Au Mali, les sanctions imposées par la Cedeao ont fortement fragilisé l’économie du pays. Ces événements rendent encore plus légitime la question de l’avenir du franc CFA dans le pays.

Le franc CFA, les racines de la polémique !

Monnaie créée par la France en 1945, le sigle CFA a d’abord signifié Colonies Françaises d’Afrique avant d’être changé en Communauté Financière Africaine en Afrique de l’Ouest et en Coopération Financière en Afrique centrale après les indépendances africaines. Il est aujourd’hui la monnaie de 14 États du continent qui sont le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Tchad, la Guinée-Bissau, le Togo, le Bénin, la Cameroun, la République Centrafricaine, le Gabon, le Congo et les Comores. Pourtant, l’utilisation de cette monnaie n’a jamais été aussi controversée que ces dernières années et ceci pour diverses raisons.

Tout d’abord, le franc CFA est arrimé à l’euro et son taux sera toujours fixé par rapport à la monnaie pan-européenne. Certes, ceci garantit une certaine stabilité au franc CFA mais de nombreux panafricains voient une ingérence de l’ancienne puissance coloniale quant à l’usage de cette monnaie. La présence d’un fonctionnaire français au conseil d’administration des deux banques centrales dans les deux zones que forment l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est aussi un sujet de polémique. Mais, alors qu’ils ne peuvent pas fixer leurs propres taux d’intérêt, la question de la souveraineté économique de ces pays peut se poser.

En outre, certains estiment que l’utilisation de la monnaie s’accompagne d’une « taxe coloniale française ». Ce qui est faux. En guise de rappel, les pays utilisant le franc CFA conservent 50 % de leurs réserves de change auprès de la Banque de France, dans un « compte opérationnel ». Il convient également de rappeler que les pays africains perçoivent un intérêt de 0,75 % sur ces réserves.

Le Mali, mieux sans le franc CFA ?

La situation économique malienne vit des jours difficiles depuis quelques semaines et sur les réseaux sociaux de nombreux Maliens soutiennent que la solution serait de sortir du franc CFA et de créer une nouvelle monnaie. Par le passé, le Mali a tenté le coup en créant sa propre monnaie, mais a dû revenir au CFA régional.

Après l’indépendance du pays, le franc malien a été mis en circulation le 1er juillet 1962 et les Maliens avaient à l’époque jusqu’au 15 juillet 1962 échanger leurs francs CFA. Cette contrainte de date accompagnait une crainte chez bon nombre de Maliens qui redoutaient, d’une part, des dévaluations de la nouvelle monnaie et, d’autre part, une perte via les échanges commerciaux avec les pays voisins restés au franc CFA.

Dans l’optique de relancer l’économie malienne, le gouvernement avait alors interdit la conversion en franc CFA et finit par dévaluer de 50 % le franc malien en 1967. Le retour au franc CFA, en 1984, se fit sur cette même base.

Sortir du franc CFA pour le Mali, aujourd’hui, reviendrait à faire face à la même situation de l’époque. Si le Mali est bien concerné par la question et l’avenir du franc CFA, car membre de l’UEMOA, penser que créer sa propre monnaie serait la solution à tous les maux du pays relève d’un mythe.

La réalité, elle, est ailleurs : l’avenir de cette monnaie concerne tout le continent africain, au-delà des pays qui s’en servent. Comme le souligne l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, cette monnaie ne parvient pas à « stimuler l’intégration commerciale entre les pays, utilisateurs ». Cependant, il ne faut pas se leurrer, d’autres facteurs, comme la bonne gouvernance, la justice sociale et la lutte contre la corruption sont nécessaires au développement économique du pays. La monnaie, à elle seule, ne saurait faire des miracles.

Siaka Sidibé

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