Depuis les débuts de la démocratie au Mali vers 1991-1992, pour des raisons dont ils sont seuls à assumer les conséquences, beaucoup de gens du peuple confondent de plus en plus démocratie, pagaille et désordre. Et il ne s’agit pas ici des petits fanatiques du MNLA qui périodiquement piétinent le drapeau du Mali ou font des grimaces de singe quand l’hymne national est solennellement entonné mais bien de citoyens ordinaires du sud qui au nom d’un populisme religieux mal défini, se montrent ainsi en spectacle pour jouer des rôles indignes d’eux.

Les libertés fondamentales octroyées en février 1992 après 23 ans de dictature militaire, offrent l’occasion aux uns et aux autres d’organiser des grèves perlées ou intempestives même quand il ne le faut pas, d’ériger des barricades sur les routes souvent pour des futilités et de créer des radios privées pour seulement montrer qu’ils ont les moyens et de faire dire par des animateurs zélés toutes sortes de sornettes.

Les outrages aux autorités étaient a minima sous les mandats d’Alpha Oumar Konaré et Amadou T. Touré sauf que sous ce dernier un animateur de radio fut attrapé et sérieusement corrigé par suite d’injures graves au chef de l’Etat et à son épouse.

Rappelons aussi que sous l’US-RDA (1960-1968) et sous Moussa Traoré (1968-1991), l’éthique politique ne souffrait d’aucune égratignure et il ne serait venu à l’esprit d’aucun citoyen de s’en prendre, sous quelque prétexte que ce fût, au personnage du chef de l’Etat ou à l’un de ses ministres. La fonction de chef de l’Etat n’était pas alors désacralisée comme elle l’est aujourd’hui.

Dans l’histoire contemporaine du Mali, il y eut certes des assassinats de rois et d’empereurs tout comme il y eut des souverains destitués ou ayant pris la fuite par suite de guerres perdues mais la fonction de chef de l’Etat fut toujours respectée. Cette situation prévalut jusqu’en 2013 où le chef d’Etat intérimaire fut tabassé et laissé pour mort par une foule droguée montée par des politiciens de bas étage. Blessé à la tête, il dut aller se faire soigner pendant six mois dans un hôpital de Paris. Guéri, soit par peur, soit par souci de réconciliation nationale, il déclara accorder le pardon à ses agresseurs.

La spirale commença de cette manière avec le laxisme intolérable de l’Etat pour qui la raison d’Etat ne signifiait presque plus rien. Un prêcheur, fils de mendiant à Dravéla fit sortir en 2018 une cassette qui ne circula pas sous le manteau mais bien sur le boulevard avec force injures au chef de l’Etat. Gardé à vue un instant, il fut rapidement élargi pour des raisons obscures. Sa dernière sortie, il y a peu avec la même manière, et prêchant l’instauration au Mali de la charia version katiba du Macina, donne l’occasion aux autorités de le neutraliser pour de bon au moins pour éviter l’effet de contagion. Tout autre contre-feu, de quelque côté que ça vienne, ressemblerait à un bal de guignols dans lequel le peuple du Mali ne se reconnaitrait pas.

Facoh Donki Diarra,

(écrivain, Konibabougou)

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