La problématique de la justice transitionnelle semble être, au Mali, « un débat d’hommes ». Comment y inclure le sexe et mieux impliquer les femmes ?

L’Onu définit la justice transitionnelle comme « l’éventail complet des divers processus et mécanismes mis en œuvre par une société pour tenter de faire face à des exactions massives commises dans le passé, en vue d’établir les responsabilités, de rendre la justice et de permettre la réconciliation ».

Au Mali, avec les multiples crises, la volonté de réconciliation, la question est au centre de toutes les problématiques. Mme Samaké Oumou Niaré, magistrate, précise qu’il y a manque de femmes dans les secteurs de la justice. 11% seulement des magistrats sont de sexe féminin. Sur 300 avocats, il n’y a que 23 femmes. Au niveau de tous les secteurs de la justice, il n’y a pas assez de femmes.

« Sur 535 magistrats sur tout le territoire malien, nous ne sommes que 58 femmes. Seul le notariat affiche un meilleur score, car, sur 44 notaires au Mali, il y a 23 femmes », affirme Mme Samaké.

Pour elle, le fait que les femmes ne soient pas nombreuses dans le processus de distribution de la justice est un handicap dans l’application de la justice transitionnelle, et la sauvegarde des intérêts des femmes à ce niveau, selon notre interlocutrice.

« Il n’y a rien de mieux qu’une femme pour expliquer le droit à une autre femme. Donc la place et le rôle des femmes au sein de la justice transitionnelle est prépondérante », confie Mme Samaké Samaké Oumou Niaré, magistrate, actuellement présidente du tribunal de grande instance de la commune II.

Pour ce qui concerne la justice transitionnelle, « les femmes ont plus de rôles à jouer que les hommes. Ce sont les femmes qui sont les premières victimes de violences lors des conflits armés, elles sont les premières victimes et se sont-elles qui souffrent le plus. Donc lorsqu’il s’agit de ceux qui subissent justement ces conflits lors des violences, elles sont beaucoup plus nombreuses. Elles doivent être d’autant plus nombreuses lorsqu’il s’agit de prendre des décisions pour leur bien-être. », ajoute le point focal genre du ministère de la justice, madame Dansoko, Kontine Marie Therèse.

Pour elle, le rôle des femmes doit être prédominant par rapport au rôle des hommes, car statistiquement parlant elles sont plus victimes justement lors des conflits armés. Cependant, pour elle, « il faudrait que les femmes s’engagent davantage dans ce processus. Souvent on se dit qu’on a des acquis mais ces acquis on peut les perdre à tout moment. Certes les femmes sont beaucoup plus nombreuses parmi les victimes. Mais parmi ces victimes aussi il faudra qu’il y ait des femmes qui puissent porter leurs voix et souvent on se rend compte que ces victimes ne sont pas valablement représentées par d’autre femmes. Donc, il faudrait qu’on puisse faire la part des choses », ajoute Marie Thérèse Dansoko.

« Il a été prouvé, pense Mme Samaké qu’une fois que les femmes ont plus de places dans le processus, on remarque marche bien ». Pour elle, en matière de justice transitionnelle, « il y’a d’abord les besoins de la femme malienne : l’accès à la justice, comment, quels sont les droits que la malienne a en tant que telle pour pouvoir accéder à la justice ».

Aminata Agaly Yattara

Cet article a été publié avec le soutien de JDH Journalistes pour les Droits Humains et NED

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