Camp militaire Boubacar Sada Sy, le poste de gendarmerie de Nyamina, Koulikoro avait été touchée par des attaques terroristes. Quelques mois après, la ville reprend ses différentes activités habituelles. Mais, la psychose de la situation sécuritaire règne toujours dans la région.

« C’était la panique partout. Les premières semaines après l’attaque sur le camp de Koulikoro, un petit bruit pouvait semer la psychose au marché« , se souvient Issouf Coulibaly.

Quatre mois après l’attaque terroriste contre le camp militaire Boubacar Sada Sy de Koulikoro, le commerçant apprend à vivre avec cette peur. « Nous avons oublié« , rassure-il, détendu. Il est plutôt intéressé à parler des préparatifs de la prochaine foire hebdomadaire de Sirakorola, prévue dans deux jours. Le commerçant installé à Koulikoro, depuis vingt ans, y assiste. Il compte amener ses sacs de farines cette semaine.

En attendant ce jour, pas de temps à perdre pour Issouf. Il descend rapidement en ville récupérer ses dettes auprès de quelques clients. Avec la recette du jour, il rachète d’autres marchandises pour les revendre à Koulikoro.

Comme Issouf, dans la Commune urbaine du Méguettan, la vie reprend son cours normal pour beaucoup d’autres commençants. Cette reprise est aussi visible dans plusieurs points de rassemblement de la ville. Les restaurants et la gare routière sont tous ouverts.  Même constat dans les écoles, les services décentralisés de l’Etat et les banques.

Cependant, les dispositifs sécuritaires sont toujours renforcés devant le camp militaire de la ville et ses alentours qui avaient été attaqués.  Aujourd’hui, les passages devant le camp pour rejoindre la ville sont sans contrôle, mais l’accès au campement est soumis à une fouille minutieuse.

Oumar Singaré emprunte tous les jours ce chemin pour rejoindre son groupe d’amis à Koulikoro-Gare. Tous retraités, ils se retrouvent toute la matinée devant une boutique de vente de ciment.

« Il n’y a pas de psychose…Non ! Nous avons peur »

10 h passées. Le grin n’a pas encore atteint son quorum habituel, mais Oumar ouvre le sujet du jour : la question sécuritaire dans la ville. Les souvenirs de l’attaque terroriste sur le camp militaire occupent la lune. 

« Nous avons tous senti. Les détonations de la bombe nous a fait tous réveillé cette nuit-là« , raconte le sexagénaire. Aussitôt, une autre voie se joint à la conversation. « Les premières semaines après l’attaque ont été les plus difficiles. On avait tous peur, mais les gens sont passés à d’autres choses. Il n’y a plus de psychose« , dit-il. « Non ! « , interrompe Oumar. D’un ton amical, il riposte « évidement que nous avons peur« . Les deux amis poursuivent leur débat sans faire attention à cette petite prise de position. Moins bavard que les autres, Karamogo Diarra, est assis à côté. Il suit la discussion sans intervenir. Pour montrer son intérêt au sujet abordé, le sexagénaire hoche la tête.

Les mesures sécuritaires mises en place par les forces de l’ordre le rassurent. « Après l’attaque, pendant plusieurs jours, les policiers et les gendarmes faisaient des patrouilles dans la ville. A Koulikoro Ba, là où j’habite, on les voyait à toute heure de la nuit. On se sentait vraiment en sécurité« , apprécie-t-il. Par ailleurs, pour notre interlocuteur, la solution ultime reste la vigilance de tous « parce qu’il se pourrait qu’une autre attaque survienne. Qui sait ? « , se demande-t-il. Et de répondre : « la population, quant à elle, est avertie. Nous sommes prêts à dénoncer« . Au grin, ils sont tous d’accord : «  tout passe par la sécurité« . Une pause de thé a suspendu le débat.

L’alerte maintenue

Après l’attaque du 24 février 2019 contre le camp militaire Boubacar Sada Sy, qui a fait des blessés et un civil tué, une autre s’est enchainée trois mois après. Des hommes armés ont brûlé, dans la nuit, la gendarmerie de Nyamina et vandalisé la sous-préfecture. Cette dernière attaque terroriste n’a pas enregistré de pertes en vie humaine, mais l’incendie a endommagé le bâtiment.

Bien qu’il n’y ait plus de « véritables«  psychose dans la ville suite à ces évènements, la situation sécuritaire dans la région préoccupe toujours certains.

« Dans la ville de Koulikoro, il n’y a pas de problème particulier, mais Banamba et Nara sont toujours sous alerte djhadistes. Plusieurs écoles sont fermées à Banamba, Toubacoro, Sebété et plusieurs autres localités. A Nara, c’est la même chose« , s’inquiète M. D. Pour lui, cette situation affecte aussi les activités socioéconomiques dans ces zones. « On nous conseille même de retourner avant 15 h au risque de ne pas être attaqué au retour ». Selon une autre source, le pire est que : « les djihadistes commencent à venir s’approvisionner à leurs marchés«  avec comme conséquence « certaines zones de Banamba commencent à considérer que ces hommes ont des comptes avec l’Etat et les porteurs mais pas avec les civiles« .

Aider l’Etat

Le président du Conseil régional de la jeunesse de Koulikoro, Brahima Diarra.

Le Conseil régional de la jeunesse de Koulikoro n’est pas indifférent face à cette situation. A travers les conseils communaux, il a pu mettre en place des comités locaux de veille citoyenne dans chaque commune. Ceux-ci sont chargés de remonter l’information en temps réel aux autorités. La mise en place de ces comités se justifie, selon le président du Conseil régional de la jeunesse de Koulikoro, Brahima Diarra. « La jeunesse est la cible parfaite de ces groupes terroristes en cas d’enroulement. Nous ne pouvons pas prendre les armes, mais à travers notre vigilance, nous pouvons aider l’armée et l’Etat à surmonter certaines difficultés et à faire face à la situation actuelle. A Banamba, les gens avaient déjà commencé les activités. A Nara, il y avait un comité de veille au niveau local, mais ce n’était pas au niveau des communes. Aujourd’hui, nous avons étendu l’initiative dans les autres cercles« , dit-il. Et d’expliquer que les comités de veille sont élargis à tout le monde et ils travaillent avec les autorités locales sur place et le bureau du conseil au niveau régional.

Quelles sont les dispositifs mis en place pour protéger les membres de ses comités de veille ?   « Le travail se fait dans l’anonymat« , répond Brahima Diarra. « Ils ne sont pas des militaires et ils n’ont pas besoin de s’afficher.  Réellement à Koulikoro, Banamba et aussi à Nara on ne sait pas qui est membre du comité de veille« , insiste-t-il.

A Koulikoro, d’autres groupements se préparent pour appuyer l’initiative du Conseil régional.  Une volonté saluée par les autorités régionales.

Kadiatou Mouyi Doumbia

(Envoyée spéciale à Koulikoro)

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