Ouagadougou a abrité le mardi 5 février 2019, le 5e sommet du G5-Sahel qui regroupe le Mali, la Mauritanie, le Tchad, le Niger et le Burkina Faso. Les chefs d’Etat, réunis dans la capitale burkinabè, ont discuté des moyens de dynamiser la force antiterroriste sous-régionale dont ils veulent faire un véritable outil de paix et de développement. A condition bien sûr de pouvoir résoudre l’équation du financement dont les inconnues ne se comptent plus.
« Le Burkina Faso qui était parmi les pays les plus paisibles au moment de la création du G5-Sahel, est aujourd’hui victime d’attaques de terroristes aux visées obscurantistes » ! Ces propos de l’ancien chef d’Etat burundais et représentant de l’Union africaine au Sahel, Pierre Buyoya, rappellent cruellement l’incapacité de cette organisation à atteindre son objectif principal : éradiquer le terrorisme pour stabiliser le Sahel !
Et les faits sont souvent têtus quand ils veulent nous embarrasser ou nous confondre. Ainsi, à la veille du 5e sommet du G5-Sahel à Ouagadougou, donc le lundi 4 février 2019 à l’aube, quatorze civils ont été tués dans le Nord, à Kain. Une localité située dans la province du Yatenga du Burkina Faso, à la frontière avec le Mali. « Une des plus graves attaques enregistrées dans le pays », selon des observateurs.
En riposte, l’armée a assuré avoir mené dans la même journée des raids terrestres et aériens dans trois provinces du Nord du Faso, tuant 146 jihadistes. Un bilan très élevé difficile à confirmer. Et même si cette réussite était réelle, il ne s’agirait que d’un coup d’éclair dans ce ciel assombri par le terrorisme dont la liste des victimes ne cesse de s’allonger. Et cela d’autant plus que, ces derniers mois, la menace est accentuée par les conflits communautaires au nord du Burkina et au centre du Mali.
Au Pays des hommes intègres, le bilan serait de 300 morts (civils ainsi que des éléments des Forces armées et de sécurité) depuis 2015. Au Mali, cette tragédie dure depuis janvier 2012 avec le massacre d’Aguelhok au début de la rébellion touareg dans le septentrion. Ce n’était en réalité que les signaux d’un cancer dont les métatarses ont contaminé tout le Sahel, car n’ayant pas été vite diagnostiqué.
Les pays du G5-Sahel parviendront-ils à enrayer les attaques qui secouent la bande sahélo-saharienne ? Rien n’est moins sûr d’autant plus que ces Etats n’ont pas les moyens de leur détermination à éradiquer le terrorisme. Ils sont impuissants à faire du faire du G5-Sahel cet « outil par excellence pour venir à bout du terrorisme et promouvoir le développement économique et social » au profit des Sahéliens. Les dirigeants des cinq pays membres (Burkina, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) sont ainsi réduits aux discours pour maintenir l’espoir.
Mardi 5 février 2019, comme lors des précédents sommes, les chefs d’Etat de l’organisation se sont contentés de réitérer leur appel au Conseil de sécurité de l’ONU à « examiner favorablement notre requête de placer la Force conjointe du G5-Sahel sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies ».
Placé sous le signe de « la vision articulée sécurité et développement », le sommet de Ouaga s’est penché sur le projet du budget 2019 de l’organisation et les avancées enregistrées dans l’opérationnalisation de la Force conjointe.
Et comme d’habitude des promesses qui ne demeurent réalistes que le temps de l’effet d’annonce. Ainsi, Pierre Buyoya a réitéré l’accompagnement de l’Union africaine sur le plan de la sécurité et du développement. Tout comme l’Union européenne, qui a décidé d’octroyer 100 millions d’euros à la force de la paix et 125 millions à la Pip.
Comment contourner l’hypocrisie des donateurs ?
Le représentant des Nations unies, Mohamed Ibn Chambas, s’est dit préoccupé de la montée en puissance des violences intercommunautaires entre agriculteurs et éleveurs. Il recommande à ce fléau comme solution le dialogue. Mais, il s’est gardé de faire des promesses d’appui.
En fin 2018, moins d’un quart des quelque 400 millions d’euros promis pour équiper la Force conjointe du G5-Sahel avaient été effectivement été déboursés. Et cela malgré les multiples rappels des pays donateurs à tenir « leurs engagements ».
Pour lutter contre les réseaux criminels qui se jouent des frontières dans la bande saharo-sahélienne, le G5-Sahel a réactivé en 2017 son projet de Force conjointe, initialement lancée en 2015 avec l’appui de la France. Mais, les 414 millions d’euros promis lors d’une conférence internationale en février 2018 afin d’équiper cette force de près de 5000 hommes qui manque cruellement de moyens n’arrivent qu’au compte-gouttes.
En conséquence, la FC/G5-Sahel n’a mené que six opérations depuis la fin 2017. Des actions qui n’ont pas donné lieu à des affrontements directs avec les groupes jihadistes comme cela avait été le cas de son quartier général (QG) de Sévaré en juin dernier. Ce qui a entraîné le transfert de QG à Bamako.
Comment une force qui « n’est pas équipée comme elle doit l’être » peut-elle être positionnée à l’avant-garde du combat contre des forces du mal dont certaines sont puissamment équipées et guidées par les mêmes donateurs pour défendre des intérêts inavouables ?
L’utopie, c’est de croire que la France est résolument engagée en faveur de l’opérationnalisation (dont elle veut juste bénéficier des dividendes financiers pour son économie en déclin) de la Force conjointe ou que le Conseil de sécurité va aisément accepter de la placer sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies pour bénéficier des facilités de financement.
Et cela d’autant plus que la montée en puissance de la FC/G5-Sahel sera synonyme de déclin de Barkhane et de la Minusma au Sahel, notamment au Mali où elles semblent être déployées sur la durée avec des objectifs totalement différents de leur mission officielle. C’est en tout cas le cas de la Force française Barkhane plus présente pour protéger les intérêts de la France que pour combattre le terrorisme.
Quant à la Minusma, dans sa conception actuelle, son inutilité n’est plus à démontrer. En quoi cette mission contribue-t-elle réellement à la stabilité du Mali ? Ce n’est pas en tout cas avec ses rapports tronqués pour justifier la nécessité de son maintien ! Et selon certaines indiscrétions, le Canada a vite compris cela et que c’est pourquoi il est décidé à ne pas prolonger la présence de son contingent (250 soldats au Mali depuis août 2018 et qui vont plier bagages avec leurs moyens logistiques en juillet 2019) au sein de cette mission qui joue à la prolongation et non à l’efficacité.
Comment alors résoudre l’équation de la mobilisation des ressources, condition sine qua non de l’efficacité de la Force conjointe, alors que les donateurs jouent à l’hypocrisie et que les pays concernés sont financièrement limités, car figurant parmi les plus pauvres du monde ?
La réflexion est ouverte !
Naby
Le Focus du 11 février 2019



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