L’Afrique se trouve à un moment critique de son histoire, confrontée au double défi du changement climatique et de la sécurité alimentaire. Alors que les températures mondiales augmentent et que les conditions météorologiques deviennent de plus en plus imprévisibles, les systèmes agricoles du continent sont menacés, car ils sont contraints de supporter le poids des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur.

Autrefois apparemment confiné aux pages des revues scientifiques, le phénomène du changement climatique est aujourd’hui gravé dans chaque bouchée que nous mettons dans nos assiettes. La nourriture – la subsistance de la vie – est suspendue à un équilibre délicat qui exige notre attention, notre compassion et une action commune.

Ignorer la crise climatique :  pari gagnant ou catastrophe pour l’avenir de l’Afrique ?

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Ne pas reconnaître l’urgence de la crise climatique et éluder l’impératif d’une action immédiate est un pari risqué que l’Afrique ne peut tout simplement pas se permettre. Le changement climatique est une création humaine qui a exacerbé les risques liés à la conduite des affaires. Le secteur agricole, pilier de nombreuses économies africaines, est très sensible aux perturbations causées par le changement climatique. L’inaction en matière de climat propulsera inévitablement l’Afrique vers un avenir catastrophique caractérisé par une insécurité alimentaire généralisée, l’instabilité économique et l’escalade des conflits.

En revanche, ce moment nous offre une opportunité unique, un appel à reconnaître collectivement les enjeux, à s’unir dans la détermination et à ouvrir une voie durable vers la résilience et la prospérité. L’urgence de l’adaptation au climat et de l’atténuation de ses effets exige une approche intégrée qui associe la technologie, la science, la politique et les investissements. Les innovations technologiques ont le pouvoir de révolutionner l’agriculture, en la renforçant et en la dotant d’un faible taux d’émissions. Les variétés de cultures résistantes à la sécheresse, les technologies numériques innovantes et les techniques agricoles intelligentes face au climat peuvent toutes atténuer les effets de l’évolution des conditions météorologiques et améliorer la productivité.

L’initiative de la Grande Muraille Verte, qui vise à lutter contre la désertification dans la région du Sahel, est un exemple probant de ce front uni. Cet effort de collaboration implique plus de 20 pays africains, démontrant le pouvoir d’une vision et d’une action commune. En plantant une mosaïque d’arbres et de végétation et en promouvant l’agroforesterie, l’initiative vise à stopper l’avancée du désert, à améliorer la fertilité des sols et à créer des moyens de subsistance pour les communautés locales. De telles initiatives soulignent le potentiel du renforcement de la résilience collective face à l’adversité climatique et à la restauration des paysages dégradés.

La collaboration dans l’élaboration des stratégies et le dialogue intersectoriel sont tout aussi essentiels. Les gouvernements du continent doivent moderniser leurs politiques et plans en matière d’adaptation nationale afin d’encourager l’utilisation des terres de manière durable, de promouvoir l’agroforesterie, de sauvegarder la biodiversité et d’encourager l’utilisation d’énergies renouvelables durables pour alimenter les chaînes de valeur des systèmes agroalimentaires. Nous devons renouveler nos politiques en nous approvisionnant continuellement auprès des communautés locales, des agriculteurs, des scientifiques et d’autres parties prenantes. Ce n’est que par le biais d’un dialogue inclusif que des solutions pourront être adaptées aux défis uniques auxquels sont confrontées les différentes régions d’Afrique.

Les stratégies et les plans ne suffisent pas et ne conduiront pas au changement que nous souhaitons. Des ressources financières concessionnelles suffisantes sont nécessaires pour mettre en œuvre ces politiques au niveau continental. L’Afrique devrait également favoriser et développer tous les produits de financement et les modèles commerciaux écologiques qui contribueront à transformer nos systèmes alimentaires. En outre, l’amélioration de la gestion et des échanges de connaissances, l’innovation et les technologies numériques sont des ingrédients clés pour la création d’emplois le long des chaînes de valeur des systèmes alimentaires.

En septembre, les dirigeants, les scientifiques et les innovateurs du continent africain et d’ailleurs se réuniront pour le Forum africain sur les systèmes alimentaires 2023, à Dar es Salaam, en Tanzanie, en amont de la COP 28 à Dubaï. Le rôle des jeunes et des femmes dans l’action climatique et la transition vers des systèmes alimentaires durables, inclusifs et résilients est au cœur des dialogues de l’AGRF de cette année. Constituant plus de la moitié de la main-d’œuvre du secteur agricole, en particulier dans les petites exploitations, les femmes sont également parmi les plus vulnérables au changement climatique et à la pauvreté en raison des nombreuses restrictions qui pèsent sur leur accès à l’éducation, au financement et à d’autres ressources cruciales. Par ailleurs, il est bien connu que des millions de jeunes Africains entrent chaque année sur le marché du travail et que seul un faible pourcentage d’entre eux parvient à obtenir un emploi décent.  Le sommet de cette année permettra non seulement aux femmes et aux jeunes de présenter leurs innovations, mais aussi de définir les actions concrètes nécessaires pour leur permettre de surmonter les obstacles auxquels ils sont confrontés et d’utiliser tout leur potentiel pour révolutionner les systèmes alimentaires sur tout le continent.

Les solutions africaines au problème climatique à l’AGRF 2023

Que nous réserve l’action climatique à l’approche de la COP 28 ? Sur la voie de la garantie de notre avenir alimentaire, le Sommet africain sur le climat qui se tiendra à Nairobi et le prochain Forum africain sur les systèmes alimentaires (AGRF) 2023 qui aura lieu en Tanzanie constitueront des étapes clés. Les principales parties prenantes s’y réuniront pour définir les actions climatiques nécessaires pour renforcer la résilience de nos systèmes alimentaires et de notre agriculture, en particulier ceux qui adoptent des solutions intelligentes face au climat. La dynamique créée lors de ce forum préparera le terrain pour les systèmes alimentaires résilients en Afrique en vue du sommet sur le climat de la COP 28, qui est d’une importance capitale. Alors que le monde se prépare pour la COP 28, nous devons tous comprendre que la lutte contre le changement climatique n’est pas une entreprise solitaire. Il s’agit d’un défi multidimensionnel qui nécessite collaboration, innovation et inclusivité pour remodeler nos systèmes alimentaires, faire face aux défis émergents et assurer un avenir prospère aux générations futures.

Le chemin à parcourir peut être exigeant, mais les récompenses sont inestimables. Collectivement, nous pouvons changer le cours des choses et cultiver un avenir alimentaire résilient pour l’Afrique. Nos mains contiennent les graines de l’espoir, l’engagement en faveur de la résilience et le potentiel d’une récolte durable. Aujourd’hui, plus que jamais, l’appel à l’action unie résonne dans les champs, les villes et les communautés d’Afrique. Ensemble, nous pouvons favoriser un avenir alimentaire productif, nutritif, inclusif, résilient et durable pour l’Afrique.

Par Amath Pathe Sene

L’auteur est le directeur général du Forum sur les systèmes alimentaires en Afrique (AGRF)

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