De jeunes Maliens du quartier de Daoudabougou, l’un des plus peuplés de la Commune V, se rassemblent ce 17 juillet autour du thé. Assis sur quatre chaises, face à la rue, plusieurs disent se désintéresser de la présidentielle de ce dimanche. Ils dénoncent un débat politique paralysé par l’argent.

 

Une bonne partie des jeunes qui s’étaient mobilisés en 2013 pour l’élection d’Ibrahim Boubacar Kéita sont déçus par les promesses non tenues par le président. Certains anciens pro-IBK militants se sentent abandonnés par ses représentants politiques de l’époque actuellement au pouvoir, analyse Daouda Touré, le chef de grin.

Diplômé en socio-anthropologie, le jeune homme de 27 ans reconnait pourtant faire encore plus confiance au président sortant qu’à ses challengers. « Beaucoup de choses n’ont pas fonctionné avec lui surtout sa communication. Pour le reste, je pense que c’est le contexte géopolitique qui a un peu écorché son mandat, sinon il a fait ce qu’il pouvait », se défend-il.

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Beaucoup de membres du petit « grin » ont déjà récupéré leurs cartes d’électeurs, mais ils ne comptent pas voter. « Le président fait sa publicité, ses challengers aussi. Mais où étaient ces gens quand le pays sombrait. Ce n’est pas décent de se pointer à nos portes aujourd’hui pour nous parler de politique, de vision alors que durant toutes ces années, on ne vous voyait pas du tout », fulmine Daouda.

Pour lui, « l’organisation de meetings et sa participation à ces rencontres » est une « perte de temps » et d’argent alors « qu’il y a trop de choses à faire ». Il votera IBK dimanche prochain pour lui donner la chance de réaliser « les choses qu’il n’a pas pu faire ». Il cite en particulier la création d’emplois pour les jeunes, de centres hospitaliers et universitaires, etc. « Il doit faire cela pour nous les pauvres », dit-il. Et de se plaindre de l’insécurité partout au Mali.

Au sujet de ses amis favorables à l’opposition, il déclare : « Quand Soumaïla se déclare candidat de l’alternance, je suis désolé. Beaucoup de mes amis membres de son parti depuis longtemps l’ont laissé à cause de ses accointances avec Ras Bath qui l’avait toujours insulté. Et ils n’iront pas voter ».

Ladji Coulibaly, membre du grin, le stoppe alors tout net. « Non, je ne suis pas d’accord avec toi David (Ndlr : surnom de Daouda). Pour moi, ni Soumaïla, ni IBK n’est la solution pour le Mali ». Réticent quand il s’agit de dévoiler le nom de son candidat, le jeune Coulibaly, ferrailleur et migrant revenu au pays, estime que les Maliens devraient s’inspirer de l’exemple français.

« Nous devons choisir un jeune. Il faut du sang neuf. Un jeune qu’on peut insulter quand il ne fait pas bien. Un jeune qui sait que s’il se comporte mal, il aura au moins 30 ans à vivre dans la honte comme c’est le cas de Moussa Traoré. GMT a martyrisé le peuple. Il a été enlevé par un coup d’Etat et il a vécu environ 30 ans tout en essuyant les humiliations et les insultes de ses fils et petits-fils. Cela n’est qu’un premier châtiment, le reste c’est dans l’Au-delà. Je pense qu’on devrait donner cela comme message d’exemple aux jeunes », suggère-t-il, précisant qu’il ira voter pour son candidat.

Un système qui exclut la jeunesse

Excepté Daouda et Ladji, tous les autres membres du grin comptent s’abstenir. Sadio, copine de Daouda, et son amie, Maïmouna, n’ont même pas encore retiré leurs cartes. « Pour moi, c’est de la poudre aux yeux tout ça. En 2013, je n’avais pas encore l’âge de voter, mais cette année j’ai 20 ans, cependant je n’irais pas voter. J’ai vu comment IBK a déçu et je ne compte pas participer à sa réélection. De toutes les manières, il est comme tous les autres candidats », analyse Sadio, étudiante en licence 2 comptabilité.

Maïmouna se désintéresse de la politique dans son ensemble. Les jeunes militants qui « suivent » la politique au plus près sont « manipulés », assure-t-elle, concentrée sur son téléphone. « Ils prennent leur argent et ils bouffent (expression malienne qui veut dire gagner de l’argent)« , indique-t-elle, à leur sujet.

Au Mali, les partis politiques motivent la participation des centaines de jeunes présents lors de chaque rassemblement en leur payant rubis sur l’ongle. La jeunesse malienne est largement sous-représentée dans la politique.

« Pourquoi aucun grand parti n’a opté pour un jeune candidat. C’est toujours les mêmes têtes. Et les rares jeunes qui se lancent ne sont pas soutenus comme il le faut. Je veux parler du cas de Ras Bath qui ne devait pas soutenir Soumaïla. Ses arguments ne m’ont pas convaincu », dit Alassane Sinayoko, 26 ans, élève-maitre à l’IFM.

Il ajoute : « Je suis un fan de Ras Bath, mais je n’irais pas voter ni pour Soumaïla encore moins pour un autre candidat. Je pensais que notre guide allait nous mener vers un plus jeune, même s’il n’avait pas les moyens. Ras Bath a oublié que ce sont nous ses fans qui sommes sa force ».

Beaucoup de jeunes ont « d’autres problèmes en tête », souligne Ibrahim, baissant quelque peu la voix. Il déclare « passer aux meetings » de temps en temps, quand ils sont organisés dans son quartier. Aliou, Mamadou et Solo, tous membres du grin, sont formels : « Nous n’irons pas voter ».

Assied sur sa moto Jakarta, bien habillé, Issaba, visiblement le plus nanti du groupe, partage cet avis. Il va loin dans ses propos. « Etant fan d’Iba Montana, je n’irais pas voter pour un candidat. Commerçant, qu’il pleuve ou qu’il neige, j’aurais de quoi nourrir notre famille. IBK, Soumaïla, Tiébilé ou encore Cheick Modibo Diarra se battent pour garantir leur pain et avantages. Moi je ferais de même le dimanche, jour de vote. J’irais au marché, moi je ne chôme jamais les dimanches, c’est le jour où je réalise le plus de bénéfices ».

Hamidou Koné

Le Focus du mardi 24 juillet 2018 

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