Des premières élections démocratiques de 1992 à celles de 2018, les Présidents élus ont toujours promis de transformer le Mali. Mais hélas ! Les fêlures restent profondes.  

Alpha : modèle de société d’une société démocratique

Alpha Oumar Konaré, 1er Président du Mali démocratique, disait que « notre combat est celui d’un Etat de droit, veillant scrupuleusement à la défense des droits de l’homme. Notre combat est celui d’un Mali uni et pluriel, plus jamais ″Afrique″. Notre combat est celui d’un Mali réconcilié avec lui-même, avec sa mémoire, d’un Mali de tolérance excluant la violence dans le débat politique, un Mali qui garantira toujours l’expression plurielle dans la transparence », extrait du livre, la Bataille du souvenir. C’était en mai 1995, à l’occasion de l’hommage au premier Président du Mali indépendant, Modibo Keïta. Afrique, droits de l’homme, réconciliation, tolérance, violence, unité, etc., résonnent encore aujourd’hui au Mali. L’ogre terroriste, nourri par nos excès et nos abus, nos luttes de pouvoir, de territoire et nos combats d’égos, vampirise de plus belle le pays. Jusqu’à quand ? Nul ne le sait encore. Mais Alpha Oumar Konaré, durant ses deux mandats, a semé les graines d’une société démocratique, ouverte sur le monde. C’était la colonne vertébrale de sa gouvernance.  

ATT : modèle d’une société pacifique et prospère

Du plus fort qu’il pouvait, le regretté Amadou Toumani Touré (ATT), tentera d’enraciner la démocratie malienne, lançant ses fameuses politiques sociales. Au Mali des quartiers entiers sont connus sous le vocable d’ATT Bougou (village d’ATT).  Mais hélas, il était déjà saisi par le doute avant le putsch de 2012. « Si la paix est le socle de la stabilité sociale ; la sécurité est celui du développement économique et social. Depuis de longues années, nos insuffisances en matière de développement et de gouvernance, ont été exploitées par des sources opportunistes et nuisibles. Profitant de la faiblesse de nos capacités d’investissement, de la précarité de nos économies, fragilisées par la sècheresse dont nous sortons à peine, elles ont tenté de nous déstabiliser pour déstructurer notre société, pour nous imposer des nouvelles valeurs qui n’ont jamais été les nôtres », extrait du discours d’ATT à Kidal en février 2011. C’était à l’occasion des festivités des cinquante ans d’Indépendance du Mali. Le modèle de société pacifique et prospère d’ATT est vite mis à mal par les jeux d’influence des puissances dominantes : guerre en Libye par exemple. 

IBK : un modèle de bien-être, tué dans l’œuf 

Ibrahim Boubacar Keïta, IBK, tentera de faire son mieux. « La réconciliation nationale demeure la priorité la plus pressanteDès demain, nous enclencherons les actions appropriées pour forger des solutions robustes en vue d’une paix durable afin que nous sortions définitivement de la répétition cyclique des crises dans le Nord du pays. Je mettrai fin à l’impunité, aux passe-droits qui sont à l’origine du dévoiement des institutions judiciaires et étatiques. La restauration de l’autorité de l’Etat se conjuguera avec une lutte sans répit contre la corruption qui inhibe notre capacité à sortir du sous-développement économique et social. En tant que Président de la République, je veillerai à la bonne gestion des deniers publics. Je mettrai en place les mécanismes appropriés pour assurer la transparence et l’efficacité de la dépense publique. Nul ne pourra s’enrichir de manière illicite sur le dos du Peuple malien… », extrait du discours d’investiture du président IBK, en septembre 2013. Malheureusement, à cause des difficultés à asseoir son autorité, IBK tournera en rond. Son régime finit par être emporté en août 2020 par la tempête sécuritaire et les manifestations du M5-RFP contre sa mauvaise gestion du Mali. Sans jamais pouvoir dérouler son modèle de société, basé sur le bien-être des Maliens ; lequel modèle a été tué dans l’œuf. Rien n’a pu être réalisé faute d’actions concrètes et visibles pour restaurer l’autorité de l’Etat, et lutter contre la corruption et l’insécurité. La suite on la connait : le pouvoir s’est ankylosé tout simplement. 

Course à l’échalote présidentielle

Sans aucun doute, chaque Président, à des degrés différents, a tenté de transformer le Mali dans sa vision de la société. Mais sans grand succès. Excepté Alpha Oumar Konaré, les deux autres, ATT et IBK, ont été balayés par un putsch militaire. Espérons que leur successeur, à la faveur des élections générales de février 2022, résistera à la permanence des crises et des putschs. Le futur président élu du Mali devra être un capitaine solide avec un équipage discipliné pour porter secours à tous ces Maliens humiliés et errants, fragilisés et dépités, terrorisés et traumatisés. Pour redonner sens à la vie des Maliens, la mise au point d’un modèle républicain de société est inévitable. Entendons par modèle, une espèce « d’organisation sociale », émanant d’une conception d’ensemble de la société. C’est aussi une vision de la société. 

Qui plus est, depuis quelques semaines, la publication du chronogramme électoral excite le jeu politique, en perspective des élections générales de 2022. Sur l’échiquier politique les hommes politiques avancent leurs pions. La course à l’échalote présidentielle est déjà engagée entre les jeunes et les anciens qui grenouillent depuis les années 90. L’équilibre de certains ténors politiques est déstabilisé par l’ardeur et l’enthousiasme des jeunes compétiteurs. Une autre variable non négligeable des compétitions électorales à venir, c’est le contexte : révolution numérique, dimension géopolitique (Barkhane, G5-Sahel…) et géostratégique (jeux d’influence des puissances régionales) …

Pour finir, la victoire aux élections prochaines nécessite une bonne lecture de l’état d’esprit des Maliens, déçus par les différents exécutifs. Donc, les candidats aux élections générales devront trouver la ligne de crête : savoir parler aux Maliens, construire une offre politique réaliste et réalisable dans une vision républicaine de l’Etat. Certes, les crises précarisent les sociétés à un tel niveau que l’individu peut abdiquer, accepter son sort tel quel. Hélas ! Tout de même rien n’interdit au peuple malien de révolutionner ce pays, par l’agir et le travail, comme l’entonne Fissa Maïga dans son album Mali Issa Bero, « Ganda Si kay Kala Goyyan : le territoire ne se développe que par le travail ».

Mohamed Amara

(Sociologue)

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