Abandons scolaires, chômage, tabagisme, chicha, drogue, débauche, prostitution, alcoolisme… C’est le tableau peu réjouissant des jeunes de 20 ans ou moins au Mali. Si à cet âge les fils de bourgeois sont insouciants et passent tout leur temps à claquer des fortunes généralement mal acquises pas des parents (dont ils sont souvent la terreur) dans les lounges, discothèques, hôtels de luxe… ceux dont les parents ont du mal à joindre les deux bouts n’ont qu’un seul rêve : partir en Occident au péril de leur vie. S’ils ne sombrent pas dans la misère, l’alcoolisme, la drogue et la délinquance…

Avoir 20 ans au Mali, mon Dieu ! Si 18 ans est l’âge de la majorité dans notre pays, déjà à 14 ans nos enfants pensent tout connaître de la vie. Nous, parents, nous sommes des extraterrestres à leurs yeux. Le pantalon au bas des fesses, le jean moulant cachant peu de choses de l’intimité féminine, les écouteurs branchés dans les oreilles, les jeunes de 20 ans naviguent aujourd’hui sur une planète par la magie des réseaux sociaux.
Les moins nantis ont abandonné les bancs depuis l’adolescence et passent la journée à prendre le thé au bord des caniveaux nauséabonds et noyant leurs soucis dans les mèches de cigarettes de plus en éclipsées par le chiche, l’alcool bon marché…
Ceux qui sont nés avec une cuillère en or ou en diamant dans la bouche ne sont pas plus instruits, car ils passent les heures de cours dans les restaurants-pâtisseries ou les chambres d’hôtel avec leurs petites amies. Et les nuits, surtout les week-ends, ils sont dans les discothèques, les lounges où des fortunes souvent mal acquises par leurs parents claquent au vent.
A la différence du fils du pauvre, leurs parents ont les moyens de leur assurer des cours particuliers par les meilleurs professeurs, de leur acheter les sujets d’examen, voire le baccalauréat pour les envoyer étudier ailleurs. Cette génération est écœurante dans son comportement, car elle ne croit pouvoir s’épanouir que dans la débauche, dans le vice.
« Regarde cette gamine ! Elle n’a pas encore 16 ans. Mais, elle en sait plus sur l’anatomie de l’homme que sa grand-mère. Coucher avec les hommes à tort et à travers semble être une fierté pour elle », nous confiait récemment un DJ rencontré dans un night-club en vogue dans la capitale malienne. Ces enfants, les filles notamment, sont d’une précocité sexuelle ahurissante. Honneur, dignité, respect… sont bannis de leur vocabulaire.
Naturellement que la société et les parents ont une lourde part de responsabilité dans cette déperdition. Comme rappelle Yasmina Khadra (L’Equation africaine, 2011), « aucune nation ne peut survivre sans mythe et aucune jeunesse ne peut s’épanouir sans idole ».
Faute de vrais repères, n’importe qui est considéré par cette jeunesse immature et insouciante comme une idole, un guide, voire le Messie. Il suffit de pouvoir les sublimer ou, comme ils le disent eux-mêmes, de les bluffer pour qu’ils soient prêts à les suivre même dans l’enfer.
Pouponner par les aide-ménagères, précocement sevrés de toute affection parentale, nos enfants grandissent sous l’influence des nouvelles technologies (jeux vidéo, tablettes, Smartphones…) et des réseaux sociaux. Et généralement, ce sont les éducateurs (enseignants, professeurs…) qui les entraînent du mauvais côté de la vie.
Combien de gamines sortent aujourd’hui avec les papas de leurs copines ? Combien de « grobinew » (gros bonnets pour grandes dames) font les yeux aux copains de leurs fils et les poussent dans leurs lits à la première occasion ? Qui va alors se charger de faire la morale aux enfants en leur indiquant le droit chemin ?

Une exception plus rassurante sur l’avenir de la jeunesse
Heureusement qu’il y a toujours des exceptions qui confirment la règle. A l’image de Mohamed, ce jeune « villageois » qui a débarqué de son Mandé natal avec son DEF (diplôme d’études fondamentales) en poche.
Au moment où ses camardes étaient fascinés par les charmes et les vices de la ville, il était concentré sur sa formation professionnelle : la restauration. Mieux, il s’est passionné pour la coiffure qu’il a patiemment apprise auprès d’un jeune coiffeur de son quartier.
Ayant vite appris les rudiments du métier et jouissant de la confiance de son patron, il s’est vite taillé une part non négligeable de la clientèle. Ce qui lui permettait d’avoir de l’argent de poche et même d’envoyer de temps en temps des enveloppes à sa vieille maman au village.
Depuis la fin de ses études, il a du mal à trouver un emploi fixe. Réputé pour son sérieux, les restaurateurs et propriétaires d’espaces de loisir lui font fréquemment appel en période d’affluence. Mais, ce garçon de 20 ans s’en sort surtout parce qu’il a réussi à ouvrir son propre salon juste avant la fin de ses études. Il y forme d’autres adolescents qui le remplacent quand il est sollicité par les restaurateurs.
A 20 ans, Mohamed ne rêve pas de traverser le Sahara et la Méditerranée, mettant sa vie en péril pour un Eldorado qui est de plus en plus un mirage. Son rêve, c’est d’être propriétaire de nombreux salons modernes et aussi d’ouvrir son propre restaurant afin de donner à d’autres jeunes l’opportunité de concrétiser leurs ambitions au bercail.
Dan Fodio   

Le Focus du Lundi du 08 octobre 2018 

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