Le mardi dernier, l’ambassadeur de France au Mali a élevé notre confrère, Serge Daniel, à la dignité de Chevalier des Arts et Lettres de France. A cette occasion, le récipiendaire a fait un discours que nous vous proposons.

Rien n’aurait été possible sans le Mali… Il y a un quart de siècle que je « traîne ici mes guêtres», comme dirait le Grand Meaulnes, défiant feu Seydou Badian Kouyaté qui énonçait : « Le morceau de bois peut passer un siècle dans un marigot, il ne deviendra jamais caïman. »

Oui, « morceau de bois », un peu comme un radeau, j’ai parcouru toutes les contrées qui tutoient le fleuve Niger sur le territoire malien. Je dis bien toutes les contrées. Le ciel mouillé de Sikasso ? De Kayes ? De Gao ? Et d’autres localités ? Je connais un peu. C’est ce qui est en partie récompensé par la ministre française de la Culture Mme Roselyne Bachelot-Narquin. Merci Pour ces insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres…. S’adapter… Voyager… Partir… Raconter… Informer…

Je suis ému ! J’ai une pensée pour un aîné, ami, feu Adam Thiam qui a eu, il y a quelques années les mêmes insignes…

Pour moi, j’insiste, rien n’aurait été possible sans le Mali… Hamada Ag Bibi est parmi nous. À l’époque, Il avait une agence de voyages prospère. Un jour, gratuitement, par amitié, il m’a conduit de Bamako en Algérie, par la route. Plusieurs milliers de kilomètres parcourus. Plusieurs centaines de localités traversées. J’ai découvert l’un des visages magnifiques du Mali. Je voudrais remercier ici publiquement Hamada Ag Bibi, même si, aujourd’hui, il a de nouveaux amis. La rupture est une forme de liberté.

Liberté, le mot est lâché. Je le dis modestement, je suis auteur de quatre livres, mais je ne suis pas écrivain… Tous sont le fruit de mes voyages, donc il y a un peu de liberté dans chacun.

Mais rien n’aurait été possible, non plus, sans la France… Très jeune, je me suis plongé dans les livres. Lire me calme. Sartre, Camus, Drieu la Rochelle, Charles Péguy. J’aime cet univers ! Il y a évidemment aussi le grand Victor Hugo ! Chaque fois que je retourne à Mbengué, comme disent les Ivoiriens, à Paris donc, je me rends dans la maison de Victor Hugo sise à la place des Vosges. Il y a demeuré de 1832 à 1848. C’est désormais un musée. On peut y voir son lit, tout petit. Son pupitre, sur lequel il écrivait debout… La robe de sa fille Léopoldine… Tout y est.

D’un homme à un autre, je veux parler de l’Ambassadeur de France au Mali. Joël…. Oui, je vous ai connu… Je t’ai connu, il y a plus d’une quinzaine d’années ici au Mali. Comme dirait l’autre, tu es revenu comme Ambassadeur…. Tu as raison, comme le dirait l’autre, « le criminel revient toujours sur les lieux du crime ». Non ! Ce n’est pas un crime. Un devoir… Merci.

Comme des milliers de Maliens, je suis aussi du pays de Montaigne. Et j’en suis fier.

Enfin, rien n’aurait été possible sans le Bénin. Je viens de là. Mon enfance… Mes amitiés, au sens Exupérien du terme, si je puis me permettre ce terme… Je me considère un peu comme une laminaire. Cette algue vertigineuse qui s’étend très loin, en longs filaments, mais qui ne se coupe jamais de son lieu d’origine.

Je pense à feu mon père, Jonas, son amour pour les livres et les écrivains. À ma mère, Colette, octogénaire. Je pense à une autre octogénaire. Christine, mon institutrice et plus ! Je pense à ma famille…

En réalité, rien n’aurait été possible sans un grand nombre de personnes.

Mes employeurs : l’AFP et RFI, pour qui je travaille depuis 30 ans en Afrique.

Et surtout, rien n’aurait été possible sans vous tous, ici présents.

Priorité… Honneur aux personnes venues de l’extérieur… Merci du fond de mon cœur à Iselmou, l’ami de Nouakchott, et Jean Luc Aplogan, correspondant de RFI à Cotonou, et surtout mon mentor.

Il me faut terminer … Toujours par des remerciements, et une surprise…

Merci du fond du cœur à tous mes confrères et consœurs qui sont présents, en ce jour.

Merci à mon amie Yaye, même si ça fait un jaloux ! Merci à Geneviève, même si ça fait un autre jaloux. Merci à Amadou Sow, à Bally, à Diombélé, à Thierry, à Abdoulah Coulibaly et surtout à son épouse, à Solo. Merci à toutes et à tous.

Merci aussi à Mlle Awa Diakité de la compagnie Air France, pas pour ses billets gratuits, mais pour son amitié. Pardon, c’est madame… Et pour longtemps encore.

Enfin, la surprise : je souhaite vous présenter ma « fille », Nafissa Chouaïdou Traoré. Elle est journaliste, et surtout, célibataire et sans enfants… !

Serge Daniel

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