Pour mieux lutter contre la pandémie à Coronavirus, le Mali s’est lancé dans une campagne de vaccination le 31 mars dernier. Objectif : réduire la morbidité et la mortalité attribuables à la pandémie. Au 22e jour de la campagne, 53 711 personnes ont déjà reçu leurs premières doses de vaccin Astrazeneca à Bamako et dans le cercle de Kati. 

Hamadou El Hadji Touré ne fait pas partie des cibles prioritaires de la première campagne de vaccination contre la Covid-19, lancée en fin mars à Bamako. Le journaliste, dans la tranche d’âge des 45-55 ans, a profité des surplus de doses disponibles dans sa Commune pour se faire vacciner, le 21 avril dernier. Bien qu’il soit entouré par de nombreux collègues et amis septiques sur l’efficacité du vaccin Astrazeneca utilisé au Mali. 

Il n’y a aucun doute sur la présence du coronavirus au Mali, est convaincu Hamadou El Hadji. « Aujourd’hui c’est une réalité. Le pays a fourni d’énormes sacrifices pour pouvoir mettre ce vaccin à notre disposition. Au vu de cette réalité, si on doit se prémunir, à travers une vaccination, le respect des mesures barrières, pourquoi ne pas le faire », soutient-il. Pour lui, « se faire vacciner est un droit en tant que citoyen, mais aussi un devoir de protéger sa famille, ses amis, et son entourage »

Tout comme Touré, Coumba Koné, infirmière au CSRef de la Commune III, s’est fait également vacciner. Pour, dit-elle, se protéger et protéger les patients avec qui elle est en contact permanent.

CSCom et CSRef en appui 

Après son lancement officiel le 31 mars par la ministre de la Santé et du Développement social, la campagne de vaccination contre la Covid-19 a été élargie dans les Centres de santé communautaire (CSCom) et les Centres de santé de référence (CSRef) de Bamako. 

La stratégie vise à rompre la chaine de contamination dans la capitale, considérée comme l’épicentre de l’épidémie, avant d’aller dans les capitales régionales.  

Coumba et Oulématou Sissoko, aussi infirmières, ont rejoint l’équipe fixe de vaccination contre la maladie à Coronavirus du CSRef de la Commune III. Elle est installée dans leur centre sous le hangar de la pédiatrie.  

« Nous travaillons de 8h à 13 h du lundi au dimanche », précise Coumba Koné. Avec sa collègue, elles procèdent d’abord à l’enregistrement des arrivants dans leur registre avant de faire la vaccination. « La personne est ensuite gardée en observation quelques minutes avant de se retirer », ajoute l’infirmière. 

« La durée de vaccination peut prendre plus de temps que prévu avec certaines personnes », aux dires de Mme Maïga Ramata Nantoumé, chargée du Programme élargie de vaccination (Pev) au CSRef de la Commune III. 

 « Les gens viennent avec des rumeurs qui n’ont rien à voir avec le vaccin. Pour d’autres c’est une manière de planifier des femmes. Après l’enregistrement ils refusent de se faire vacciner », déclare-t-elle. 

Quelle attitude adoptée dans de telle situation ? « Ces nombreuses rumeurs véhiculées sur le vaccin sont fausses », répond la chargée du Pev. Elle poursuit et précise qu’en « dehors de la Covid, l’objectif de la vaccination c’est de prévenir des maladies ». Elle répond ensuite à la question posée. « On leur parle de l’importance du vaccin et de son efficacité. Nous sommes les premiers exemples. S’il y avait des effets, on allait être les premières victimes. Beaucoup comprennent après ces échanges », aux dires de Mme Maïga. 

Sous le hangar de vaccination, les gens ne se bousculent pas encore en ce mardi matin. Dans le registre posé devant l’infirmière, moins d’une dizaine de personnes sont venues se faire vacciner.  La plupart sont des personnes âgées de plus de 60 ans.  Pour booster ce taux de vaccination, le centre a mis à la disposition de la population deux équipes mobiles, soit deux vaccinateurs par équipes. 

La vaccination est gratuite, affirme Ramata Nantoumé. L’équipe peut être prête à tout moment, dit-elle. « Nous nous déplaçons partout dans les ministères, gares routières, les mosquées, etc. ».

Les deux stratégies de vaccination appliquées en fin journée ont fait ses effets.  Les résultats fournis par l’équipe de permanence démontrent que 70 personnes ont été vaccinées pour l’ensemble de la Commune III, au 22e jour (mardi 27 avril) de la campagne de vaccination contre la Covid-19. Ce chiffre porte à 5 823 le nombre de personnes vaccinées dans la Commune III depuis le début de la campagne. 

Trois cibles prioritaires 

A cette première campagne de vaccination contre la maladie à Coronavirus, les autorités maliennes priorisent trois grands groupes. Il s’agit notamment « des agents de santé (4 %), les personnes âgées de 60 ans et plus (6 % de la population totale soit 1 266 720 personnes) et les personnes avec comorbidité (10 %) présentant aussi un risque élevé de formes graves de la maladie ou de décès ». L’objectif, c’est d’arriver à vacciner 20 % de la population cible. 

Déjà 53 711 personnes ont reçu leurs premières doses de vaccin Astrazeneca dans les six Communes de Bamako, les districts de Kati de Kalaban-Coro, selon les données du mardi 27 avril de l’équipe de permanence. Les deux derniers districts sont respectivement à leur 4e et 5e jour de vaccination. 

Exceptionnellement, les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants ne sont pas concernés par cette vaccination. 

La dérogation se justifie aux yeux du Coordinateur national de la lutte contre le coronavirus, Pr. Akory Ag Iknane. Pour le directeur de l’Institut national de Santé publique (INSP), c’est beaucoup plus pour des mesures de précautions. « C’est un nouveau vaccin.  Quand c’est un nouveau vaccin, on prend toujours des précautions et fait attention aux groupes vulnérables », explique Pr. Akory. Il rassure que le vaccin qu’on peut se faire étant en jeûne « parce qu’il n’y a pas d’écoulement de sang », dit-il. 

Si selon les agents de santé, les personnes vaccinées sont constituées de personnes âgées que de jeunes, il faut noter que le message du Coordinateur national de la lutte contre le Coronavirus, Pr Akory Ag Iknane, paru dans le journal Mali tribune du 9 avril, semble être entendu auprès des personnes âgées de 60 et plus. Pr Akory Ag Iknane, dans le journal « affirmait que’ Astrazeneca était efficace contre les formes compliquées et graves de Coronavirus et que son efficacité était proche de 100 % chez les personnes de plus 55 ans ». 

Les résultats cumulés provisoires du 22e jour de la campagne le démontrent largement. Les personnes âgées de 60 ans et plus représentaient « 24 150 sur les 53 711 sujets vaccinés ». Elles sont suivies par les agents de (20 944) et les personnes vivantes avec des comorbidités (8 617). 

En plus des communications sur les réseaux sociaux, la formation des équipes de mobilisateur dans la communauté par le service du développement social a beaucoup contribué dans la campagne, selon le chargé de communication du ministère de la Santé et du Développement social, Markatié Daou. Pour lui, le ministère travaille à réadapter aujourd’hui le message à l’endroit du public. « Au départ, on sensibilisait les gens sur la présence du vaccin et l’importance de le faire. Aujourd’hui, il s’agit de présenter le nombre de sujets vaccinés et surtout de communiquer qu’il n’y a pas de réaction grave liée au vaccin pour le moment », a-t-il fait savoir. 

 Sur la question de la quantité de vaccins Astrazeneca disponibles, M. Daou informera qu’il y a assez de doses pour couvrir les deuxièmes rappels des personnes vaccinées.  « Sur les 396 000 doses du vaccin Astrazeneca reçues, 60 230 doses ont été utilisées, à la date du 27 avril 2021. Nous n’avons même pas encore atteint la moitié du stock disponible » indique-t-il. 

Une nouvelle qui assure bons nombres de personnes dont Hamadou El Hadji Touré même si la liste des gens réticents est encore élevée. 

Deux semaines après la réception de sa première dose, M. Touré affirme « n’avoir décelé aucun dysfonctionnement lié au vaccin et se dit prêt à aller faire le deuxième rappel, le 21 mai, en Commune VI ».

Cependant, un dernier cri de cœur anime M. Touré et autres Bamakois : « que les autorités actuelles mettent à la disposition de tous les citoyens vaccinés des attestations de vaccination, comme au Rwanda », disent-ils. 

Kadiatou Mouyi Doumbia 

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