Chaque 28 mai est célébrée la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle des jeunes filles. Cette année, la célébration a été délocalisée à Koutiala afin de mieux sensibiliser la communauté rurale. Dr. Amah Klutse, Chef de la section Eau, Assainissement et Hygiène à l’Unicef au Mali explique ce choix pour Koutiala.

Mali Tribune : Pourquoi vous avez choisi la région de Koutiala pour organiser cette Journée mondiale de l’hygiène menstruelle?

Amah Klutse : L’Unicef et ses partenaires ont voulu organiser cette Journée mondiale de l’hygiène menstruelle dans la région de Koutiala pour plusieurs raisons.

Primo, mener l’action au plus près des populations qui vivent au quotidien les causes que nous défendons notamment l’accès aux droits les plus fondamentaux pour les personnes vulnérables, les enfants et les femmes non seulement en interagissant avec eux mais également et pour être avec eux au cœur de l’action et de la réalité du terrain.

Secundo, La région de Koutiala concentre une partie de nos interventions en matière d’accès à l’eau, à l’assainissement et l’hygiène dans les communautés et dans les écoles et centres de santé, et pour lesquelles nous avons obtenu des résultats tangibles, c’est aussi l’occasion de montrer comment l’Unicef et ses partenaires font la différence sur le terrain.

Et tertio, c’est l’occasion de mobiliser les différentes acteurs et décideurs, la société civile, l’ensemble de la population, tant au niveau régional que national autour de la thématique de gestion de l’hygiène mensuelle pour plus d’action.

Mali Tribune : Parler des règles et l’hygiène menstruelle constituent toujours un tabou  au Mali. Comment briser ce tabou?

Dr. A. K. : Nous sommes à une époque où si on veut tourner autour des tabous sans se poser des questions sur les réels problèmes que cela engendre, c’est se faire du mal sur le long terme sans s’en rendre compte, et pour cela, nous n’aurons qu’à gérer les conséquences désastreuses. Imaginez une fille qui a un avenir brillant et prometteur, abandonne l’école du jour au lendemain, et ses rêves sont brisés juste à cause du fait qu’ayant eu ses menstrues à l’école et la manière dont cela a été gérée décide de ne plus aller à l’école parce qu’elle a causé des injustices dont elle a été victime. 

Pour répondre à votre question, on ne peut briser le tabou que lorsque nous avons le courage d’en parler afin de toucher du doigt certaines réalités, approfondir les connaissances sur le sujet, sensibiliser les personnes concernées, et avoir le courage de prendre les mesures qui s’imposent. La gestion de l’hygiène menstruelle en milieu scolaire fait appel à plusieurs niveaux de considération : la gestion au niveau de la famille avec les parents, la gestion au niveau de l’administration scolaire en termes de mesures prises pour offrir un environnement favorable, la gestion au niveau des élèves eux-mêmes.

Mali Tribune : Beaucoup de filles et femmes n’ont pas accès à des protections hygiéniques,  comment faire pour y remédier ?

Dr. A. K. : Plusieurs opportunités s’offrent aujourd’hui pour accéder aux protections/serviettes hygiéniques. Mais la meilleure c’est de trouver les protections/serviettes hygiéniques la plus adaptée et accessible, facile à utiliser qui tient compte des réalités socio-économiques et culturelles des utilisatrices. Si on doit remédier au problème d’accès, la solution doit provenir des usagers eux-mêmes et se focaliser sur la solution la mieux adaptée sans chercher à réinventer la roue.

Mali Tribune : Après cette journée, qu’elles seront vos attentes?

Dr. A. K. : Ce que nous attendons après cette journée, c’est une prise de conscience collective que la problématique de la gestion de l’hygiène menstruelle n’est pas un sujet tabou. On est conscient aujourd’hui qu’une gestion inappropriée de ce problème est l’une des causes de l’abandon scolaire des filles. Donc toute action que les différentes parties concernées : les politiques, les décideurs, les partenaires techniques et financiers, les autorités locales, administratives et religieuses, la société civile, le secteur privé, etc., peuvent entreprendre afin d’y remédier n’est pas moindre mais ça compte. Nous appelons à l’action !

 Propos recueillis par

Aïchatou Konaré

(envoyée spéciale)

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