Le rapport des Nations unies sur le Commerce irrégulier et trafic international de cigarettes est loin de blanchir le milliardaire, président du patronat burkinabé et promoteur de Télécel-Mali. En tout cas, le rapport final dans son annexe XXVV, dont nous disposons, situe son implication dans le trafic international de cigarettes.

L’annexe XXVV du rapport final d’enquête, du groupe d’experts sur le Mali (S/2021/714) affirme bel et bien que la Société burkinabé d’exportation (Soburex) « détenue par Apollinaire Compaoré, est effectivement impliquée dans un trafic international de cigarettes ». Bien sûr que ledit rapport, aussi bien que les rapports précédents, n’emploie pas le substantif dérangeant de « trafiquant ». Toutefois, il est bien indiqué dans ce rapport que « Soburex fournit en cigarettes ceux qui se livrent à la contrebande, en toute connaissance de cause, puisqu’il n’existe aucun marché légal au-delà de Markoye, du nom de cette ville située au nord du Burkina Faso, où se trouve son entrepôt. C’est à partir de cet entrepôt de Markoye que les cigarettes de la marque American Legend sont réexportées ».

Le transit douanier entre les pays de l’Uémoa est soumis à des règles bien précises qui sont celles de l’assistance administrative mutuelle entre services douaniers des pays concernés. Apollinaire Compaoré et la Douane du Burkina Faso sont bien au fait de ces dispositions. Par conséquent, la décision de M. Compaoré de faire passer ses marchandises dans des zones du Mali où il n’y a pas de Douane malienne, est bien la preuve flagrante de sa complicité active dans ce trafic qui endeuille le Mali.

Les experts qui ont rédigé ce rapport ont été prudents de ne rien faire au hasard. C’est pourquoi ils ont interrogé un représentant de Soburex qu’ils ont cité dans l’annexe XXVV. Celui-ci admet que « le commerçant malien Soumaguel Albashar Maïga était le destinataire de fait de la cargaison de 10 000 cartons de cigarettes American Legend, dont une partie transportée par la Société nigérienne Agdal, a été saisie par les autorités maliennes à la frontière entre le Niger et le Mali en 2018. Néanmoins, la majeure partie de cette cargaison a été amenée directement et illégalement au Mali par d’autres transporteurs en traversant la frontière par des points de passage sans contrôle douanier », indique le rapport.

Pour montrer pattes blanches, Soburex rejette la responsabilité sur ses clients, c’est-à-dire ceux auxquels sa marchandise (cigarettes) est destinée. Selon la société d’Apollinaire Compaoré épinglée, « la responsabilité du respect des législations en vigueur dans les pays de destination est du ressort de ses clients, lesquels viennent chercher le produit à Markoye ». Cet argument est démenti dans le même rapport par une autorisation douanière de l’année 2000. A lire ce document, « Soburex est censée assurer la mise en transit du produit jusqu’en Mauritanie ou en Algérie ».

Commerce irrégulier

Pour fait de commerce irrégulier, « la cargaison jugée frauduleuse aurait dû être refoulée à son entrée au Burkina Faso, à cause de l’absence de mentions légales en matière d’étiquetage du pays de destination déclarée (arrêté conjoint n°2017-0281/MCIA/MINEFID du 27 juillet 2017) ou bien confisquée à cause des fausses déclarations dans la désignation du destinataire (article 259 du code des douanes du 3 décembre 1992) », selon le rapport de l’Onu.

En tout état de cause, l’annexe XXVV du rapport final d’enquêtes du groupe d’experts sur le Mali reconnaît formellement l’implication d’Apollinaire Compaoré dans le commerce suspect de cigarettes dans cette partie du Sahel où pullulent les narcotrafiquants et présumés terroristes. Comme on le dit bien en bambara, « on peut désigner les parties sensibles de quelqu’un sans l’injurier être vulgaire ». Il n’y a pas de différence entre auteur et complice.

Nous disposons également d’informations précises sur les interventions menées auprès de la Douane malienne par Apollinaire Compaoré, pour faciliter le passage de ses cargaisons vers le Nord du Mali durant l’année 2017.

Pour mémoire, à cause de cette affaire de commerce irrégulier de cigarettes dans la zone des trois frontières, Apollinaire Compaoré nous avait collé un procès en diffamation au mois de juin dernier, devant le tribunal de la Commune VI. Mali-Tribune en est sorti blanchi au regard des preuves que nous avions produites. Le juge nous a déclarés non coupable de diffamation.

« L’Evènement du Faso », un confrère burkinabé que nous avions cité avait écrit : « les milliards de cigarettes qu’Apollinaire Compaoré achemine à travers le Burkina Faso, financent les groupes armés et alimentent un conflit en ébullition qui tue des centaines de personnes chaque année »

Dans la même foulée, l’Organized Crime and Corruption Reporting Projet (un réseau international de journalistes et de centres d’investigation) avait de son côté enfoncé le clou. Il avait écrit que « le marché burkinabé est volontairement sur-approvisionné par l’industrie du tabac. Les 2/3 sont en réalité destinés à la contrebande qui servira à alimenter les groupes terroristes ».

Abdrahamane Dicko

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