Au regard de la grande intrusion des confréries musulmanes sur la scène politique au Mali, et surtout à l’inféodation inintelligente de la classe politique aux sectes mahométanes, on peut légitimement se demander si dans le moyen terme ce pays ne deviendra pas une République islamique. Ce ne sont que de fausses alertes car d’une part le Mali, depuis 1960, est une nation multiconfessionnelle et d’autre part la ferveur musulmane qui semble gouverner la population des villes n’est qu’une apparence comparable au vaudeville. Toutes les constitutions de 1960 à ce jour ont prôné la laïcité de ce pays en raison de la composition de sa population et de son parcours historique qui donne plus de poids aux religions ancestrales du terroir qu’aux croyances importées.

Les statistiques qui donnent à la population plus de 80 % de musulmans sont fausses car aucune enquête ne l’a prouvé. Puis tous les gugusses qui prennent des prénoms musulmans ne sont pas forcément des adeptes de cette religion (l’air du temps oblige parfois) sans compter que des porteurs de prénoms bambaras, sénoufos et autres sont plus dans l’islam que plusieurs Tidiane et Cheick, quelque chose. Il y a au Mali plus de musulmans d’occasion, de prieurs que de musulmans véritables et un Etat islamique avec ses contraintes multiformes les conduirait certainement au bord du rejet pur et simple du dogme mahométan.

Même le port du grand boubou amidonné pour la prière du vendredi supposé saint ne prouve pas qu’on soit musulman et partisan d’un Etat islamique. La vérité est que c’est l’animisme qui est la religion dominante dans ce pays en dépit du tapage malsain qu’orchestrent autour de cette affaire les indigènes de la foi mahométane. Il y a chez nous des musulmans animistes et même des chrétiens animistes car historiquement le monothéisme est issu du polythéisme.

Dans ces conditions, vouloir en voyant s’emballer temporairement une illusoire côte de popularité, rêver d’une République islamique à laquelle on ne croit guère soi-même ressemble plus à un projet démagogique qui mangerait à coup sûr son porteur qu’à autre chose. L’exemple de la Mauritanie qui marche plus sur la tête que sur les pieds est là pour nous dire que l’Etat islamique convient plus aux pays arabes qu’aux nations africaines façonnées dans le paganisme. Le colonel Kadafi, avec toute la folie des grandeurs dont il était un farouche partisan, durant tout son règne, se méfia de l’Etat islamique, préférant pour sa part parler de Jamariya arabe, une espèce de fontaine publique dans laquelle on peut tout mettre : arabisme, socialisme royauté et panafricanisme. Plus près de nous à Tombouctou et à Gao en 2012-2013, des individus aigris et considérés comme des déchets sociaux nous ont donné un avant-goût amer de l’Etat islamique en s’en prenant aux couches supérieures de la société dont les femmes et les filles furent violées en présence des chefs de famille eux-mêmes.

Facoh Donki Diarra

(écrivain Konibabougou)

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