Présent à Ségou pour le séminaire interafricain « Arts, culture et patrimoine : leviers pour bâtir l’Afrique que nous voulons », le directeur exécutif du Centre international de recherche et de documentation sur les traditions et les langues africaines (Cerdotola), Pr. Charles Binam Kiboi revient sur l’importance et la place des arts et de la culture dans le développement du continent. Il demande donc à tous les acteurs : artistes, décideurs politiques, citoyens lambda, etc., de soutenir l’initiative de l’Union africaine. 

Mali Tribune : Quels étaient les grands points de ce séminaire ?

Pr. Charles Binam Bikoi : C’était un séminaire de mise en route du thème officiel que les chefs d’Etats de l’Union africaine ont bien voulu adopter pour l’année 2021. Il s’agit de l’Art, la culture et le patrimoine, leviers pour bâtir l’Afrique que nous voulons. Le séminaire de Ségou intervient pour donner une impulsion nouvelle et un contenu concret à la réflexion et aux vœux des chefs d’Etats afin qu’effectivement il y ait une mobilisation de toutes les forces vives du continent pour se rendre compte que sans nos patrimoines et notre culture, d’une manière générale, nous tournons en rond. Sans cela, nous n’irons pas assez loin et l’Afrique ne pourrait pas s’attaquer véritablement aux enjeux qui sont ceux de sa présence au monde, la conquête de sa puissance et du respect de l’identité de l’homme africain.

A Ségou, pendant ces deux jours, nous nous sommes donc attelés à réfléchir sur la manière la plus appropriée et idoine pour passer à l’acte. Sortir de la parole pour donner une chance à l’action pour que ce thème ne soit pas un vœu pieux, mais qu’il donne un véritable grand amour dans ce secteur, fondateur de civilisation et d’histoire. 

Mali Tribune : Que vise concrètement l’Appel de Ségou ?

Pr. Bikoi : Cet appel tourne autour du triptyque Art, culture patrimoine et le dénominateur commun est que ce triptyque doit servir de levier pour bâtir l’Afrique. Donc, nous avons essayé de recenser, d’inventorier et de catégoriser les différents points d’ancrage pour chacun des secteurs pouvant donner une visibilité au thème et organiser la vie culturelle dans tous les niveaux et compartiments de la vie et de l’existence des Africains sur le continent, mais aussi de leurs relations à la question du développement, la sécurité et de la paix. Nous n’oublions pas également la maitrise des leviers de l’économie et la compétitivité.

Pour ma part, j’ai représenté le Centre international de recherche et de documentation sur les traditions et les langues africaines, une institution interafricaine basée au Cameroun. Notre centre vient de mettre au point un concept nouveau qui marque la rupture avec les anciens concepts qui, jusqu’à présent, ont porté la volonté de développement des peuples africains. Il s’agit de l’industradition, un mot composé d’industrie et des traditions. Nous pouvons véritablement industrialiser l’Afrique si nous partons de notre propre tradition, de nos patrimoines et si nous nous projetons à partir de là pour utiliser les meilleures voix d’excellence technologique et de la science avec les meilleures méthodes d’organisation afin de rendre nos patrimoines et nos traditions, non pas comme des rebus de l’histoire ou de notre vie, mais comme véritablement le centre à partir duquel nous construisons le socle de notre développement. Donc il s’agit d’industrialiser nos traditions et l’Afrique à partir de là. 

Mali Tribune : Quels sont les mécanismes que vous comptez mettre en place pour réussir ce projet ?

Dr. Bikoi : Pour l’instant, le thème ne couvre qu’une année. Mais les intentions d’actions vont au-delà d’une année. Au cours du séminaire, il s’agissait de recenser ce qui est faisable dans l’immédiat, cette année, et d’imaginer ce qu’il faut mettre comme base de travail pour la moyenne et la longue durée en prenant en compte les acquis des différentes résolutions qui, depuis une vingtaine d’années, portent l’idée de renaissance culturelle et de renaissance tout court.

Il faut que tout le monde se sente concerné par ce thème parce que les arts, le patrimoine et la Culture, c’est nous-mêmes. C’est notre identité, notre être au monde et notre dignité. Il n’y a que par-là que nous pourrons marquer la différence et cessé d’être des dépotoirs du trop produit des autres qui, généralement se trouve être non pas le meilleur, mais les déchets. L’Afrique ne saurait continuer d’être le dépotoir du trop-plein des autres. Il faut qu’elle produise ce qu’elle veut et qu’elle le propose à d’autres de manière décomplexée. Qu’on sorte de ce complexe d’infériorité qui croit que l’industrie vient d’ailleurs avec le développement. Le développement et les ressources ne viennent pas d’ailleurs. Il faut que l’on construise le continent avec nos propres mécanismes et notre propre système de gestion des enjeux. Nous pouvons rebâtir la gouvernance, redéfinir les termes de références de la démocratie et du vivre ensemble. 

Propos recueillis par 

A. K. K.

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