Depuis deux mois, les prix des denrées de première nécessité ont pris l’assesseur. Le pain, l’huile alimentaire, le sucre ou encore la viande sont devenus des denrées précieuses, très précieuses même. Cette situation est jugée incompréhensible, voire inacceptable, par les consommateurs maliens à faibles revenus. Elle suscite donc colère et indignation. Face à cette situation, le Gouvernement de la Transition, à travers son ministre de l’Industrie et du commerce, a annoncé des mesures compensatoires pour faire chuter les prix.

Le mercredi, 17 mars 2021, lors d’une rencontre avec le directeur national du commerce, de la concurrence et de la Consommation, les commerçants grossistes et détaillants ont tenu des discours rassurants sur la baisse et la maitrise des prix des denrées. Mais ces déclarations suffiront-elles à faire baisser les prix et cela dans un bref délai ? 

En tout cas, sur le terrain, le constat est sans appel. La miche de pain, qui était vendue à 250 FCFA, est maintenant vendue à 300 FCFA, voire à 350 FCFA. Au même moment, le litre d’huile est passé de 900 à 1000 F CFA (voire 1.100 FCFA par endroit). Quant au Kilogramme de viande précédemment cédé à 2.250 FCFA, est vendu à 2.500 FCFA à la ménagère.  

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Face à cette situation, la colère des consommateurs ne s’est pas fait attendre. Pour manifester cette colère et aussi attirer l’attention des autorités, le Front populaire contre la vie chère (FPCVR) a organisé le samedi, 27 février 2021, un sit-in devant le marché de Kalaban-Coura. Ce sit-in sera suivi d’une conférence de presse organisée pour dénoncer la situation. «L’objectif général de ce mouvement est de constituer un groupe de pression destiné à faire baisser les prix des denrées de première nécessité ou de les maintenir à un niveau supportable, de maintenir les populations en alerte afin de leur permettre de réagir aux augmentations inopportunes, de veiller au maintien des prix aux consommateurs dans des fourchettes abordables et consensuelles et cela d’ici le début du mois de Ramadan », avait déclaré  Mahamadou Touré,  porte-parole du FPCVC, jeudi, 4 mars 2021, à la Bourse du Travail lors d’une conférence de presse.

Et d’ajouter : « Notre cri de cœur est d’alerter les autorités nationales par rapport à cette flambée des prix. Notre objectif, c’est juste de mener des actions, mettre en place tous les voies et moyens possibles pour que les prix puissent baisser le plutôt possible surtout en cette veille du mois de Ramadan. Mieux, que les prix restent stables », a déclaré M. Touré. « Nous (consommateurs), sommes indignés face à cette flambée des denrées et l’inaction des autorités et associations des consommateurs. Après nos investigations auprès des acteurs, nous n’avons constaté aucun effet sur les marchés. C’est suite à cela que nous nous sommes unis au sein d’un front qui n’est contre personne, qui est juste pour abréger la souffrance de la population malienne », renchérit Mariam Koné, présidente du FPCVC, par la même occasion.

Lors de cette conférence de presse, le FPCVC avait annoncé l’organisation des marches simultanées, de Kayes à Kidal, avant le mois de Ramadan.

La promesse gouvernementale traîne. 

Pour faire face à la situation, le gouvernement de la Transition, à travers son porte-parole, Mohamed Salia Touré, et le ministre de l’Industrie et du Commerce, Arouna Niang, avait annoncé avoir pris certaines mesures compensatoires afin de soulager les populations. 

Ces mesures, qui concernent principalement le riz, le blé, la farine et d’autres produits alimentaires, consistent pour le gouvernement de revoir son système de fiscalité en abandonnant la TVA. 

En plus d’avoir supprimé la TVA sur la farine, le porte-parole du gouvernement, Mohamed Salia Touré, a indiqué que le gouvernement a engagé des discussions avec les responsables de boulangeries en vue de ramener le prix de la miche de pain à 250 F CFA sur toute l’étendue du territoire. « Certains sont d’accord, mais les discussions continuent toujours avec d’autres pour un prix harmonieux », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne le riz, une baisse de la base taxable de 50 % sera appliquée selon les conférenciers du jour. Celle-ci touchera, selon Arouna Niang, 250000 tonnes de riz importées. 

Expliquant que la cause de la flambée du prix de la viande est interne avec la baisse de la production du coton engendrant une très faible quantité d’aliments bétails sur le marché, le ministre a fait savoir que la TVA sera également suspendue sur les matières premières importées. De plus, a-t-il ajouté, le gouvernement procèdera à la distribution de 33.000 tonnes d’aliments-bétails aux éleveurs afin que l’impact positif de ces mesures puisse être ressenti sur le prix de la viande. 

Mais, voilà, plus d’une semaine après, cette promesse gouvernementale tardait à se concrétiser. Une lueur d’espoir est apparue quand-même le mercredi, 17 mars 2021, lors d’une rencontre du directeur général du Commerce de la Concurrence et de la Consommation, Boucadari Doumbia, avec les importateurs et les représentants des commerçants détaillants ; les représentants de la chaîne de distribution ont en effet tenu des propos rassurants.

« À l’approche du mois de Ramadan, les Maliens ont raison de s’inquiéter pour les prix des produits alimentaires. Après cette rencontre, nous annonçons que les prix ne vont pas augmenter cette année. Avec toutes ces difficultés liées à la Covid- 19, nous allons tout faire pour maintenir les prix à un niveau supportable par les populations parce que les Maliens ont assez souffert des conséquences de cette pandémie. Conformément à notre convention avec l’État, le sac du sucre sera vendu à 22.500 FCFA, le riz de brisure est à 300.000 FCFA la tonne. Le stock est largement suffisant pour couvrir les besoins du mois de Ramadan », déclara Mama Niangadou, porte-parole du Groupement des importateurs. 

Le président de la Coordination des associations et Groupements des commerçants détaillants du Mali, Harber Maïga d’emboiter le pas : « Nous sommes très heureux d’avoir été associés à cette rencontre. La déclaration des grossistes nous rassure. Nous sommes le dernier maillon de la chaîne de distribution. Ce sont les détaillants qui sont en contact direct avec les consommateurs. Si les grossistes qui sont nos fournisseurs rassurent la population, nous ne pouvons qu’en être très heureux. De notre côté, nous allons appliquer à la lettre ce qui a été convenu. Nous lançons un appel à tous les détaillants pour le respect strict des prix fixés après cette rencontre, c’est-à-dire le kilo du sucre à 500 FCFA, le kilo du riz de brisure importé à 350 FCFA, le litre de l’huile locale à 650 FCFA », a-t-il précisé.

Sur place, les représentants des commerçants ont signalé que l’application de ces mesures doit prendre effet dans l’immédiat. C’est-à-dire juste après leur rencontre. Mais cette déclaration suffira-t-elle à faire chuter les prix sur le marché ? Difficile d’être affirmatif. Quand on sait que les grands absents de cette rencontre étaient les boulangers. Or, tout le monde connaît le rôle du pain dans l’alimentation des Maliens. On peut dire que rien de concret n’est encore conclu avec les ‘’pétrisseurs’’. Alors, s’il est vrai que cette rencontre est une lueur d’espoir, les consommateurs, en ce qui les concerne, doivent encore d’attendre.

A suivre…  

Fabrice Abdoul

La Plume Libre du 22 Mars 2021

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