L’économie, la reconstruction de la société, de l’école malienne et climat entre les partis politiques. En 59 ans d’indépendance, les défis qu’attendent le Mali restent énormes, selon Bakary Issa Keita, homme politique. Dans cet entretien, il passe un filet sur les grandes périodes qu’à connu le Mali durant ses 59 ans d’indépendance et fait de propositions pour une sortie de crise.

Selon M. Keita, la première période qui concerne le régime socialiste était partie de la base d’une économie socialiste avec des options très claires. Ensuite venue une période transitoire de dictature après le coup d’Etat militaire. A cette époque, dit-il, le pays naviguait à vue sans concession ni rien du tout. C’est juste de 1968 jusqu’à 1978 que les choses ont commencé à se normaliser.

Il estime que la première période a été marquée par de grands travaux, le pays a avancé sur le plan de l’industrialisation, puisque c’est en ce moment que le Mali a connu les poudres en utilité avec nos usines. Toutefois, aujourd’hui ces usines sont en disgrâce, en fermeture, en vente ou en privatisation, a-t-il déploré.

Ladite première période a finalement connu un arrêt brusque alors que les gens n’y étaient pas préparés. Mais sur le plan économique, notre homme politique, pense que le pays était en train de se dresser. Donc, compte tenu des difficultés environnementales à l’époque, c’est-à-dire, l’option socialiste qui était choisie ne cadrait pas peut être avec l’environnement à l’époque. « Ces problèmes posés ont certainement favorisé le coup d’Etat », pense-t-il.

La période militaire et le parti unique qui s’en est suivi nous a fait assister à une dégradation des moyens qu’on avait parce que les sociétés ont commencé à disparaitre, et les écoles dégringolées.

M. Keita expliquera que, cette période s’est achevée par une révolution à travers une contestation générale. Ce fut alors l’avènement de la démocratie avec à peu près deux années de transition. Et c’est cette démocratie qui portait tout l’espoir du peuple. Pour preuve, quand il y’ a eu le premier vote démocratique en 1992 où le président Alpha Oumar Konaré a été porté au pouvoir, il y’ a eu des grands travaux et Bamako a pris un nouveau visage avec de peau neuve, martèle-t-il.

A ses dires : il y’a eu aussi un début de connexion entre l’intérieur du pays et la ville à travers la construction de certaines routes qui a fait que beaucoup de villes ont été désenclavées à l’époque. On peut noter ça comme des avancées.

Sur le plan de l’exercice de la démocratie, de liberté et autres, il y’a eu à ce niveau aussi une grande avancée parce que le pays a assisté à une flopée de partis politiques, chacun pouvait s’exprimer comme il faut. Il y’a eu l’éclosion de beaucoup de radios, de journaux. 

Cette période a été marquée par l’avènement de la liberté dans beaucoup de secteur.

Par contre, souligne-t-il, finalement au bout de dix ans de l’exercice de la démocratie, le peuple a commencé par comprendre que même cette histoire de démocratie n’était pas une panacée.

« Certainement, on a peut être misé sur beaucoup de choses. On a pensé que le peuple se libérerait, mais tel n’a pas été le cas. Il y’a eu une certaine corruption qui s’est développée, qui continue à se développer et qui est aujourd’hui au plus fort », a-t-il lancé.

« Cela casse finalement tout l’espoir du peuple et les aspirations que nous avons par rapport à la jeunesse ne sont pas au rendez-vous, la population ne se trouve pas améliorer. Il a eu la difficulté à créer de l’emploi, à créer des entreprises, ce qui fait que le climat social reste toujours tendu ».

M. Keita affirme que malgré l’ère de la démocratie qui a donné de l’espoir, le secteur de l’agriculture n’a pas connu des avancées très notoires.

Cependant, il réitère que, l’agriculture est toujours en reste alors que c’est à partir de là que repose le revenu de la grande majorité de nos populations.

Le processus démocratique aussi a été stoppé à un instant pour reprendre en 2013. Depuis lors, les libertés vont grandissantes avec l’avènement des réseaux sociaux, les activistes et autres.

En ce qui concerne les défis

Selon Bakary Issa Keita, le défi aujourd’hui est d’abord économique. Pour lui, il faut que notre société comprenne que le bonheur ne peut venir que par le travail. Cela est non seulement au niveau de la population, mais également au niveau des autorités.

« Donc c’est en créant des cadres de travail dont les entreprises que nous pouvons employer des gens, créer des richesses. Et aujourd’hui notre première richesse c’est la terre », dit-il. 

Il croit fort que notre pays peut rebondir à partir de la terre et aller de l’avant pour relever ce défi.

Il sollicite à cet effet, les autorités à faire en sorte que l’homme malien retourne à la terre. « En allant à l’école, certains pensent que c’est de se séparer de la terre. Nos parents cultivateurs acceptent d’envoyer à l’école leurs enfants avec l’espoir qu’ils ne seront plus comme eux et qu’ils vont aller dans un autre sens pour évoluer. Alors qu’il y’a aussi l’étude de la terre à l’école et du sol. Notre problème, il faut parvenir à industrialiser le pays. L’alternative aujourd’hui c’est les industries agro-pastorales pour un bon démarrage économique du Mali », explique-t-il.

Sur le plan social

Bakary Issa Keita affirme que les réseaux sociaux sont devenus un cancer. Selon lui, il faut arriver à les circonscrire sinon le climat social se trouvera toujours affecté. L’esprit ça se fabrique et ça se forge au fil des temps, dit-il.

A l’entendre : l’école est en train de perdre ses noblesses au profit de la rue, au profit des réseaux sociaux, ça inquiète.

« Notre deuxième défi est social et aussi éducatif. Tant qu’on n’arrive pas à mettre l’éducation en place, la société ne se trouvera pas bien. Il est nécessaire d’éduquer les fils du pays. Cela peut prendre du temps car le changement de mentalité se prépare dans la durée, mais c’est le gage d’un lendemain meilleur pour nous. Aujourd’hui les autorités doivent tout faire pour donner un niveau visage à l’école malienne ».

Le climat entre les partis politiques

La paix aujourd’hui notre souhait à nous tous (les hommes politiques), c’est la paix. Tout le monde parle de la paix et veut la paix. Donc, il n’est pas difficile à faire venir la paix et d’y accéder. C’est nous les hommes politiques qui créent souvent l’absence de paix. Donc si nous voulons tous la paix, les partis politiques doivent se mettre ensemble, opposition et majorité. Aujourd’hui, il s’agit de la survie même de notre pays et personne n’a intérêt que le pays bascule. Nous devons unir nos forces pour mettre le pays sur les rails et ce n’est qu’après ça que les jeux et compétitions démocratiques peuvent reprendre entre nous.

Parlant du dialogue national inclusif qui va se tenir bientôt, M. Keita dira que ce dialogue dégagera certainement toutes les voies et moyens dont l’application pourra nous mener à amorcer la sortie de crise.

Recueillis par

Ibrahima Ndiaye

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