Le célèbre comédien Michel Sangaré est décédé le lundi 21 janvier 2019 au soir des suites d’une longue maladie à l’hôpital Gabriel Touré. Le Mali voire l’Afrique perd ainsi un talentueux dramaturge, un artiste hors pair. Ses funérailles ont eu lieu le jeudi 24 janvier 2019 dans l’église de Djélibougou.
« Le théâtre malien, la culture malienne, le Mali est en deuil, nous venons de perdre Michel Sangaré » ! Ainsi Habib Dembélé dit Guimba venait d’informer le monde de la disparition de son frère et complice Michel Sangaré, son « autre moi-même ».
« Michel était comme l’or. Même si l’or est enveloppé dans un chiffon souillé et jeté sur un village d’ordures, cela ne diminue en rien la valeur de l’or », a ajouté Guimba National contenant à peine son immense douleur et sa profonde tristesse. Selon de nombreux témoignage, « Michel faisait partie de cette génération désintéressée. Avec lui, la sincérité côtoyait l’humour ».
Dans un communiqué publié le 22 janvier 2019, le ministre de la Culture a salué « la mémoire de cette figure emblématique du cinéma et du théâtre malien qui a su mettre son talent exceptionnel au service de la nation pour le rayonnement de la culture ».
Chevalier de l’Ordre national, a rappelé Ndiaye Ramatoulaye Diallo, « Michel Sangaré a su être le moralisateur à l’écran, le grand défenseur et le gardien des valeurs de la culture malienne. Son parcours, sa vie d’artiste resteront gravés en lettres d’or dans la mémoire de ses compatriotes ».
Révélé au grand public avec la crème actuelle de la comédie malienne (Habib Guimba Dembélé, Maïmouna Hélène Diarra, Diarrah Sanogo ainsi que les regrettés Zanké et Ténéma Sanogo dit Zantigui…) par des chefs d’œuvre comme Wari (une critique courageuse et audacieuse du régime du parti unique avec tous les fléaux générés), Guimba et Michel se sont définitivement imposés dans le quotidien de nos foyers dans les années 1990 grâce à l’émission humoristique de l’ORTM, « Eclats de rire ». On se souvient de « Sabunyuman » (Guimba en cantatrice et Michel en animateur) et de l’inoubliable voyage à Dioro.
Comédien amateur depuis 1978, cet illustre humoriste a remporté le prix du « Meilleur acteur » à la Biennale artistique et culturelle du Mali. Il est un produit de l’Institut national des arts qu’il avait intégré en 1984. Mais, il était déjà sociétaire du Théâtre national du Mali depuis 1982.
Diplômé d’art dramatique à l’INA en 1987, le regretté Michel a donné des cours de théâtre comme contractuel et enseigna l’histoire et la géographie dans des écoles fondamentales de la capitale.
Avec son alter égo Habib Dembélé et le cinéaste Ousmane Sow, il créa la troupe « Tam Spectacle » puis « Gwa Kulu » en 1996. A l’INA, on lui doit la Troupe nationale des marionnettes et le théâtre pour enfants. En 2001, Michel renoua avec l’enseignement du théâtre à l’INA et à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) avant d’intégrer la troupe Blonba d’Alioune Ifra Ndiaye et ses partenaires. On retient particulièrement sa brillante prestation dans « Bougougnéré invite à dîner » de Jean-Louis Sagot-Duvauroux.
Michel Sangaré a également tourné dans plusieurs films dont « Tafé Fanga » (Pouvoir du pagne) de feu Adama Drabo et « Guimba le tyran » de Cheick Oumar Sissoko.
Sa disparition est une perte immense pour le Mali et sa culture, notamment la comédie. Mais, plus pour Habib Dembélé dit Guimba National qui, après le décès de son épouse Fantani Touré, vient de voir une partie de lui-même le précéder encore dans l’autre monde. Complices sur scène, les deux hommes étaient liés par une fraternité à toute épreuve sauf celle de la grande Faucheuse. Selon nos informations, Guimba devait voyager dans la soirée de lundi. Mais, informé de l’état de santé de son frère, « il choisit le sens opposé à l’aéroport international de Bamako ».
Michel était malade depuis longtemps. Les artistes et la presse avaient fait de leur mieux pour qu’il soit évacué en Tunisie, il y a quelques mois, où le nécessaire pour sa prise en charge aurait été mis à la disposition de la famille par l’Etat.
Le gouvernement du Mali a fait de son mieux pour « ce fils de la nation qui nous a donné tant de bonheur ». Et en décembre 2018, cet humaniste à la « contagieuse bonne humeur », avait été élevé au grade de chevalier de l’Ordre national.
« En le regardant très affaibli dans son lit d’hôpital moins d’une heure avant sa mort, je n’ai pu retenir mes larmes. Michel n’était plus capable de me faire rire. J’aurais tellement voulu lui rembourser une toute petite partie de la dette que nous lui devons ! J’aurai voulu moi aussi le faire rire. Hélas ! C’était impossible. L’heure avait sonné. Dieu avait pris le contrôle, il avait ordonné qu’on lui ramène l’âme qu’il avait confiée à l’artiste », a témoigné El hadj Djimé Kanté, standardiste au CHU Gabriel Touré et activiste engagé dans l’humanitaire.
Et d’ajouter, avec beaucoup d’amertume et une profonde douleur, « voir Habib Dembélé quitter hier soir (lundi soir) les urgences de Gabriel Touré sans Michel me fait comprendre que nous allons tous quitter ceux auxquels nous sommes très attachés y compris les biens matériels de cette vie, alors soyons bons » !
Personne n’est éternel ! Repose en paix l’artiste ! Si la vie est une scène de théâtre tu as pleinement, honorablement et merveilleusement joué ton rôle avant de t’en aller. Et tu es éternel avec ce fabuleux legs que tu laisses aux générations futures.
Et ton « m’baden » (frangin, l’enfant de ta mère) Habib Dembélé a raison de rappeler, « la mort n’est vexée que lorsqu’elle emporte une personne de renommée. Parce que chaque fois qu’elle revient elle entend parler de cette personne ». Michel Sangaré en est une…
Moussa Bolly
Le Focus du lundi 28 janvier 2019











