Après environ 3 mois de vacarme provenant des coups de tonnerre et de trombes d’eau tombant de la grande marmite surchauffée du seigneur, la saison hivernale s’en est allée comme elle était venue à petits pas. Elle avait eu beaucoup de mal, comme chaque an, à s’installer avec des formations nuageuses instables qui voyageaient d’un coin du firmament à l’autre, n’occasionnant alors des vents si violents que d’aucuns se demandaient ce que les hauteurs célestes leur reprochaient.

Mais enfin venue, elle avait mis fin à la canicule de la saison sèche avec ses armées de moustiques et ses nuits blanches dues à la forte chaleur qui produit une sudation à vous faire nager dans l’eau de votre propre corps. Dès le début vers les premières semaines de  juillet, les services de la météo nationale donnèrent leurs consignes aux  populations  à savoir, éviter de se balader sous la pluie, de s’abriter sous les grands végétaux et de rester là où on est  au commencement de la pluie. En dépit de leurs conseils, comme d’habitude, les paysans restèrent attachés à leurs vieilles règles ancestrales et refusèrent de semer tant que leurs repères n’étaient pas apparus.

Tout le monde convient que la pluviométrie dont la densité à mesurer ressort de la compétence des services de la météo, permit de passer un bon hivernage contrairement aux craintes exprimées par certains paysans qui prédisaient le pire. Bien entendu, comme chaque année, les sacrifices et les offrandes prescrits par les marabouts et les autres oracles furent sortis scrupuleusement par les uns et les autres mais apparemment ce fut comme un coup d’épée dans l’océan parce que les conditions météorologiques étaient déjà réunies pour assurer une saison pluvieuse normale. Le plus drôle est que même les prières collectives et les lectures publiques des Ecritures saintes organisées devant les mosquées furent vaines à faire tomber l’eau du ciel tant que le temps ne fut pas à maturité. A croire que les dieux célestes détestent  prières humaines !

Fin septembre début octobre, les ondées s’estompèrent avec toutefois par endroits de fortes pluies qui entrainèrent dans certaines zones des dégâts énormes. Les dernières semaines furent particulièrement éprouvantes avec des inondations, des chutes de murs en banco et de grands arbres arrachés par le vent.

Enfin, la furie du ciel fit place à la période intermédiaire entre l’hivernage et la saison froide mais cette transition s’accompagna pour beaucoup de petites maladies dérangeantes comme la grippe, le palu et même parfois la fièvre typhoïde. Beaucoup d’hôpitaux et de dispensaires furent remplis de patients et le personnel de santé débordé parfois au point de perdre le contrôle de la situation. Il est vrai que la fin de chaque hivernage, en raison sans doute de la différence de température, est synonyme d’ennuis de santé pour une population habituée à ne pas prendre de précautions en cas de changement de saison. Mais déjà dans les campagnes, les premiers épis de maïs ont fait leur apparition de même que les gousses d’arachide et les gros morceaux de patate consommés à domicile pour compenser la diète de l’hivernage. Les paysans se prennent à rêver déjà de la boue et de la gadoue qui les enfonçaient certains jours jusqu’aux mollets.

Facoh Donki Diarra

(écrivain, Konibabougou)

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