En visite à Paris le 9 juillet dernier pour le sommet virtuel du G5 Sahel, le nouveau Président nigérien, Mohamed Bazoum a mis les pieds dans le plat malien en dénonçant élégamment les 2 récents coups d’Etat (août 2020 et 24 mai 2021) dont le premier porta au pouvoir le CNSP et le second qui mit un coup d’arrêt inattendu à la transition politique entamée après le départ d’IBK.

Si l’autorité politique de Bamako réagit officiellement à ces propos qui n’étaient pas de la calomnie, ce fut en des termes classiques d’étonnement et d’indignation qui suggéraient que la déclaration pour mal venue qu’elle soit car déclamée en terre étrangère, celle de la France notamment, n’en demeurait pas moins vraie dans une certaine mesure. Il est vrai que depuis 1991 au Mali, les coups d’Etat sont devenus si fréquents qu’ils font maintenant partie des banalités de la saison.

En 2012, quand les ¾ du territoire national étaient occupés par les djihadistes et les terroristes, le CNEDERE bien installé à Kati ne faisait rien pour chasser ces forces du mal, laissant ce boulot au Président français François Hollande. Cette situation devint si préoccupante que l’ancien Président tchadien, feu Idriss Deby Itno ne put s’empêcher de s’adresser aux militaires de Kati en leur disant qu’au lieu de faire de la politique à Bamako, leur place était au front dans le nord. Le capitaine Amadou Aya Sanogo, alors chef de la structure militaire de commandement fit la sourde oreille à cette offre et préféra faire la guerre aux bérets rouges soupçonnés de soutenir le Président déchu ATT.

Chacun, à commencer par les militaires eux-mêmes, sait que la mission première de l’armée est la défense du territoire national plutôt que de faire de la politique. Lorsque celui-ci est menacé, plus qu’aux chasseurs traditionnels, plus qu’aux milices privées, cette tâche incombe à la hiérarchie militaire recrutée pour cette mission et tant que le territoire national n’est pas sécurisé, le sommeil est interdit à l’armée. Mais il y a plusieurs faits qui signalent que beaucoup de soldats ont opté pour cette vie plus pour le salaire que pour le sacerdoce. Les chroniques orales militaires rapportent que lors des 2 guerres contre la Haute Volta en 1975 et contre le Burkina Faso en 1985, des officiers que l’on croyait exemplaires, allèrent voir le Général Moussa Traoré, alors chef de l’Etat, pour le prier de ne pas les envoyer au front pour raison de famille. La vie civile plaît plus à certains militaires que celle de la caserne et beaucoup jouent plus à faire peur aux civils qu’à l’ennemi du moment. Pourtant la bravoure du soldat soudanais fut reconnue par tous y compris par l’Etat-major français et on comprend mal cette transformation de la mentalité.

Au fond, Bazoum ne peut pas condamner le coup de force dont il est lui-même un sous-produit ; ce qu’il fustige, c’est le goût du pouvoir pour l’armée malienne championne du coup d’Etat (2 en 6 mois). Il doit croire fermement que la force d’une armée c’est sur le champ de bataille, non sur la scène politique trop glissante pour elle. Jules César, général romain et conquérant des Gaules fut assassiné par des patriciens armés et payés par des membres du Sénat romain. On connaît aussi le sort fait à Thomas Sankara du Burkina Faso et récemment du maréchal Idriss Deby.

Les peuples ont si grandi et mûri que la fonction présidentielle ne leur fait même plus peur. Des chaussures furent jetées à la figure de Donald Trump, Président de la 1ère puissance économique du monde et Emmanuel Macron celui de la France reçut une baffe.

Facoh Donki Diarra

écrivain, Konibabougou

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