Les forces armées françaises présentes chez nous dans le cadre de l’opération Barkhane mettent réellement en cause la souveraineté du Mali en raison de leur agissement sur le terrain. On se demande même s’elles n’outrepassent pas leur mission qui vise à asseoir une véritable ceinture de sécurité dans la bande sahélo-saharienne contre le terrorisme.

Après plusieurs années de présence, non seulement le terrorisme n’est pas anéanti, mais les attaques des forces du mal s’amplifient tant au nord du Mali que dans sa partie centrale. Pis encore : les terroristes sont parvenus à se servir de la corde communautaire pour attiser les tensions intercommunautaires dans le delta central du Niger. Une situation que les forces Barkhane et les Forces armées maliennes (FAMa) éprouvent de la peine à endiguer.

On ne fera qu’évoquer de passage les casques bleus de la Minusma, qui ont choisi d’éviter les terroristes en soutenant que la lutte contre le terrorisme ne relève pas de leur mission. Ils n’ont pas tort puisque les forces onusiennes ont, partout, montré leurs limites à chaque fois qu’elles ont eu à affaire aux forces du mal quelque part au monde. Au Mali, elles prétendent protéger les populations civiles, mais cette protection ne se limite qu’à des missions d’enquête pour, ensuite, produire des rapports qui ne résistent pas souvent aux critiques.

C’est dans ces conditions que la force Barkhane travaille au Mali. Elle s’implique à tous les échelons du commandement militaire. Elle arbore les tenues des FAMa, utilise leurs véhicules. Elle participe à toutes les réunions, à toutes les missions et à toutes les décisions de la défense malienne, alors que beaucoup de nos cadres militaires qui sont diplômés des académies et écoles militaires fréquentés par eux ne sont pas autorisés à faire de même chez eux sous aucun prétexte. En fait, ces forces étrangères sont dans la hiérarchie militaire du Mali. Toutes choses qui nous amènent à dire que le Mali est dans un processus de recolonisation qui ne dit pas son nom.

Pourtant Pierre Messmer, ancien Premier ministre français avait raison lorsqu’il avait tenté de convaincre le président français, Charles De Gaulle d’accorder l’indépendance politique aux colonies françaises d’outre-mer et que cela n’empêchera pas à la France de tirer les ficelles économiques et pourquoi pas militaires et autres.

En territoire reconquis

En tous les cas, à près de 60 ans d’indépendance, le Mali, qui était sorti des girons du colonisateur français sous le président Modibo Kéita, revient de plus en plus entre les mains de la France métropolitaine. Cette dernière lui dicte le comportement à adopter en raison de la présence massive de son armée sur l’ensemble du territoire malien.

La France nous impose sa volonté et on ne fait que subir cette situation sans oser broncher. Du pouvoir central à l’opposition, aucun homme politique n’ose s’attaquer à la politique française au Mali. Les seuls à le faire sont Oumar Mariko de la Sadi et l’ancien Premier ministre de la transition démocratique de 1991-1992, Soumana Sako. Ces deux personnalités politiques n’ont pas leur langue dans la poche et n’hésitent pas à s’en prendre aux relations franco-maliennes à chaque fois que l’actualité exige.

La force Barkhane est, aujourd’hui, l’outil de la politique française dans notre pays. Tant qu’elle est là, le Mali ne pourra que suivre systématiquement le diktat de la politique française. Si on est recolonisé, aujourd’hui, c’est parce que nous l’avons voulu. Si on avait écouté l’écrivain franco-antillais, Frantz Fanon dans « les Damnés de la terre » et si on avait suivi les conseils de gouvernance du président Modibo Kéita, le Mali n’en serait pas là, aujourd’hui.

Toutefois, il n’y a pas lieu d’être pessimiste. Les grandes nations ont leur histoire. Elles peuvent tanguer à un moment de leur parcours historique, mais elles ne couleront jamais. Tel est le cas pour le Mali, qui a tangué dans un passé récent et qui ne va jamais chavirer par la grâce d’Allah Soubhana Watallah.

En somme, les autorités maliennes doivent œuvrer pour faire partir les forces étrangères du pays. Les FAMAs sont en train de monter en puissance et elles sont sur le point de remplir pleinement leur mission régalienne. La formation, l’équipement et l’occupation progressive du territoire national sont des atouts, qui doivent créer les conditions du départ des soldats étrangers de pays.

Moctar Touré

Le Focus du lundi 21 Janvier 2019

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