La 7e édition du festival bélénitugu de Somasso a été marquée par le lancement du processus de redynamisation du Kôtè, une société secrète ancienne ayant disparu depuis quelques années.

« Le Kôtè ne sera plus délaissée ici chez nous à Somasso. Nous sommes désormais engagés à relancer cette société secrète », a lancé le président de l’Association pour le développement de Somasso (ADS), Markatié Daou. Cette année, à l’occasion de la 7e édition du festival bélénitugu de Somasso, l’ADS, en collaboration avec les derniers initiés de la confrérie, a décidé d’activer le processus de redynamisation de la société.

A travers une cérémonie pleine d’émotions, les derniers initiés ont esquissé quelques pas de danses des « Bamba » (crocodiles en bambara) que sont les initiés. A travers des chants d’encouragement et des cris de réconfort de la population ; ces initiés ont tenu en haleine l’assistance dans un silence de mort. Cette danse mystique, interdite au nom initié, est accompagnée par des coups de fouet. Les initiés se donnent ces coups et cela dans le silence. Ils prouvent ainsi leur capacité à vivre la douleur dans le silence, un geste significatif.

Heureux de cette initiative, le pasteur Notiké Daou, l’un des sages de la commune, a salué les derniers initiés pour ce courage.

« Nous sommes contents de revoir cet engagement de nos jeunes frères et de nos enfants. Nous pleurons de joie aujourd’hui car le Kôtè, en plus de son caractère sacré, est pleine de signification pour nous », a-t-il ajouté.

Selon M. Daou, cette confrérie était jadis ouverte à tous les garçons ayant atteint l’âge de 15 ans ou même plus. Il explique qu’il y a deux cérémonies du Kôtè. La première, affirme M. Daou, est organisée la nuit de l’initiation des jeunes. Elle est l’occasion pour le père de l’enfant de mesurer le degré de résistance de son garçon et sa capacité de revoir des coups sans se plaindre. « Pour cette cérémonie, organisée la nuit à l’abri des regards des femmes et des non-initiés, on faisait vivre aux jeunes garçons d’énormes difficultés. Les enfants étaient confrontés à l’épreuve du feu, du fouet et de la faim. C’est le père de l’enfant lui-même qui le faisait souffrir et devant tout le monde », précise le sage Daou.

Il ajoute : « l’autre cérémonie est organisée dans la journée devant tout le monde. Les initiés sont prêts. Ils esquissent des pas de danse et se donnent des coups de fouet devant tout le monde. Ils peuvent saigner, mais ne crient jamais de douleurs. Ils ne gesticulent pas aussi de douleurs. Ils encaissent dans le silence et donnent à leur tour des coups de fouet ».

Le but de cette initiation, qui concernait tous les jeunes garçons du village, est de renforcer la résilience des hommes. Ils doivent pouvoir se protéger et sauver le village dans toutes les circonstances. « Avant, il y avait les guerres et les razzias. Les voleurs, les brigands et certains villages venaient conquérir d’autres villages. Il fallait donc préparer nos enfants, surtout les jeunes garçons à faire face aux défis, à avoir les capacités d’accepter de mourir dans la dignité que de dévoiler les secrets du village », révèle le pasteur Notiké Daou.

Markatié Daou, qui est aussi dans le lot des derniers initiés de la société à Somasso, a rappelé qu’une fois relancé, cette société sera le créneau idéal pour renforcer la cohésion sociale et mieux éduquer la nouvelle génération. « Cette société est comme l’Armée, la Grande muette. On apprend à encaisser les coups dans la dignité et à protéger les secrets. On apprend aussi à défendre l’intérêt général et à être responsable », a ajouté Markatié Daou.

Le directeur général de l’Agence de Promotion touristique du Mali (APTM), Sidy Keita, a promis de s’impliquer dans la redynamisation du Kôtè à Somasso. Il a également promis de mobiliser le ministère du Tourisme. 

Abdoul Karim Konaté

Mali Tribune du vendredi 20 mai 2022

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