Tenter une percée dans la sphère entrepreneuriale, un secteur largement dominé par les hommes, est déjà un exploit. C’est celui d’Adam Soreya Sylla, jeune entrepreneure et promotrice de la marque « Soreya Garden », une gamme de produits cosmétiques faits maison à base de beurre de karité. Portrait.
Le retard du Mali en matière d’entreprenariat féminin n’a pas empêché Adam Soreya Sylla de persévérer jusqu’à la concrétisation d’un rêve en réalité. Il s’agit de la création de sa propre gamme de produits cosmétiques. Quoi de particulier ?
Outre le fait qu’elle soit fondée et gérée par une jeune femme de 33 ans, la gamme de produits cosmétiques Soreya Garden présente plusieurs particularités. La principale est qu’elle est 100 % locale. Elle a pour ambition de promouvoir le beurre de karité malien en accompagnant toute une chaine de développement et de promotion d’emplois surtout pour les femmes rurales. La motivation et le caractère font le reste.
Adam a su percer la sphère du cosmétique malien et africain dominée par les plus riches et s’imposer avec 15 000 F CFA seulement comme fonds de départ. « Tout est parti des problèmes de peau que j’avais. J’ai essayé plusieurs produits. En vain. Je suis même allée jusqu’à toucher aux produits dépigmentant qui m’ont encore abimée la peau », se souvient-elle. Elle s’est alors lancée dans des recherches interminables pour trouver une solution à sa maladie. Comme sa mère était dans les plantes naturelles, elle oriente très vite ses recherches sur le beurre de karité, très prisé des maliens, mais peu utilisé à cause de son odeur.
« J’ai testé cela sous plusieurs formes. Et cela m’a vraiment réparé la peau au-delà de mes attentes », dit-elle. Sans attendre, elle décide de faire profiter à ses proches les bienfaits de ce « trésor ». « Pourquoi ne pas valoriser ce produit ? », s’interroge-t-elle. « Comme moi, d’autres ont les mêmes problèmes au Mali et partout en Afrique. Or, nous avons ce produit miraculeux ». Cette analyse et son désir d’innover au profit de la population l’amènent à mener plus de recherches pour valoriser le beurre de karité afin de le commercialiser.
« J’ai adapté le produit. Il y a la ‘Chantilly’ qui m’a lancé d’abord. C’est une crème réparatrice que j’ai testée sur le visage et qui hydrate bien la peau. C’est là que ‘Soreya Garden’ est né. J’ai commencé à commercialiser le produit en 2017-2018. J’ai débuté dans l’informel et aujourd’hui tout est formalisé ».
Une expansion fulgurante
Comme la plupart des projets entrepreneuriaux au Mali, Adama Sylla a démarré difficilement avec son entreprise. Au début, elle s’approvisionnait sur les marchés de Bamako et ne produisait que six pots. Mais, très attachée au travail bien fait, elle se donne les moyens et le temps nécessaires pour améliorer son produit et son système de production. Mois d’une année, elle passe à la vitesse supérieure en s’approvisionnant auprès des coopératives de femmes à Siby et à Bougouni, sur la route de Sikasso.
Lasse des mauvaises odeurs, dues en partie au mode de production, elle forme une certaine de femmes dans les techniques de production de beurre de bonne qualité. Elle installe aussi un petit laboratoire à son QG à Baco-Djicoroni ACI où elle transforme en lait de corps, en savon, en déodorant, en baume de nerf, en tout ce qui est cosmétique. Aujourd’hui, elle produits plus de 600 pots. Ce n’est pas tout. Elle compte bientôt implanter un grand laboratoire.

Le lait réparateur corps de la marque. 
Une gamme complète de chez Soreya Garden.
Avec les centaines d’emplois, dont six directs, qu’elle a créés en moins de 4 ans, « Soreya Garden » peut faire plus, selon sa promotrice. Pour cela, indique-t-elle, elle a surtout besoin d’accompagnement technique et financier des établissements financiers de la place et des autorités. « Aujourd’hui, la demande commence à me dépasser. Je suis en phase de chercher des machines parce que là je ne peux plus le faire manuellement », révèle-t-elle, ajoutant qu’une fois mieux équipée, les produits « Soreya Garden » pourraient être vendus à des coûts moins chers.
Adam Soreya Sylla, séparée et mère de 4 enfants, est diplômée d’un master en droit public et international avec un début de carrière ascensionnel dans l’administration publique (affaires étrangères, collectivités territoriales…), puis dans un cabinet d’avocats réputé de la capitale malienne. Elle a participé au concours « Woman Africa » au Maroc. Sur 1200 candidatures, elle a été sélectionnée parmi les 54 requises.
« Je représentais le Mali et cela m’a beaucoup aidé en termes de formation. Et présentement je suis une formation à Tunis grâce à ce concours. Avec un partenariat avec le groupe international ‘Honoris’. Je suis la MBA actuellement ». Grâce à sa pugnacité, elle figure sur la short liste des femmes leaders maliennes qui s’imposent sur le continent. Dans le cadre d’un partenariat avec le Musée du Marrakech, elle expose ses produits au Royaume chérifien. Elle vend également ses produits à travers le monde.
A l’occasion du 8 mars, Journée internationale de la femme, votre site a décidé de célébrer cette battante pour qu’elle serve d’exemple à la grande majorité des femmes maliennes désireuses de tenter l’aventure entrepreneuriale, mais qui hésitent à faire le premier pas. « Je demande à mes sœurs qui attendent ou qui ont peur de se lancer, d’être audacieuse. Il faut juste aimer ce que tu veux faire. C’est une question de passion et de volonté. J’encourage toutes les femmes à entreprendre », conseille Adam Soreya Sylla.
Sory I. Konaté
30minutes.net
04 Mars 2019











