De son arrestation le 19 novembre 1968 jusqu’au 16 mai 1977, Modibo Kéita a connu presque toutes les geôles du Nord. De quoi est-il mort concrètement ? On ignore les causes réelles de sa mort. Certains ont la ferme conviction qu’il a été assassiné. D’autres disent qu’il est mort d’un malaise, d’œdème pulmonaire aigu.

Après son arrestation, Modibo a été conduit sous une bonne escorte militaire dans la plus grande caserne militaire près de Bamako. La nouvelle équipe dirigeante avec à sa tête le lieutenant Moussa Traoré annonce sur les ondes de la radio nationale la fin du régime de Modibo Kéita.

Cette annonce entraîne des scènes de liesse au sein de la population dont une partie est mécontente de la gestion socialiste. Malgré son arrestation et sa mise en détention, Modibo Kéita hantait cette nouvelle équipe dirigeante. Pour cela, il fut déporté hors de Bamako à Kidal, l’extrême nord du pays où les conditions de vie sont extrêmement difficiles.

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Dans son livre « Transfert définitif », Assimi Souleymane Dembélé, qui a vécu sous l’ère Modibo Kéita jusqu’au long règne de Moussa Traoré, explique les conditions dans lesquelles l’ancien premier président du Mali vivait jusqu’ à sa mort à Bamako sans jamais été jugé.

« Les conditions étaient insupportables, la chaleur, le vent avec la poussière. Les premiers instants des dures épreuves faisaient que Modibo s’apitoyait sur son sort de l’homme de sa trempe qu’il était », écrit Assimi. Mais au fil du temps et eu égard de son rang, un ordre vient de Bamako pour lui assurer des conditions de détention.

Alors il fut transféré à Gao au bord du fleuve Niger où le climat était plus doux qu’à Kidal. Selon Assimi Souleymane Dembélé, une villa lui fut réservée près du grand château d’eau et un cahier de communication entre lui et le commandant d’armes de Gao avait été mis à sa disposition afin de lui permettre d’exprimer ses besoins quotidiens. Un budget a été dégagé et placé au niveau du commandant d’armes. « Toutes les fois que sa santé l’exigeait, un spécialiste était amené de Bamako par vol spécial », précise l’auteur du livre. 

Plus sa détention dure, plus sa santé se détériore et devint inquiétante. Il fut précipitamment transféré à Bamako, pas dans un centre hospitalier, mais dans la redoutable caserne des commandos parachutistes de Djicoroni-Para. A en croire les écrits du colonel Dembélé, dès son arrivée à Bamako, Modibo Kéita a reçu la visite d’un médecin psychiatre (dont le nom n’est pas évoqué) à la solde de l’instance militaire suprême.

« Bonjour, Monsieur le Président. Je suis votre nouveau médecin, vous pouvez donc vous tranquilliser parce que vous êtes entre des bonnes mains », note notre auteur en rapportant les propos du médecin traitant de Modibo. Déporté de Gao à Bamako pour des raisons médicales, Modibo Kéita meurt le 16 mai 1977 sans connaître les causes de son décès.

Il y a toujours un mystère autour de son décès. Pour certains, il serait mort d’un malaise (œdème pulmonaire aigu). Le colonel Assimi Souleymane Dembélé relève dans ce livre « Transfert définitif » qu’avant qu’il ne meurt, Modibo Kéita aurait demandé avec insistance qu’on lui procure du citron, du vinaigre ou du lait caillé, mais il n’aurait obtenu aucune satisfaction.

Pour les autres, il a été assassiné en détention. Tout porte à croire qu’il a été assassiné. Modibo aimait trop la bouillie la nuit et le petit matin. C’est dans la bouillie qu’ils ont injecté du poison pour l’assassiner. Parce que juste après avoir bu la bouillie, il suffoquait, il avait la bave qui sortait de sa bouche », témoigné un ancien cadre de son tombeur, qui préfère garder l’anonymat.

Après sa mort, une enquête a été ouverte pour élucider les circonstances de sa mort, mais à la grande surprise son médecin traitant s’est suicidé.

Ousmane Mahamane 

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