Comme on le dit parfois « les nouvelles n’ont pas d’ailes mais elles peuvent traverser sept fleuves ». Mais il devient de plus en plus coûteux de transmettre les nouvelles… Du Faso à la Côte d’Ivoire en passant par le Cameroun, les actions de boycotts des opérateurs de données mobiles se multiplient. Pourquoi cette grogne des utilisateurs ?

Un internet loin d’être abordable

Sur le continent africain, la situation est contrastée. Selon l’étude récente « WorldWide Data Pricing 2022 » publiée sur le site cable.co.uk, l’Afrique compte des pays où le gigaoctet de données mobile est le moins cher (comme l’Algérie, et plus généralement les pays de la côte méditerranéenne qui possèdent un accès direct au câble sous-marin de fibre optique). Le Giga Octet de données coûte autour de 1200 FCFA. Dans le même temps, au Burkina, au Tchad ou au Cameroun, les prix varient de 3000 à 6000 FCFA. En Guinée équatoriale, les prix s’envolent jusqu’à plus de 20 000 FCFA le Gigaoctet. Dans un rapport datant du 3 mars 2023, l’alliance pour un internet abordable indique que le prix médian du Gigaoctet en Afrique subsaharienne est de 2600 FCFA contre 1600 FCFA en Europe. Cet écart est d’autant plus pesant pour les populations lorsqu’on le rapporte à leur salaire moyen : ces prix représentent 20% du revenu mensuel au Tchad et plus de 24% en Centrafrique.

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Des causes économiques et techniques aux prix élevés et à la mauvaise qualité du réseau

Il faut d’abord noter que le coût de de l’infrastructure varie selon la situation géographique des pays. Le Tchad est relativement enclavé et reçoit internet grâce à deux fibres optiques passant par le Soudan et le Cameroun. Pour parer aux coupures récurrentes, le gouvernement réfléchit à l’installation de nouvelles fibres par le Niger ou le Nigéria, ou l’utilisation de connexion satellite. Dans un cas comme dans l’autre, d’importants investissements sont nécessaires.

Dans plusieurs pays, le manque de concurrence entre les opérateurs trop peu nombreux explique aussi les prix élevés. D’autant plus que ces opérateurs ne sont pas incités à investir dans les zones jugées peu rentables, laissant les régions à faible densité de population ou à faible revenu sans couverture réseau. Enfin, les taxes imposées par les Etats ou les municipalités pèsent aussi dans les tarifs pratiqués.

Les utilisateurs font entendre leur grogne

Des actions de boycott sont régulièrement lancées sur les réseaux, comme le « Mardi noir » du 18 avril dernier où les ivoiriens étaient invités à rester en mode avion de onze heures à midi, ou l’appel lancé par Dokeraten au Mali ce 13 mai 2023. Ces mouvements semblent porter leur fruit, poussant les différents médias du continent à traiter ce sujet. L’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes) a même échangé le 14 avril dernier avec les directeurs des principaux opérateurs burkinabè.

Quelles perspectives pour la donnée mobile en Afrique subsaharienne ?

« Le soleil ne doit pas se coucher deux fois sur le même travail » Il reste beaucoup à faire pour améliorer l’accès à l’internet des africains :

A court terme, les opérateurs ont été sommés par l’ARCEP de mieux gérer les bonus utilisateurs et de revoir leur tarification.  Il faut espérer que des investissements seront consentis pour améliorer l’infrastructure du réseau et le rendre moins coûteux. Le développement de nouvelles fibres optiques, comme la dorsale transsaharienne devant relier le Tchad à l’Algérie, financée par l‘Union Européenne à hauteur de 29 millions d’euros, ou le raccordement de l’Est de la RDC – avec la participation de la banque européenne d’investissement à hauteur de 10 millions de dollars- devrait à terme désenclaver plusieurs pays du Continent. Enfin, l’arrivée sur le marché de nouvelles solutions de connexion par satellite, comme Starlink, offriront peut-être demain un accès internet aux populations éloignées des infrastructures classiques.

Siaka Sidibé

Twitter: @SidibSiaka17

Facebook: Siak’Actu

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