Kaourou Magassa est originaire du Kaarta, journaliste reporter d’images, correspondant de la chaîne TV5 Monde et de Radio France internationale. Pour nos lecteurs, il relate brièvement sa carrière de producteur mais nous parle également de son documentaire intitulé «Mounyou ni Sabali », qui a été le film d’ouverture du festival Ciné Droit Libre à l’Institut français le 9 mars.

Mali-Tribune : Depuis quand avez- vous commencé à écrire et à réaliser des films ?

K. M. : Mon premier film date de 2015-2016, un film écrit et réalisé avec deux amis. Son titre est « Taxi Photo Bamako », aujourd’hui disponible en libre accès sur les plateformes de vidéos sur internet. C’est un film sur les rencontres photographiques de Bamako qui se tiennent tous les deux ans au Mali. Il raconte toute l’effervescence artistique et intellectuelle qu’il y a autour de ce grand rendez-vous de l’art contemporain et que nous avons la chance d’accueillir dans le pays ! Ce film, nous l’avons fait en tant qu’amoureux de la culture et de la ville de Bamako où nous nous étions rencontrés quatre ans avant 2011.

Mali-Tribune : Combien de réalisations avez-vous à votre actif ? Parlez-nous un peu de vos réalisations et quels sont les thèmes abordés ? 

K. M. : En plus de mon métier de journaliste, j’ai eu l’opportunité de réaliser trois films documentaires et trois grands reportages. Outre le film sur les rencontres de Bamako, mes projets traitent principalement des droits humains, l’immigration, l’esclavage, la crise sécuritaire qui secoue le pays, les adoptions internationales et enfin la question des violences sexuelles.

Mali-Tribune : Pourquoi le thème de la violence sexuelle pour votre film projeté à l’Institut français ? Est-ce pour honorer les dames à l’occasion du 8 mars ?

K. M. : Le but n’était pas d’honorer les femmes à l’occasion du 8 mars, mais plutôt de me questionner et en même temps de questionner la société. Dans notre pays, les femmes sont éduquées et formatées à tout pardonner, à tout supporter. En bambara on appelle ce principe « Mounyou ni Sabali ». Au départ, je pense sincèrement que ce principe a été édicté pour inculquer une forme de résilience dans la société. Mais avec l’évolution, cela a amené de la résignation chez les femmes. La femme est contrainte au silence et au don de soi pour protéger « l’honneur de la famille » car toutes les dérives, toutes les violences sont tues et taboues. Même les plus horribles, même les violences sexuelles. Durant mes recherches et en rencontrant de nombreuses femmes, j’ai très vite compris la nécessité et le besoin pour elles d’en parler. Pas pour elles-mêmes, mais pour que les violences cessent. Ce qui est extrêmement courageux de leur part.

Mali-Tribune : Que relate ce film et pourquoi ce titre ?

K. M. : « Mounyou ni Sabali? » raconte le parcours de trois femmes, trois femmes puissantes et engagées qui se livrent sur leurs combats au quotidien. L’une vit au Mali, elle tente de lever les tabous face au reste de la société et réclame justice tout en essayant de retrouver une vie normale.

Une autre vit à New York, féministe engagée et militante ouverte sur sa ville et sur le monde, elle a fondé un site internet qui permet aux femmes de s’ouvrir et d’échanger entre elles.

La troisième vit en région parisienne et témoigne de l’importance de l’aspect psychologique pour se reconstruire.

Le titre « mounyou ni sabali » avec un point d’interrogation nous est venu très naturellement, la totalité des témoins et des intervenants du film parlait de ce principe dans leurs échanges. Il était donc important de le mettre en exergue et de le questionner.

Mali-Tribune : Quel est l’objectif derrière et quel message voulez-vous faire passer à travers cette production ?

K. M. : Il était important et nécessaire de faire ce film avec beaucoup d’humilité. Comment me placer ? Comment parler de la question des violences sexuelles en tant qu’homme ? Alors que la très grande majorité des victimes sont des femmes. Nous avons fait le choix de le faire par un film documentaire sans commentaire dans ce sens que ce sont les personnes qui interviennent, qui se racontent. Il était aussi très important pour nous de donner la parole aux femmes que l’on entend peu dans l’espace médiatique pour raconter leurs vécus alors qu’elles ont énormément de choses à dire, mais aussi énormément de solutions pour que la société s’améliore. L’objectif est peut-être celui-là, d’aider à favoriser l’échange et l’écoute de tout un chacun même sur les questions les plus graves et les plus sensibles.

Propos recueillis par

Aminata Agaly Yattara

Mali Tribune du 19 Mars 2021

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