Les maîtres d’école les plus sérieux de la profession aiment souhaiter à leurs meilleurs élèves de réussir dans la vie comme ils l’ont été dans les études car d’expérience ils savent de quoi ils parlent. Parce que faire de brillantes études et être bardé de diplômes ne signifie qu’automatiquement on a devant soi une belle réussite professionnelle et  sociale. Si l’intelligence et le courage suffisent pour récolter de  bonnes notes et se classer parmi les 5 premiers de sa classe, en revanche la réussite d’une vie fait intervenir d’autres critères dont certains sont tout à fait absurdes.

Pour les petits génies des bancs de l’école qui s’adonnent à l’alcool et aux stupéfiants, leur déclin social peut largement être expliqué par ce facteur dans une société ultra musulmane où la consommation de ces produits est quasiment suicidaire. Mais pour ceux qui sont restés des saints et qui traînent, leur  misère sociale doit faire réfléchir dans la mesure où la cause n’est pas attendue. Que les derniers deviennent les premiers comme il advient fréquemment dans notre société, une telle incohérence ne peut s’expliquer que par le jeu des relations familiales et sociales.

Dans les grandes villes comme Bamako ou Ségou, les hauts fonctionnaires et les dignitaires des différents régimes politiques assurent généralement la promotion de leurs rejetons par des mots de passe et d’autres formules de succession  connus d’eux seuls. Mais le fils du paysan de Ngolobougou, même s’il est diplômé de la Sorbonne, qui ne bénéficie pas d’une telle faveur peut battre longtemps le pavé avant d’être reconnu et se faire une place au soleil. Chacun sait que notre société ignore le principe de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et cela ne dérange personne d’où le recul continu du pays.

En réalité la progéniture des premiers cadres, même si elle n’est pas d’un grand niveau intellectuel, profite largement de la courte échelle montée par ses ascendants. De la sorte il n’est pas rare de rencontrer dans nos administrations d’anciens cancres de l’école occuper de grand poste ou caracoler au sommet de l’Etat et concomitamment de voir à la traîne de brillants étudiants sortis des meilleures universités de France et de Navarre. Et ces monstres d’inculture sont foncièrement méchants avec leurs congénères des  années d’études comme s’ils avaient à prendre une formidable revanche  sur eux.

Bien sûr on peut toujours parler de  destin comme aiment à l’évoquer les religieux mais ce qui saute aux yeux devant certains paradoxes de la société est la grande influence de la position professionnelle des ascendants sur la carrière de leurs descendants. L’école, de ce point de vue, au lieu d’être un tremplin, devient tout simplement un vulgaire rite de passage. En tout état de cause, c’est toujours périlleux pour une nation que des hommes de rien, des fantômes de savoir artificiellement assis sur le trône, commandent aux hommes des lumières.

Facoh Donki Diarra

(écrivain, Konibabougou)

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