Le recyclage des ordures ménagères sur les dépotoirs est un business lucratif. Des milliers d’hommes et de femmes y travaillent et tirent bien leur épingle du jeu. Reportage !

Une vingtaine de femmes et d’hommes de tous les âges s’affairent sur le grand dépotoir du quartier Lafiabougou. Il est presque midi, mais ils semblent n’être dérangés ni par la chaleur ni par l’odeur nauséabonde qui se dégage de ces immondices, sur  lesquelles ils cherchent quelques bricoles.  A quelques mètres de là, quelques agents de la société Ozone tiennent l’administration des lieux. Selon Adama Keïta, agent d’Ozone-Mali, cet endroit est un haut lieu d’enrichissement pour certains. Beaucoup de chefs de familles arrivent à trouver de quoi nourrir des bouches. « Des dizaines de millions de nos francs tournent autour de ce dépotoir par jour », affirme-t-il. Et d’ajouter qu’il y a des hommes d’affaires qui s’y rendent chaque jour pour prendre des photos. Ces photos, selon lui, sont ensuite envoyées à l’extérieur auprès de bailleurs de fonds. Et ainsi, ils s’enrichissent de la misère de ces gens. Adama Keïta soutient que la plupart de ces hommes et femmes qui viennent trier les ordures sont des désœuvrés, ils cherchent juste à manger. Par contre, il y en a qui ne le sont pas du tout. « Ce sont des gens qui considèrent que c’est un métier comme n’importe quel autre et le pratiquent pour nourrir leurs familles. », dit-il.

M. Keïta indique qu’entre 22h et 6h du matin, plus de 1 250 charrettes remplies d’ordures font la queue devant le dépotoir. Au début, confie l’agent, Ozone était chargée de débarrasser ces ordures. Actuellement, tel n’est plus le cas. Car leur contrat avec le gouvernement a connu quelques failles. Il informe que des experts américains et maliens ont une fois tenté d’acheter ces ordures, mais après test, il s’est avéré qu’elles ne peuvent plus servir, car elles sont constituées à 90% de plastiques. Il explique qu’il n’y a plus de place à Bamako pour verser les ordures, c’est pourquoi le dépotoir de Lafiabougou est si immense.

Une activité « BIO » rentable

Abdoulaye Diarra, un jeune homme âgé de 30 ans, dont 12 passés sur ce dépotoir, et Bintou Keïta, femme au foyer, témoignent. Ils appellent leur activité « BIO ».

 En face d’eux, plus de quarante charrettes pleines  attendent d’être déchargées. Un petit attroupement s’organise. Tout le monde attend le coup d’envoi pour commencer à fouiller les ordures. C’est là que les hostilités commencent. Ils déchargent les charrettes et le tri peut commencer. Comme dans une compétition, ils ruent sur les ordures. « Nous commençons généralement avec  celles qui paraissent les plus rentables », soutient Abdoulaye Diarra. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, notre interlocuteur affirme qu’ils y trouvent de l’or souvent, mais aussi  de l’argent, du fer, des plastiques qu’ils classent par couleur et par taille, des bouteilles  d’alcool, des habits et le reste avec quelques jours au soleil sert aux cultivateurs. Bintou Keïta explique qu’après le tri, les marchandises sont ensuite emballées par catégorie et mises en vente. Les clients viennent ensuite et chacun achète ce qui lui convient. Ils expliquent que les bidons sont beaucoup convoités par les vendeuses d’eau au niveau des gares routières et les postes de contrôle, à la sortie de la ville de Bamako. Les autres plastiques retrouvés sont directement acheminés à l’usine pour en faire des sandales. La ferraille recyclée est revendue aux usines de fer et aux forgerons qui en font des fourneaux.

Parlant de leurs gains, Abdoulaye  Diarra affirme qu’il a une fois retrouvé une grande quantité d’or qu’il a revendue. Cela lui a permis de s’acheter un toit et investir dans autre chose. Il ajoute qu’il gagne à peu près 20.000 FCFA par semaine.  Cependant, il se plaint de la concurrence. Selon lui, beaucoup de personnes se sont intéressées à ce travail. D’où la nécessité pour eux de s’organiser en association. Ils regrettent le fait que d’aucuns font du dépotoir leurs dortoirs, pas parce qu’ils n’ont pas de toit. Présent sur le dépotoir du lundi au dimanche, Diarra soutient qu’il oublie parfois de rentrer chez lui.

Pour sûr, ce dépotoir parvient à assurer le pain à des milliers de familles au point où certains ne souhaitent même pas qu’il disparaisse.

Sanata Goita

Azalaï Express du lundi 18 février 2019

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