  

Comme Sirantou, Mohamed Konaté, 12 mois, a aussi développé une malnutrition aiguë modérée en début d’année. Après le diagnostic, il est vite pris en charge au CSCom-U de Banconi. 

Au Mali, plusieurs milliers d’enfants du centre et du nord du pays n’ont pas eu la même chance que Mohamed et Sirantou.

« 1,2 million d’enfants sont à risque » 

Le Cadre intégré de classification de la malnutrition aiguë (IPC MA) conduite en Janvier 2022, dans son rapport indique l’augmentation du nombre d’enfants de 6 à 59 mois souffrant de malnutrition aiguë. Le chiffre a baissé de 29% en 2021 comparé à 2020, et de 53% comparativement à l’année 2022.

Les mêmes données soulignent plus de 1,2 million d’enfants qui sont à risque de malnutrition aiguë.   Dont 309 824 enfants de la forme sévère au niveau national et 247,088 enfants MAS dans les zones d’urgences.

42 sur 51 cercles administratifs (contre 16 il y’a six mois) dans l’ensemble des régions font face à des niveaux de malnutrition sérieux ou critiques (phases 3 et 4). En plus des sites de déplacés internes des régions de Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, et Ménaka, selon la situation nutritionnelle actualisée du Mali, juin 2022, de la Direction générale de la santé et de l’Hygiène publique/sous-Direction nutrition (DGSHP/SDN)

A Asacoba de Banconi, le traitement des formes moins graves de malnutrition aiguë à la maison.  L’enfant vient faire son suivi une fois par semaine. Tout est gratuit. Le centre leur fourmi des Aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE) à consommer chaque jour. 

Constitué à partir de pâte à base d’arachide, d’huile, du sucre et de lait en poudre et des vitamines, les « ATPE » sont des aliments thérapeutiques utilisés par les spécialistes dans le traitement des formes simples de malnutrition aiguë sévère. La dotation est donnée en fonction du poids de l’enfant, selon Mme Sissoko Ramata Diawara, suppléante au centre nutritionnel. Une 

Une approche qui marche bien.  Sur les 132 enfants malnutris aiguës sévères admis, entre 19 juillet 2021 au 28 octobre 2022, 127 ont été guéris.  

Primordial

Comme Fily, la plupart des mamans accueillies pour la première fois à l’unité de nutrition du CSCom  ne connaissent pas les bonnes pratiques alimentaires et d’hygiène à adopter face à un enfant. 

Chaque diagnostic au centre est accompagné d’une séance d’information et d’échange avec les mamans en nutrition afin qu’elles soient en mesure de suivre leurs enfants à domicile.  Elles se prêtent ensuite à une séance pratique de mode d’emploi des aliments thérapeutiques en présence des agents de santé. 

Une règle s’applique cependant à tous avant. Le lavage des mains à l’eau et au savon. La même pratique se refait sur l’enfant avant et après l’utilisation des aliments. Un dispositif de lave mains est construit à l’intérieur de l’unité pour l’occasion.  

Le lavage des mains est primordial dans la bonne prise en charge de l’enfant souffrant de malnutrition aux dires de  la chargée de nutrition, « Si on veut lutter contre la malnutrition, il faut être propre. C’est pourquoi à chaque suivi, on apprend à la maman les règles élémentaires d’hygiène », rappelle-t-elle.

Pour Dr. Youssouf Traoré, nutritionniste l’Eau, l’assainissement, et l’hygiène (wash, en anglais water, sanitation and hygiène)  occupe un rôle extrêmement  important dans les questions nutritionnelles. 

« Quand on prend les différents éléments qui composent le Wash, c’est d’abord l’eau. En termes de nutrition, l’eau est un aliment. Toutes activités qui visent à restreindre l’accès l’eau à nos cibles, à c’est à dire les femmes en enceinte, les enfants de moins de 5 ans, les femmes allaitantes peuvent une source de malnutrition », explique-t-il.

Tout comme l’eau, les questions d’hygiène et d’assainissement occupent aussi une place non négligeable dans l’amélioration du statut nutritionnel, de l’avis du nutritionniste.

 «Dans les caractéristiques d’une bonne alimentation, il faut qu’on mette un accent particulier sur l’hygiène alimentaire, de l’homme même et de notre environnement. Idem pour les questions d’assainissement. Parce que lorsqu’on a la meilleure qualité d’aliment du monde, si l’on consomme dans un milieu qui n’est pas du tout assaini, ça peut être source de maladie à travers des microbes et d’autres mécanismes ». Toutes-choses, souligne le spécialiste, qui peuvent être des causes immédiates de la malnutrition.

Pour le coordinateur de la Campagne internationale pour l’eau potable et l’assainissement (CN-Ciepa/Wash) Boureima Tabalaba le lien entre le wash et la nutrition est une évidence.   « Au niveau des centres de santé, il est indiqué que pour atteindre un niveau de nutrition acceptable il faut que les conditions Wash soient réunies.  C’est pourquoi nous travaillons avec un consortium d’ONG de société civile pour qu’il ait une approche intégrée entre le Wash et la nutrition ». 

La CN-Ciepa/Wash et l’ONG Œuvre malienne d’aide à l’enfance du Sahel (Omaes) mènent ce combat au sein du projet Right2Grow. 

Le projet est initié par l’Action Contre la Faim et World Vision et financé par le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas. Sur cinq ans (2021-2025) le projet se veut  de «  réduire du WASH et de nutrition au Mali à travers un plaidoyer participatif porté par les femmes et les jeunes » dans les régions de Kayes, Sikasso, Koutiala et dans le District de Bamako. 

 L’Action Contre la Faim et World Vision en collaboration avec  consortium d’ONG de société civile s’engage de même à faire des plaidoyers pour la prise en compte du WASH et la nutrition dans les politiques tout en améliorant la participation de la communauté dans l’élaboration de ces politiques.

Droit constitutionnel 

Les ressources budgétaires allouées aux secteurs du wash et la  nutrition selon les données récentes restent très faibles. 

 Le secteur de la nutrition n’est financé qu’à hauteur de moins d’1 % du budget public de la santé en 2018. Le financement du Wash, quant à lui,  présentait, pendant la même période 2,62 % contre 1,23 % en 2017. 

Ce taux démontre une forte priorisation en milieu urbain par rapport au milieu rural. Aussi, en 2020, la part du WASH continue d’être en dessous (3,62% en 2020) des engagements pris dans le cadre de SWA qui est de 5%.

Dans les débats de l’avant-projet de la nouvelle constitution en cours au Mali,  le consortium  d’ONG nationales apporte de fortes recommandations sur la question.  L’inscription du Wash et la nutrition comme un droit constitutionnel et la matérialisation des deux questions au niveau de tous les documents de développement et politiques sectorielles sont au cœur des plaidoyers.

«Cette intégration des questions Wash et nutrition dans la nouvelle constitution sera un grand pas » estime  Dr. Youssouf Traoré, chargé d’appui technique au niveau réseau des organisations de la société civile pour le renforcement de la nutrition. 

Un grand pas qui s’ajoute à d’autres acquis obtenus par le projet  Right2Grow. En seulement quelques années de son lancement, le programme a permis aux deux OSC spécialisées sur les questions de Wash et nutrition de travailler ensemble et de tenir compte des questions Wash et nutrition dans toutes leurs démarches de plaidoyers et d’actions de renforcement de capacité.   

Des informations, conseils et bonnes pratiques sur le Wash et Nutrition sont désormais élargis au -delà des centres de santé via  l’application et le site web de « Bèssèya » ( en français propreté, bonne hygiène de vie et alimentaire ». Une solution numérique mise en place par l’Association des Jeunes pour la Citoyenneté Active et la Démocratie (AJCAD), en consortium avec les organisations de société civile,  en partenariat avec Action Contre la Faim dans le cadre du projet « Right2Grow ».

Spécialistes du Wash et de la nutrition sont tous unanimes qu’en agissant tous sur les activités qui visent à faciliter l’accès des communautés à des meilleures conditions d’hygiène, d’assainissement et d’eau, on améliore le statut nutritionnel des populations maliennes. 

Kadiatou Mouyi Doumbia 

Mali Tribune du 18 novembre 2022

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