Il est comptable de formation. Mais, malgré les pressions familiales, Moussa Kalapo a abandonné la comptabilité au profit de la photographie. Un rêve d’enfance qui l’a aujourd’hui rendu célèbre à travers les prestigieux prix glanés partout sur la planète. Portrait.

Etre photographe professionnel au Mali,s’apparente à une « malédiction ».Peu de photographes vivent « dignement »de leur métier. Les plus nantis sont, souvent, ceux qui ont eu le privilège de travailler à l’extérieur ou d’intégrer le cercle très restreint des photographes « attitrés »de la Présidence de la république. Malgré cet amer constat, certains se distinguent au point de rivaliser avec les meilleurs photographes du continent et même d’Europe. Dans ce lot figure Moussa Kalapo, plus connu sous le nom de John Kalapo.


John Kalapo recevant un prix au Bénin.

A 35 ans, dont dix seulement dans la photo, John est déjà un globe-trotter qui ne manque aucun rendez-vous de la photographie. Il s’est même distingué en remportant plusieurs prestigieux prix tels que le concours photo « En quoi l’Afrique est différente ? » du portail d’informations www.afriquinfos.com en 2011, celui de la meilleure vente d’images sur Gettyimages (Centre de formation de photographie de Bamako) la même année et a également été le lauréat du 2e prix de l’innovation à la 3e édition de la Quinzaine de la photographie au Benin. Ce n’est pas tout. John est le lauréat du Prix Tierney Foundation-Bamako Awards en collaboration avec Market Photo workshop en 2015, le lauréat des 8èmes Jeux de la francophonie Abidjan en 2016 et le deuxième du concours photos Wiki-loves Africa aux foires à manuscrits de Bamako 2017-2018, etc.

En marge de ses prix, John a effectué́ des voyages de reportage photo des ONG comme Swiss-contact, One Word, Spana UK, Water-Aid. Et des sociétés telles que Safran-France, la société́ Jumbo-Mali, Sama transport Mali/Côte d’Ivoire, etc.Il a aussi participé́ à des ateliers photos et des expositions collectives au Mali, en Afrique et en France et a travaillé sur le projet des archives de la photographie malienne, pour la conservation, la numérisation et l’archivage de l’héritage de célèbres photographes africains comme Malick Sidibé, Abderrahmane Sakaly, Tijane Sitou, etc.

Pourtant, rien ne présageait cette carrière pour John, même si au fond de lui, il se voyait déjà photographe dès le bas âge. « La photo me passionnait depuis mon enfance. J’aimais toujours faire des photos », se souvient-t-il. Et le déclic n’arrivera qu’après l’obtention de son diplôme de Brevet de technicien en comptabilité. Il enchaîne avec deux stages pour se perfectionner dans ce domaine, mais ne s’imaginait aucune carrière dans ce métier.

« J’ai alors commencé avec la vidéo. J’étais au sien d’un collectif majoritairement composé de français. Très tôt, j’ai abandonné la vidéo pour la photo, car c’est l’image fixe qui me passionnait », dit-t-il. Il est admis en 2010 au Centre de formation en photographie (CFP) de Bamako où il se spécialisera en photographie conceptuelle. Doué, il obtient par la suite une bourse en photo journalisme pour la Market photo Workshop, une prestigieuse école de photographie d’Afrique du Sud.

Installé sérieusement comme photographe professionnel depuis dix ans, il parle avec passion de ses aventures qui l’ont façonné en tant qu’artiste. « Même si ma famille, très connue au Mali dans le milieu musulman, ne voulait pas de ce métier, aujourd’hui on me respecte beaucoup. Je vis de cela sans voler, ni mendier. A travers mes voyages et les prix glanés, les parents ont compris et ils respectent mon choix »,dit-il.

Le plus souvent effacé en public, John, teint noir, laissant poussé ses barbiches, est peu souriant. Il n’aime pas trop les flashs sur lui, mais adore traduire les douleurs qui l’entourent en image, montrer, à travers des scènes et des séries, le parcours pénible des migrants, la rébellion touarègue, l’esclavage moderne, etc.

Pour l’essor du métier de photographe au Mali, John conseille à la jeune génération, dont il fait partie,d’apprendre, de travailler dur et de s’imposer. Pour lui, la photographie est une littérature de l’œil et pour bien flasher, il faut être bien formé.

Sory I. Konaté

30minutes.net

30 novembre 2018

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