Au Mali, la loi limite considérablement les raisons qui permettent l’avortement. Or, au même moment, les avortements clandestins se multiplient. Conséquences des restrictions imposées par la loi.

Que dois-je faire ? Garder ou interrompre ? Que diront les parents, voisins, amis ? Comment élever cet enfant qui n’a rien demandé ? Que vais-je devenir ? Quel mauvais exemple serais-je pour mes sœurs ? Tant de questions que se posent les jeunes filles qui contractent des grossesses non désirées. La plupart finit par choisir une interruption volontaire de grossesse (IVG), au péril de leur vie. Malgré les risques et la peur, elles assument d’aller jusqu’au bout. La grande question est : savent-elles ou sont-elles conscientes des conséquences juridiques ?

L’article 211 du code pénal malien interdit l’avortement, à moins que ça ne soit pour sauver la vie de la maman. Hormis les cas pratiqués pour les motifs thérapeutiques, l’acte est délictuel, et de ce fait, puni et la coupable et le pratiquant (médecin ou personnel de santé impliqué), de 1 à 5 ans d’emprisonnement ferme.

Malgré cette épée de Damoclès, l’avortement est pratiqué clandestinement par des milliers de jeunes filles pour de multiples raisons.

Maimounatou confie qu’elle a su qu’elle était enceinte juste quand elle devait aller continuer ses études à l’étranger. « C’était la pire décision de ma vie. Soit, je gardais cet enfant et décevais mon père qui était tout fier de me voir poursuivre l’Université et qui se pliait en quatre pour me payer de meilleures études hors du Mali ; soit, je trouvais une solution », dit-t-elle. Et de poursuivre : « je voyais ma vie partir en vrille. En fait, je n’aurai jamais pensé un jour être capable de commettre un tel acte. J’étais consciente que j’étais hors la loi et que je mettais ma vie en danger mais je n’avais pas envie de décevoir ma famille qui était fière de la jeune fille que je suis devenue ». Maimounatou a pu avorter clandestinement « dans des douleurs atroces ».

Selon ID, inspecteur de police en service dans un commissariat de Bamako, « nous rencontrons toutes sortes de drames liés à l’avortement clandestin. Il ne se passe pas de jour sans qu’un cas ne nous soit soumis : des domestiques très souvent, des élèves qui sont allées prendre des médicaments pour avorter, qui sont allés voir un infirmier ou même un jeune qui a juste besoin d’argent et qui n’a pas peur. Ça entraine des morts, des infirmités à vie, des drames. Il faut que la loi évolue. Car, je préfère l’avortement aux infanticides, aux enfants à l’avenir compromis du fait de l’immaturité des concepteurs ».

Au plan médical, un avortement à risque peut entraîner beaucoup de complications. Hémorragie qui peut conduire à l’anémie et la mort, lésions d’organes, infections, infertilité, selon Mohamed Traoré, gynécologue.

Awa Samba Coulibaly, animatrice, a travaillé pour une ONG dans la région de Doïla, justement dans le cadre de la sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive. « Le niveau d’information des jeunes sur la sexualité est très faible. Il y en a qui n’ont aucune idée ».

« L’avortement et les mutilations génitales féminines font partie de la santé de la reproduction (SR). De ce fait nous parlions de ces notions avec les jeunes lors des activités de sensibilisation. Mais, notre préoccupation majeure c’était de sensibiliser sur les avantages et inconvénients de ces pratiques », a-t-elle ajouté. Son constat est que, en plus de la loi (du reste méconnue des jeunes), les principaux blocages demeurent la religion et les us.

« Sur le plan physique, lorsque l’interruption de grossesse est faite sans assistance médicale, elle peut causer des vomissements, de la migraine, des saignements. Par finir, entraîner des infections, des blessures et une perturbation du cycle menstruel. Le pire c’est que l’avortement peut entrainer l’infertilité », explique-t-elle.

Au-delà des conséquences physiques, sur le plan juridique, la peine est plus lourde. « L’avortement en tant que tel est un crime dans la mesure où le fœtus, lorsqu’il atteint les 180 jours on suppose déjà qu’il peut acquérir la personnalité juridique. Autrement dit la vie juridique du fœtus commence à partir de180 jours. De ce fait, toute personne qui avorte c’est comme si elle avait ôté la vie. Le fait d’ôter la vie est un crime », affirme Moussa Bocoum, juriste.

Il ajoute que l’avortement est puni par le code pénal malien et ce quel que soit la qualité de la personne qui le pratique.

Aminata Agaly Yattara

« Ce reportage est publié avec le soutien de JDH / FIT en partenariat avec WILDAF Mali et la Coalition des OSC/PF « 

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