A l’heure de l’application de la phase décisive du calendrier de l’accord de paix et de réconciliation issu du Processus d’Alger, conclu entre le gouvernement et les groupes armés du Nord du Mali, le 15 mai et le 20 juin 2015, nous souhaitons attirer l’attention des Maliens et de la communauté internationale sur les risques et les possibilités du moment.

Le DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion), qui s’applique avec merveille, ne met pas un terme à la crise malienne, mais elle offre une opportunité pour refonder le vivre-ensemble et les modes d’association politique entre tous les Maliens.

Ce DDR, acquis difficilement après plus de trois ans de tergiversation, représente, comme tous les compromis, un certain point d’équilibre entre des percées positives vers un meilleur agencement du pouvoir au sein de la société malienne.

Les textes (accords de paix, Constitution réformée, lois, décrets) ne sont jamais que des points d’appui pour les évolutions politiques et sociales. Ils peuvent susciter de nouvelles dynamiques, qui se sentent à l’heure actuelle, comme ils peuvent rester lettre morte.

Il est dès lors indispensable que les annonces de changement se concrétisent au plus vite pour les Maliens. Rien ne serait plus grave que de retomber dans les arrière-pensées, les lenteurs et les promesses non tenues qui ont marqué l’application et le suivi des accords antérieurs (accords de Tamanrasset en 1991, pacte national en 1992, accord d’Alger en 2006).

La contribution de la communauté internationale

La communauté internationale a déjà largement contribué à rendre possible cet accord. Toutefois, aucune solution durable n’est possible sans une réelle refondation de l’Etat et sans que l’initiative soit rendue aux populations.

Durant les années qui ont précédé la crise, les dirigeants du Mali et leurs partenaires ont été complices pour présenter au monde le visage trompeur d’un pays en paix et d’un modèle de démocratie. Ils ont ainsi masqué la montée des périls et le dévoiement d’une décentralisation, présentée comme la solution aux problèmes du pays.

Or, les germes d’une nouvelle crise au Mali sont toujours présents. Cependant, avec la normalisation à Bamako et l’application de l’accord, les causes du délitement de l’Etat, maintes fois décriées par les Maliens, ne se perpétuent plus, du sud à la partie septentrionale du pays.

Toutefois, la corruption, l’affairisme autour des trafics et du détournement des ressources organisés aux niveaux local et national persistent à dominer la vie publique.

Pour autant, l’expérience démocratique malienne, inaugurée avec la Conférence nationale souveraine de 1991, doit être revalorisée pour que faire que la politique ne soit plus un moyen de s’enrichir et de s’assurer l’impunité.

La corruption agit en profondeur. Elle détruit le lien social jusqu’au sein des familles et colonise les imaginaires. Elle décourage l’exercice de la justice, dissuade les initiatives citoyennes et compromet les possibilités d’une paix durable.

Pour que les efforts consentis par les Maliens et la communauté internationale, pour sortir de cette crise, ne soient pas vains, il est indispensable que les responsables maliens et mettent fin à la mauvaise gestion des ressources publiques en aidant le pays à se passer de l’aide étrangère.

Les parties signataires, assistées par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et l’opération « Barkhane » se doivent de sécuriser les déplacements des populations à travers le contrôle des axes routiers et la maîtrise des armes, notamment. Mais, les populations ont également ont un rôle essentiel à jouer dans ce retour à une vie paisible, par la conduite de leurs activités habituelles, par leur connaissance des réalités locales, par la circulation de l’information qu’elles favorisent, par leur fréquentation des marchés, des écoles et des centres de santé, elles contribuent à la sécurité de leur espace de vie.

La poursuite du retour des réfugiés et des déplacés constituera à cet égard une étape cruciale vers la paix.

Des mesures d’urgence et de confiance doivent être, actuellement, mis en place pour, entre autres, la réouverture de toutes les écoles du Nord et du Centre du pays. Il en est de même pour les centres de santé, les marchés, etc. Ce sont autant de premiers signaux à même d’encourager leur retour volontaire.

K. I. L.

Le Focus du 18 février 2019

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