20 morts, 652 déplacés internes, voilà le bilan d’une attaque perpétrée par des groupes armés dans ces différentes localités du cercle de Tominian, en juin 2022. Du 6 septembre à aujourd’hui, les 2 069 âmes de la localité ne dorment que d’un œil. Sans l’esprit tranquille, sans abri, sans leurs familles, sans leurs bétails, ces populations éprouvées viennent de Farako, Mamadaga, Gourodaga, Madiankuly, Diora …

C’est à la mairie de la commune de Timissa que les déplacés ont été accueillis, enregistrés et répartis entre les villages. Le deuxième adjoint au maire de Timissa, M. Abdou Djibo indique qu’à ce jour, il y a plus de 2069 personnes déplacées enregistrées dans sa commune.

« Ces déplacés viennent de la ville de Timery, Sokoura, Segue, Lagaledaga, et environs. Aujourd’hui ils sont face à des difficultés de logements. A leur arrivée, nous les avions installés dans les salles de classes des élèves. A la rentrée scolaire, on leur a demandé de quitter ces établissements. J’ai écrit alors à beaucoup d’organisations non gouvernementales (ONG) telles que Kad-Mali, afin de nous aider à avoir des stands pour héberger ces déplacés et jusqu’à présent ce problème n’est pas résolu.

Chacun d’entre eux se débrouille pour trouver un endroit où loger. Certains sont sous les hangars et les arbres. En termes d’alimentation c’est la même chose. A leur arrivée, la majorité a bénéficié de la solidarité des villageois. Il y a encore ceux qui sont en manque d’alimentation. En termes d’éducation, une ONG a aidé à faire recruter les enfants à l’école.

« La plupart des villages de ces déplacés ont été incendiés et d’autres pillés. Certains se sont déplacés par peur des menaces et attaques des hameaux environnants », explique le maire adjoint. Pour lui, même si certains ont pu cultiver, les paysans, dans leur majorité, n’ont pas recolté.

« Maintenant, certains retournent récolter la peur au ventre. Chez nous à Timissa, nous avons un camp de la gendarmerie. Mais nous souhaitons qu’ils fassent des patrouilles. Quand ils restent immobiles sans patrouille, cela encourage les ennemis à débarquer à tout moment » explique Abdou Djibo, 2ème adjoint du maire de la commune de Timissa. Le maire de Diora s’est déplacé également à Tominian à cause des menaces. Ses seules sources d’informations sur ses administrés sont désormais les comptes rendus de ses collègues des villages environnant.

Que s’est-il réellement passé ?

Mercredi 22 juin 2022. Le censeur d’un lycée public de la commune de Madiankuy, Patrick Diarra reçoit sur son téléphone. « Un numéro inconnu m’a appelé, qui me demanda de me convertir avant le “Jour-j”. Il a commencé à me raconter des sourates de Coran. Moi j’ignore ce qu’il voulait dire par “Jour-j”» a dit Patrick Diarra.

Il nous a avoué que cet appel lui a fait énormément peur car vivant dans une zone d’insécurité et être mis en garde soudainement avant un fameux “Jour-j” a suscité chez lui des interrogations.

La constitution nationale précise que le Mali est un pays laïc qui prévoit et protège la liberté de religion. Le code pénal réprime tout acte de discrimination fondée sur la religion ou entravant la liberté de pratique religieuse ou de culte d’une peine de 5 ans d’emprisonnement ou 10 ans de bannissement.

« Nous ne sommes pas en sécurité car notre établissement est situé dans un espace éloigné en pleine brousse et dans notre localité, il n’y a plus des forces de l’ordre ni d’agents de sécurité », explique notre interlocuteur en exhortant les uns et les autres à la vigilance. Il invite chacun à garder le moral car à son avis seul le courage peut combattre l’ennemi. « Nous avons décidé dès lors d’observer un arrêt de travail de quelques jours pour mieux appréhender la situation » explique-t-il.

Le même jour vers 17 heures 30 minutes, un groupe de terroristes débarquait à motos dans le village de Farako, à 18 km de Timissa et ses hameaux Mamadaga et Gourodaga. Ils ont attaqué les dites localités en ôtant des vies et emportant des bœufs, chevaux et charrettes. 

« Ils se sont attaqué à Mamadaga en premier lieu en tuant 4 personnes et en emportant plus de 100 bœufs. A Gourodaga, on a dénombré 3 morts, 13 à Farako, 11 chevaux, 63 bœufs et 8 charrettes emportés » nous a relaté M. Cissé.

Toujours selon M. Cissé, au lendemain de cette attaque au 30 juin 2022, la mairie de la commune de Timissa avait enregistré 652 déplacés internes dont la répartition entre les villages d’accueils se poursuivent. Farako a accueillis 209 déplacés, 206 pour Timissa, 170 pour Doundéga et 67 pour Yirodaga.

Devant ces massacres terrifiants, ces populations plaident pour l’assistance et la protection en interpellant le gouvernement à garantir le retour des forces de l’ordre dans leurs localités et renforcer la capacité de ces agents de sécurité afin qu’ils partent sur le terrain.

Fatoumata Kané

Cet article est publié dans le cadre d’une enquête avec la Fondation Tuwindi

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